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La Mer (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018




La Mer

La mer pousse une vaste plainte,
Se tord et se roule avec bruit,
Ainsi qu’une géante enceinte
Qui des grandes douleurs atteinte,
Ne pourrait pas donner son fruit ;

Et sa pleine rondeur se lève
Et s’abaisse avec désespoir.
Mais elle a des heures de trêve :
Alors sous l’azur elle rêve,
Calme et lisse comme un miroir.

Ses pieds caressent les empires,
Ses mains soutiennent les vaisseaux,
Elle rit aux moindres zéphires,
Et les cordages sont des lyres,
Et les hunes sont des berceaux.

Elle dit au marin : « Pardonne
Si mon tourment te fait mourir ;
Hélas ! Je sens que je suis bonne,
Mais je souffre et ne vois personne
D’assez fort pour me secourir ! »

Puis elle s’enfle encor, se creuse
Et gémit dans sa profondeur ;
Telle, en sa force douloureuse,
Une grande âme malheureuse
Qu’isole sa propre grandeur !

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Brigitte Perrault

 

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Bal (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Bal

De joie de se trouver réunies après tant de vicissitudes,
les premières fleurs de retour se décident à donner un bal
avant de reprendre leur forme primitive.

Enfin l’orchestre commença,
il était entièrement composé de rossignols
membres du conservatoire de la Fée de la musique.
L’oiseau bleu le dirigeait, en marquant la mesure
avec un bâton d’or inscrusté de diamants.
Les musiciens jouèrent d’abord une contredanse,
puis une polka, puis une valse,
ainsi que cela se pratique maintenant dans les salons du grand monde.

Au bout de deux contredanses les fleurs se sentirent fatiguées.
Comment avons-nous pu voir un plaisir dans la danse,
se disaient-elles avec étonnement?
La belle-de-nuit elle-même ne comprenait pas la passion
qu’elle avait eue pour les bals masqués.
Tous ces pas, disait le lis,
ne valent pas le doux balancement que m’imprime le zéphire.

Elle a raison, répétèrent toutes ses compagnes, plus de danse,
allons supplier la Fée de mettre fin à notre métamorphose,
et de nous rendre aux doux balancements du zéphire.
En reconnaissant leur ancien asyle,
le premier sentiment qu’elles éprouvèrent fut un sentiment de joie
auquel succéda bientôt la crainte.
Quel accueil allait leur faire la Fée?
Elles étaient parties malgré elle, sans vouloir écouter ses sages avertissements.
Maintenant les trouverait-elles assez punies, consentirait-elle à les recevoir?

(J.J. Grandville)

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