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Posts Tagged ‘(Yves Bonnefoy)’

Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve,
Elle est tiède, on ne sait si c’est l’éveil
Ou si la foudre lente et calme du sommeil
Trace déjà ses signes dans des branches
Qu’une inquiétude agite, puis c’est trop sombre
Pour qu’on y reconnaisse des figures
Que ces arbres s’écartent, devant nos pas.
Nous avançons, l’eau monte à nos chevilles,
Ô rêve de la nuit, prends celui du jour
Dans tes deux mains aimantes, tourne vers toi
Son front, ses yeux, obtiens avec douceur
Que son regard se fonde au tien, plus sage,
Pour un savoir que ne déchire plus
La querelle du monde et de l’espérance,
Et qu’unité prenne et garde la vie
Dans la quiétude de l’écume, où se reflète,
Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes
Étoiles qui s’accroissent dans le sommeil.

(Yves Bonnefoy)

 

 

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Regarde ! (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018


 


Fidel Garcia  (16) [1280x768]

Regarde !

Une illusion, la forme
Qui se déploie, un rêve
Qui enlace la forme, et va tomber
Avec elle, brisée,
Dépossédée de soi, à ces confins,
Là-bas, de notre nuit d’ici,
L’heure présente.

Regarde, vois.

(Yves Bonnefoy)

 Illustration: Fidel Garcia

 

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La beauté (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



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La beauté

Celle qui ruine l’être, la beauté,
Sera suppliciée, mise à la roue,
Déshonorée, dite coupable, faite sang
Et cri, et nuit, de toute joie dépossédée
– O déchirée sur toutes grilles d’avant l’aube,
O piétinée sur toute route et traversée,
Notre haut désespoir sera que tu vives,
Notre cœur que tu souffres, notre voix
De t’humilier parmi tes larmes, de te dire
La menteuse, la pourvoyeuse du ciel noir,
Notre désir pourtant étant ton corps infirme,
Notre pitié ce coeur menant à toute boue.

***

Beauty

She who ruins being, beauty
Shall be tortured, broke on the wheel,
Dishonoured, found guilty, made into blood
And cry, and night, of all joy dispossessed –
O you, torn apart on iron gates before the dawn,
O you, trampled on every road and pierced,
Our high despair shall be to see you live,
Our heart that you may suffer, and our voice
To humiliate you in your tears, to name you
Liar, procuress of the darkened sky,
Yet your crippled body is our object of desire,
Our pity this heart leading only to mire.

(Yves Bonnefoy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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IL DESCEND DE CHEVAL (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



Illustration: Frank Bernard Dicksee 
    
IL DESCEND DE CHEVAL

Il descend de cheval, il lui offre la coupe
De l’adieu. Il lui demande où elle va
Et pourquoi il le faut. Je lis ce poème d’un autre,
Je le réécris, le transforme. « Mon ami,

Le bonheur ne m’a guère souri sur cette terre.
Où vais-je? Je cherche dans ces montagnes
Le silence, la paix du coeur. C’est ma patrie,
Je n’errerai plus jamais loin d’elle.

Mon coeur? Va-t-il paisible vers son heure?
Mais vois, cette terre que nous aimons a refleuri,
C’est le printemps, elle est à nouveau comme neuve,

Les cimes de partout redeviennent bleues.
Vais-je te dire adieu? Non, qu’à jamais,
À jamais bruisse l’eau, refleurisse l’herbe ! »

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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LA BEAUTÉ (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



lllustration: Andrzej Malinowski

    

LA BEAUTÉ

Suis-je belle, ô mortels,
Comme un rêve de pierre ? Non, ce n’est pas
Ce triste assentiment que j’attends de vous.
L’enfant pleure sur le chemin et je l’oublie,

Ne suis-je la beauté
Que parce que je flatte votre rêve?
Non, j’ai au fond de moi des yeux grand ouverts,
Je suis tapie, effrayée, je suis prête

À me jeter en avant, à griffer,
Ou à faire la morte si je sens
Que ma cause est perdue dans vos regards.

Demandez-moi d’être plus que le monde.
Souffrez que je ne sois que ce corps inerte,
Pansez-moi de vos voeux, de vos souvenirs.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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NOS MAINS DANS L’EAU (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
NOS MAINS DANS L’EAU

Nous remuons cette eau. Nos mains s’y cherchent,
S’y effleurent parfois, formes brisées.
Plus bas, c’est un courant, c’est de l’invisible,
D’autres arbres, d’autres lumières, d’autres rêves.

Et vois, même ce sont d’autres couleurs.
La réfraction transfigure le rouge.
Était-ce un jour d’été, non, c’est l’orage
Qui va « changer le ciel », et jusqu’au soir.

Nous plongions nos mains dans le langage,
Elles y prirent des mots dont nous ne sûmes
Que faire, n’étant rien que nos désirs.

Nous vieillîmes. Cette eau, notre espérance.
D’autres sauront chercher à plus profond
Un nouveau ciel, une nouvelle terre.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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SOIENT AMOUR ET PSYCHÉ (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration:  Louis Jean Francois Lagrenée
    
SOIENT AMOUR ET PSYCHÉ

Ces mains qui se prenaient à elle dans la nuit,
Elle les ressentait sans nombre, ne cherchait
À leur donner figure. Il lui fallait
Ne pas savoir, désirant ne pas être.

Âme et corps, pour nouer vos doigts, unir vos lèvres,
Faut-il vraiment l’approbation des yeux ?
Peinent nos yeux, qu’oblige le langage
À déjouer sans répit trop de leurres !

Psyché avait aimé que ne pas voir,
Ce soit comme le feu quand il enveloppe
L’arbre d’ici des autres mondes de la foudre.

Eros, lui, désirait garder tout ce visage
Entre ses mains, il ne l’abandonnait
Qu’à grand regret aux caprices du jour.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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DANS LE MIROIR (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
DANS LE MIROIR

Imagine placé dans une chambre
Un grand miroir. La clarté des fenêtres
S’y prend, s’y multiplie. Ce qui existe
Devient ce qui apaise. Là, dehors,

C’est à nouveau le lieu originel.
Passent Adam et Eve, dont les mains
Se rejoignent ici, dans cette chambre,
Elle, tout une longue jupe, à falbalas.

J’ai pris un fruit, c’était dans un miroir,
L’image n’en fut pas troublée, le jour d’été
En éprouva à peine un frémissement.

J’en perçus la couleur, la saveur, la forme,
Puis le posai, dehors. Et vint la nuit
Dans le miroir, et les fenêtres battent.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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DONNER DES NOMS (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
DONNER DES NOMS

Elle se penche sur lui, elle murmure :
Veux-tu que nous donnions des noms encore,
Car sais-tu si jamais nous nous reverrons?
Oui, dit-il, je te nomme, hésitation

Qu’a eue ce martinet prenant son vol,
Qu’a-t-il vu qui le tint comme suspendu
Un instant dans le cri de tous ces autres ?
Je veux te dénommer pour me souvenir.

Puis il tourne la page. Ce qu’il voit,
C’est cette même jeune femme, souriante,
Elle semble rentrer d’un long voyage.

Comment me nommes-tu ? demande-t-elle,
Inquiète, tristement. Et la nuit tombe,
Ces martinets, une aile immense dans le ciel.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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VOIX SUR LE FLEUVE (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: Alphonse Osbert
    
VOIX SUR LE FLEUVE

Non, c’est le bruit de l’eau! Mais si, écoute
Ces voix qui nous appellent sur le fleuve.
Est-ce loin à l’avant, nous ne savons,
C’est comme s’il faisait jour dans cette nuit.

Et toi, tu veux que je ne cesse pas
De regarder, écouter, voir, entendre,
Tu as même des mots à me proposer
Pour que je voie plus loin et sache plus.

Et je veux bien, je ne renonce pas,
Mais comment accepter de n’avoir pu
Répondre à qui avait désir sans espérance ?

Qu’aurais-je dû offrir, qu’il pût aimer?
Qu’aurais-je pu lui dire, qui eût sens,
Le fleuve ? Son eau cogne à des portes closes.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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