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Poésie

Posts Tagged ‘zéro’

Nostalgie (Roger-Pol Droit)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019




    
Nostalgie

Je me souviens
De la baleine qui se cache à l’eau
De la rivière
Qui suit son cours
Sans sortir de son lit

Du grand-père
Qui n’était pas vitrier
Et de zéro plus zéro
Égale la tête à toto

C’était classe
Élémentaire
Laïc
Républicain
Amusant
Tu veux du Zan?

C’était il y a très
Très longtemps
Poil aux dents

(Roger-Pol Droit)

 

Recueil: Où sont les ânes au Mali
Traduction:
Editions: Seuil

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Ô conscience (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Ô conscience, à laquelle il faut toujours et toujours, des événements !
Il suffit que tu sois, et sois éveillée pour être remplie
Toujours tu préfères le hasard au vide et le chaos au zéro.

Tu es faite pour toute chose,
et tu fais n’importe quelle chose pour subsister.
Et quel monstre que tu fasses, tu veux lui donner une signification, ne pas l’avoir vu en vain…

Et invinciblement aussi, tu te divises,
tu préfères quelqu’une de tes parties.
Tel fantôme sera le roi des autres.
Telle parole sera plus puissante.
Telle idée plus étendue,
plus maîtresse que son instant.

— Adieu

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Lettre à la nuit (Simone Schmitzberger)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



A cause de vous,
J’ai eu zéro en géographie.
J’ai dit que je vous avais vue,
Ce matin, au saut du lit.
C’est vrai, vous étiez en chemise de nuit,
Et vous aviez encore vos bigoudis.
Vous m’avez même demandé,
D’aller vous chercher un croissant.
Comme tout était fermé,
J’ai dû aller jusqu’à la lune.
Cela m’a pris du temps,
Hélas, quand je suis revenu,
Vous aviez disparu !
La maîtresse ne m’a pas crue,
Il paraît que dans les livres,
On ne vous a jamais vue en bigoudis.
Moi, si, et cela m’a valu
Un zéro en géographie,
Pour avoir fait l’école buissonnière
Alors que j’étais endormie.

(Simone Schmitzberger)

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TÉLÉGRAMME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
TÉLÉGRAMME

MOI JAMAIS CONTENT RESTER MÊME CHOSE
MOI TOUJOURS PARTIR NOUVEAU
FUIR ENNUI DU TOUJOURS MÊME
TOUJOURS ESPÉRER TROUVER FENÊTRE
AU BOUT TUNNEL APRÈS SUIE ET OMBRE
TOUJOURS VOULOIR BRISER ENTRAVES
OUVRIR PORTE SAUTER MONTER
LA-HAUT-LA OÙ NOIR-NOIR
S’ÉCARTE OÙ BRILLE AURORE
TOUJOURS FRAÎCHEUR TOUJOURS
INCONNU RECONNU.

(De nulle part. An zéro.
Signé : Personne.)

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Est-il seulement possible (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



 

Est-il seulement possible de concevoir quelque chose
qui ne communique avec rien ?
Absolument isolé,
un zéro n’existerait même pas.

(Roberto Juarroz)

 

 

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Dans la nuit qui finit (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



Dans la nuit qui finit l’usine est une étoile
Mitez-vous ô mes moucherons !
Courons, ô ma raideur, sur les pavés bossus
avec la main sur la musette
pour empêcher la vinaigrette
de corrompre en flic-floc mon repas suspendu

Gueule du métro chaude où l’on plonge enfiévrés
Bus et tramways que l’on submerge
— Accours et cours ! l’usine héberge ! —
Camions de brume où l’on s’entasse en étrangers.
Cadrans de pointage au giron
l’usine vous attend au centre de sa toile.

La sirène en serpent furieux se raidissant
s’élance ! Hâtez-vous travailleurs !
elle sera sur les rumeurs
tête coupée bientôt jet de sang s’affaissant.

Au déboulé, garçon, pointe ton numéro
pour gagner ainsi le salaire
d’un morne jour utilitaire
métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

 

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Je suis… (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018



 

Je suis…

mes ailes ?
deux pétales pourris

ma raison?
des petits verres de vin aigre

ma vie ?
un vide bien pensé

mon corps ?
une entaille sur la chaise

mon va-et-vient ?
un gong enfantin

mon visage ?
un zéro dissimulé

mes yeux?
ah! des morceaux d’infini

***

o soy…

mis alas?
dos petalos podridos

Mi razon?
copitas de vino agrio

mi vida?
vacío bien pensado

mi cuerpo?
un tajo en la silla

mi vaivén?
un gong infantil

mi rostro?
un cero disimulado

mis ojos?
ah! trozos de infinito

(Alejandra Pizarnik)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com

Illustration

 

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Qu’est-ce que la rencontre (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

Illustration: Ludovic Florent
    
qu’est-ce que la rencontre
du vent sur la main
l’au-delà de soi

le temps n’a pas d’âge
c’est l’irréparable
de sa vie sans mort

sous chaque paupière
une image vide
l’avenir sans nous

la forme qui cherche
au bord de l’informe
l’ombre du zéro

vivre oublie la vie
le petit chemin
la fin commencée

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Tout communique avec quelque chose (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018




    
Tout communique avec quelque chose.
Mais avec quoi communiquent
les fleurs qui s’ouvrent la nuit ?

Avec quoi communique
la poitrine devenue mon dos ?

Avec quoi communique
la césure de la main amputée ?

Avec quoi communiqueront mes mots
au jour qui suivra ma mort ?

Avec quoi communique
l’absence si peu prolixe de dieu ?

Avec quoi communiquent
les images qui démantèlent les rêves ?

Avec quoi communique
celui qui joue seul avec concentration ?

Quelque chose peut-être communique avec tout.

Est-il seulement possible de concevoir
quelque chose qui ne communique avec rien ?

Absolument isolé,
un zéro n’existerait même pas.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 15
Traduction: Jacques Ancet
Editions: José Corti

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Je ne suis qu’une goutte, une goutte d’eau (Simon Monceau)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Je ne suis qu’une goutte, une goutte d’eau
Qui avait le moral à zéro

J’ai quitté la route qu’on m’avait creusée
J’avais trop envie d’être écoutée

C’est l’histoire d’une goutte
Incitant d’autres gouttes
Doucement goutte à goutte à déborder

Quand la goutte est pleine
C’est la goutte en trop
Qui entraîne les autres gouttes d’eau

Je ne suis qu’une goutte
Une goutte folle
Dégoûtée, noyée dans un ras-le-bol

J’ai pleuré ma vie, inondé la plaine
J’ai défait mon lit, y’en a qu’ça gêne

C’est l’histoire d’une goutte
Incitant d’autres goutte
Doucement coûte que coûte à déborder

Une goutte c’est de l’eau
De l’eau en prison
J’ai pas envie d’être une goutte mouton

Je ne suis qu’une goutte, une goutte d’eau
Qui avait le moral à zéro

J’ai quitté la route qu’on m’avait creusée
J’avais trop envie d’être écoutée

(Simon Monceau)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes’)

 

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