Arbrealettres

Poésie

Extase (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



 

Robert Liberace crucifix-study-close-up-12

Extase

Ainsi l’amour du Ciel ravit en ces hauts lieux
Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde
Va soupirant çà bas à liberté seconde
De soupirs poursuivant l’âme jusques aux Cieux.

Vous courtisez le Ciel, faibles et tristes yeux,
Quand votre âme n’est plus en cette terre ronde :
Dévale, corps lassé, dans la fosse profonde,
Vole en ton paradis, esprit victorieux.

Ô la faible espérance, inutile souci,
Aussi loin de raison que du Ciel jusqu’ici,
Sur les ailes de foi délivre tout le reste.

Céleste amour, qui as mon esprit emporté,
Je me vois dans le sein de la Divinité,
Il ne faut que mourir pour être tout céleste.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Robert Liberace

 

Une Réponse to “Extase (Théodore Agrippa d’Aubigné)”

  1. (1) Nostalgie de l’arbre et du jardin
    ——————————

    Adam fut jardinier, nul ne sait en quel lieu,
    Sauf des chercheurs, peut-être, issus de l’inframonde;
    Mordre un fruit, ça lui prit juste quelques secondes,
    Puis il vit déferler la colère des cieux.

    Or, un tel manquement fut-il grave, à ses yeux ?
    Quel mal peut-on trouver dans une pomme ronde ?
    En lisant d’Augustin les doctrines profondes,
    On comprend que cela le sépara de Dieu.

    Adam s’est résigné, car la vie est ainsi,
    Avec ses contretemps et ses plaisirs aussi ;
    Un jour pour le festin, six autres pour les restes.

    Du jardin de jadis tu n’as rien emporté,
    Pas même un souvenir de la divinité ;
    Mais tu vois son reflet dans la voûte céleste.

    (2) Pont supraterrestre
    ——————–

    Ce pont fut établi entre deux sombres lieux
    Afin de desservir l’entrée du supramonde ;
    Or, son architecture à nulle autre seconde
    Lui permet de frôler la limite des cieux.

    Les anges vagabonds l’admirent de leurs yeux
    À la vive couleur, dont la pupille est ronde ;
    Comme s’ils contemplaient une fosse profonde,
    Ils observent la Terre, abandonnée de Dieu.

    Et leur faible espérance, inutile souci,
    Ne les a consolés nullement, jusqu’ici,
    Chacun sur notre sort est sceptique, et le reste ;

    Ils ont vu sur Adam le serpent l’emporter
    Sans le moindre secours de la divinité :
    Adam n’eut pas accès à la route céleste.

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