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Poésie

Posts Tagged ‘rêve’

Divinité (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Lauri Blank
    
Divinité

Déesse aux yeux d’or brun, clos ta paupière rose,
Fais des songes d’amour ; que ton sommeil soit doux ;
Que le rêve lointain comme un rayon se pose
Sur ton front languissant et sur tes cheveux flous.

Je voudrais être la nuit, afin de t’étreindre,
Je voudrais te presser sur mon coeur frémissant,
Entendre ton sanglot voluptueux se plaindre
Et retenir l’amour qui sourit en passant.

(Renée Vivien)

 

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Couchant sur l’Hellas (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Emile-Antoine Bourdelle
    
Couchant sur l’Hellas

Tes pas mystérieux d’amante virginale
Erraient près de l’étang que l’Artémis créa.
Le couchant, glorieux comme un cri de cymbale,
Ensanglantait les flots où dort le nymphéa.

Mon rêve rayonna d’une extase inconnue,
Autour de toi rôda mon désir obstiné…
Tu souriais debout et divinement nue,
Plus blanche que Léda, plus blonde que Daphné.

Le soleil, rougissant les cheveux des prêtresses,
Exaspérait l’ardeur de leur corps irrité…
Au lointain hennissaient les noires Centauresses
Dont le rut saccageait les herbes de l’été.

(Renée Vivien)

 

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Pavot noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Pavot noir

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil,
Les servantes de l’Ombre et les Magiciennes,
Dont les nocturnes yeux redoutent le soleil,
Respirent âprement tes langueurs léthéennes.

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil.

Tu te fanes parmi les âcres chevelures,
Et tu connais le rêve ardent des fronts maudits
Que jamais n’effleura, dans un bruit de ramures,
Le souffle des matins et des simples midis :

Tu te fanes parmi les âcres chevelures.

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir
Dont les prunelles sont froidement endormies,
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir,
Et dont l’âme est pareille à l’âme des momies :

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir.

Ennui de l’aconit et de la belladone
Dans le soir où la voix des vieilles trahisons
Fait traîner, à l’égal d’un refrain monotone,
La fadeur et la fragilité des poisons !

Ennui de l’aconit et de la belladone !

(Renée Vivien)

 

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Et moi ? Combien de gens ai-je sauvés ? (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017




Et moi ? Combien de gens ai-je sauvés ?
Le fait de m’être prosternée devant la souffrance
des autres, de m’être tue en l’honneur des autres.
Ma rouge violence fondamentale reculait.
Le sexe au ras du coeur,
le chemin de l’extase entre les jambes.
Ma violence de vents rouges et de vents noirs.
Les vraies fêtes se tiennent dans le corps et dans les rêves.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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Le Toucher (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Les arbres ont gardé du soleil dans leurs branches.
Voilé comme une femme, évoquant l’autrefois,
Le crépuscule passe en pleurant… Et mes doigts
Suivent en frémissant la ligne de tes hanches.

Mes doigts ingénieux s’attardent aux frissons
De ta chair sous la robe aux douceurs de pétale…
L’art du toucher, complexe et curieux, égale
Les rêves des parfums, le miracle des sons.

Je suis avec lenteur le contour de tes hanches,
Tes épaules, ton col, tes seins inapaisés.
Mon désir délicat se refuse aux baisers;
Il effleure et se pâme en des voluptés blanches.

(Renée Vivien)

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Les fenêtres ne s’ouvrent plus (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Les fenêtres ne s’ouvrent plus sur le jour
puis que je ne peux plus me tenir contre toi,
depuis que ma voix n’a plus l’écho de la tienne pour naissance,
depuis que je ne m’endors plus dans ta chevelure.

Je me suis retiré de toi
comme le dernier trait d’une source
et pourtant il reste sur mon corps
toutes les places où j’ai aimé le tien.

Tu ne passes même pas dans mes rêves,
tu es comme une barque qui a disparu à l’horizon
derrière un peu d’écume, derrière un peu de ciel.
Ma maison sans toi n’a plus que quatre murs.

J’ai beau t’appeler:
tu as perdu jusqu’à ton nom,
ce nom que ma bouche disait presque avec ta bouche
chaque fois qu’il tombait dans nos baisers.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Ritou (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017




    
Ritou, ta tête est belle sous des cheveux
où le soleil est pris comme dans un filet
et le soir les lampes s’allument plus douces
au contact de tes boucles et de ton regard.

Sûre de toi, tu tends les mains à la pluie
et tu t’étonnes de ne pouvoir la retenir.
Les mots sont dans ta bouche comme les pousses
qui trouent la terre dans la fraîcheur du matin.

Les herbes font contre ton visage
leurs bonnes caresses de bêtes
et toutes les fleurs te fêtent
comme si le monde venait de naître avec toi.

Quand tu entres dans la mer,
tu ris de n’avoir plus de jambes
et l’eau que tu fais jaillir
retombe sur toi comme un feuillage.

Les papillons te poursuivent
pour se poser sur tes yeux
et la rosée est pour tes joues
ton premier baiser d’amour.
dont il ne connaît que les bords
et où il se cogne jusque dans ses rêves.

Enchaîné à ses pas, il reste sur place
malgré l’appel amical du couchant
et son désespoir est si grand
qu’il ne peut, même en pleurant, perdre la face.

Il n’a plus que la ressource
de ramener les limites de l’horizon
à celles de son lit où, plomb,
il descend au fond de la plus noire des sources.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La lune est au ciel (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




La lune est au ciel, à peine vivante,
Parmi des nuages petits qui s’enfuient,
Au palais une sentinelle farouche
Regarde, irritée, l’horloge de la tour.

La femme infidèle rentre chez elle,
Son visage est pensif et sévère,
Mais dans l’étroite étreinte du rêve,
La femme fidèle brûle d’un feu violent.

Que m’importe? Il y a sept jours,
En soupirant, j’ai dit adieu au monde.
Mais on respire mal, et je me suis glissée dans le jardin
Pour voir les étoiles et toucher la lyre.

(Anna Akhmatova)

 

 

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L’ANGE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




L’ANGE

Que signifie ce rêve étrange
Où j’étais une Reine Vierge
Placée sous la garde d’un ange?
Malheur naïf, Dieu le protège.

Jour et nuit, je versai des pleurs
Qu’il essuyait avec amour,
je versai des pleurs nuit et jour
Lui cachant la joie de mon coeur.

Puis il ouvrit ses ailes saintes.
L’aube rougit. L’ange s’élance.
Séchant mes yeux, j’armai mes craintes
De mille boucliers et lances.

Mon Ange avant longtemps revint.
Mais à quoi bon mes armes sûres ?
Ma jeunesse avait fui au loin
Et grise était ma chevelure.

(William Blake)

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UN RÊVE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017




    
UN RÊVE

Une fois un rêve tissa une ombre
sur mon lit que gardent les anges :
Je vis une fourmi égarée
Sur le gazon où je me croyais étendu.

Affolée, angoissée, éperdue,
Prisonnière des feuilles d’herbe,
Harassée dans la nuit profonde,
Le coeur brisé, je l’entendis murmurer :

« Oh ! mes petits ! Vont-ils pleurer ?
Entendront-ils l’appel de leur père ?
Tantôt ils regardent partout, me cherchant,
Tantôt ils s’en retournent, me pleurant. »

Et moi, ému, je versai une larme ;
Mais j’aperçus un ver luisant
Qui répondit : « Quelle créature en détresse
Appelle le gardien de la nuit ?

Je suis là pour éclairer le sol,
Et tandis que le scarabée fait sa ronde
Suis maintenant son bourdonnement,
Petit vagabond, et reviens vite chez toi. »

***

A DREAM

Once a dream did weave a shade
O’er my Angel-guarded bed,
That an Emmet lost its way
Where on grass methought I lay.

Troubled, ‘wilder’d and folorn,
Dark, benighted, travel-worn,
Over many a tangled spray,
All heart-broke I heard her say:

`O my children! do they cry?
Do they hear their father sigh?
Now they look abroad to see,
Now return and weep for me.’

Pitying, I dropp’d a tear;
But I saw a glow-worm near,
Who replied: `What wailing wight
Calls the watchman of the night?

`I am set to light the ground,
While the beetle goes his round:
Follow now the beetle’s hum;
Little wanderer, hie thee home.’

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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