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Poésie

Posts Tagged ‘rêve’

LE SANG DU CIEL (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 

LE SANG DU CIEL

Bracelets du ciel et de la nuit
jours lointains
regards bleus
et les feuilles multicolores
refuges des reflets et des feux
Un seul mot
coeur ou sang
au loin plus près
et tout s’éteint
pour une nuit
sans rêve et sans chagrin
comme l’on dirait
à demain
avec un geste de la main
jours lointains
nuit ciel coeur et sang

(Philippe Soupault)

Illustration

 

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Le rêve nous crée (Jean-Pierre Begot)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Sans logique, défaisant les calculs,
les définitions des cultures admises,
le rêve n’est pas seulement illusion.
Il fait participer aux sables inconnus,
aux villes mystérieuses,
l’enfant des faubourgs.

Par lui, le regard dépasse le fini de nos murs.
Il est invention de la liberté
– ses incohérences même nous enseignent –
et s’il peut se faire refuge, ou piège,
il peut surtout devenir jardin secret.

En lui se sont fourbies
les armes de toutes nos révoltes,
la mise en place de toutes les révolutions.

Rêve de l’autre
dont les images les plus familières
sont celles du feu, du vent, de l’eau, des nuages, de l’étoile –
de ce qui purifie,
de ce qui éloigne et resserre en même temps
dans une condition commune.

Le rêve nous crée et nous créons nos rêves.
Privilège qui nous distingue des dieux

(Jean-Pierre Begot)

Illustration

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Voix dans le fleuve (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Etres d’amour, êtres de plaintes et de craintes
Venez chercher votre refuge en notre empire
Vous y serez heureux, vous y serez guéris
Au souple enlacement des mots et des étreintes.

Tailles fines, coquilles, et lèvres de corail
Viennent nager et bruir en nos palais mouvants
Chevelures mêlées aux ramures des roches
S’approchent et s’en vont quand un remous les prend.

Lampes à la clarté incertaine et bleuâtre
Piliers flottant sur des socles qui tourbillonnent
Chants de violes vibrant dans la fuite des ondes
Vous bercent, bienheureux, de rêves apaisés.

Quand vous serez lassés de songes et de chants
Au fil de ces plaisirs glissants et toujours calmes
Touchés par un baiser, vous deviendrez des vagues
Qui poussent leurs anneaux onduleux et fuyants.

***

Stimmen im Strom

Liebende klagende zagende wesen
Nehmt eure zuflucht in unser bereich
Werdet geniessen und werdet genesen
Arme und worte umwinden euch weich.

Leiber wie muscheln korallene lippen
Schwimmen und tönen in schwankem palast
Haare verschlungen in ästige klippen
Nahend und wieder vom strudel erfasst.

Bläuliche lampen die halb nur erhellen
Schwebende säulen auf kreisendem schuh –
Geigend erzitternde ziehende wellen
Schaukeln in selig beschauliche ruh.

Müdet euch aber das sinnen das singen
Fliessender freuden bedächtiger lauf
Trifft euch ein kuss: und ihr löst euch in ringen
Gleitet als wogen hinab und hinauf.

(Stefan George)

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MERE, PRENDS-MOI SUR TES GENOUX… (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




MERE, PRENDS-MOI SUR TES GENOUX…

Mère, prends-moi sur tes genoux.
Mon coeur est las ! Mon âme est lasse !
Comme autrefois, à voix très basse,
Berce-les d’un air de chez nous !

Redis-moi de ta voix faiblie
Nos ciels, nos fleuves, nos prés verts ;
Et que les maux que j’ai soufferts,
Ma mémoire tôt les oublie !

J’ai vu qu’il n’est de vrais bonheurs
Qu’aux lieux bénis de nos enfances
Et que c’est courir à souffrances
Que de porter son rêve ailleurs.

J’ai su que pour fuir les détresses
Et se guérir des trahisons,
I1 n’est qu’aux natals horizons
De refuges et de tendresses.

J’ai sondé le néant des rois,
Compris la vanité des gloires.
Je sais qu’il n’est d’autres victoires
Que celles qu’on obtient sur soi.

Et me voici, ma mère ! Penche
Sur mes yeux ton beau front cendré.
Comme autrefois, je baiserai
Les rubans de ta coiffe blanche.

Et comme alors, sur tes genoux,
— Mon coeur est las ! Mon âme est lasse ! —
Tu m’endormiras à voix basse
De quelque vieil air de chez nous.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Louis Toffoli

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Vers un peu d’air bleu (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Ai Xuan 3ed

 

Vers un peu d’air bleu

Songes flottants dans la brume
accordés au vol bas d’oiseaux las
un peu de mer vaporisée
un peu d’écume

Idées non, maussaderies
échos du pas lent du poisson de banc
légèreté désagrégée
hygrométries

De tout cela rien ne s’élève
il faut attendre et tendre
vers un peu d’air bleu
au-dessus de la brume au-dessus de l’écume au-dessus du rêve

(Raymond Queneau)

Illustration: Ai Xuan

 

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Une larme de sel (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration

    
Une larme de sel
une pincée de réel
d’autres morceaux
de ciel
La rive habituelle
une voix de tête
qui passe
sous la grammaire
L’homme effacé
criant de vérité
La nuit s’écoule
on imagine
le mot coincé
dans le berceau du rêve
On s’imagine
les bras chargés
de soi
on veille au grain
on cherche

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Marco (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Mikhaïl Vroubel
    
Marco

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
Où les feux d’Amour brûlaient sans pitié
Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ;
Tout autour dansaient des parfums mystiques
Où l’âme, en pleurant, s’anéantissait.
Sur ses cheveux roux un charme glissait ;
Sa robe rendait d’étranges musiques
Quand Marco passait.

Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire
Évoquaient souvent la profondeur noire
Des airs primitifs que nul n’a redits,
Et sa voix montait dans les paradis
De la symphonie immense des rêves,
Et l’enthousiasme alors transportait
Vers des cieux connus quiconque écoutait
Ce timbre d’argent qui vibrait sans trêves,
Quand Marco chantait.

Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
Défiaient l’éclat des plus belles armes ;
Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
Et son désespoir n’avait rien d’humain ;
Pareil au foyer que l’huile exaspère,
Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
Dit d’une lionne à l’âpre forêt
Communiquant sa terrible colère,
Quand Marco pleurait.

Quand Marco dansait, sa jupe moirée
Allait et venait comme une marée,
Et, tel qu’un bambou flexible, son flanc
Se tordait, faisant saillir son sein blanc ;
Un éclair partait. Sa jambe de marbre,
Emphatiquement cynique, haussait
Ses mates splendeurs, et cela faisait
Le bruit du vent de la nuit dans un arbre,
Quand Marco dansait.

Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d’ambre
Et de chair mêlés opprimaient la chambre !
Sous les draps la ligne exquise du dos
Ondulait, et dans l’ombre des rideaux
L’haleine montait, rhythmique et légère ;
Un sommeil heureux et calme fermait
Ses yeux, et ce doux mystère charmait
Les vagues objets parmi l’étagère,
Quand Marco dormait.

Mais quand elle aimait, des flots de luxure
Débordaient, ainsi que d’une blessure
Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,
De ce corps cruel que son crime absout :
Le torrent rompait les digues de l’âme,
Noyait la pensée, et bouleversait
Tout sur son passage, et rebondissait
Souple et dévorant comme de la flamme,
Et puis se glaçait.

(Paul Verlaine)

 
Découvert ici: https://marinegiangregorio.wordpress.com/

Recueil: Poèmes saturniens
Traduction:
Editions:

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Que dois-je vous chanter, signora? (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
Fausses fenêtres dans le ciel noir,
Un projecteur sur l’antique palais.
Et voilà qu’elle passe, en dentelles,
Un sourire sur son visage brun.

Mais le vin trouble mon regard,
Le feu se répand dans mes veines…
Que dois-je vous chanter, signora?
Pour que vos rêves vous soient doux?

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Nous nous vîmes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration
    
Nous nous vîmes par un soir calme
(Le coeur se souvient de ces songes).
Les arbres s’habillaient à peine
De leur feuillage de printemps.

De vermillon s’illuminant,
Courant le long de cet étang,
L’étroite allée nous invitait
Aux songes et ombres à jamais.

Cette jeunesse, cette tendresse —
Que fut-elle pour nous, vraiment?
N’est-ce pas elle qui élève
Chacun de mes vers insurgés ?

Le coeur est occupé de rêves,
Le coeur sait que le terme est long,
Il sait le soir sur les étangs
Et votre mouchoir parfumé.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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FLORENCE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Florence 1

FLORENCE

I
Meurs, Florence, ô Judas,
Disparais dans les ténèbres séculaires !
A l’heure de l’amour, je t’oublierai,
A l’heure de la mort, je ne serai pas avec toi !

O belle, moque-toi de toi-même,
Car tu as perdu ta beauté !
Un rictus putride, un rictus de mort
A défiguré tes traits !

S’égosillent tes automobiles,
Sont hideuses tes maisons,
A la jaune poussière européenne
Pourquoi donc t’es-tu livrée !

Dans la poussière, tintent les vélocipèdes,
Là, où le saint moine fut brûlé,
Là, où Léonard a su percer les ténèbres,
Où Fra Beato un rêve bleu a rêvé !

Tu réveilles les Médicis somptueux,
Tu piétines tes propres lis,
Mais tu ne sais pas te faire renaitre,
De la poussière, de la cohue des boutiques !

Le long gémissement nasillard de la messe
Et l’odeur de cadavre des roses dans tes églises,
Tout le poids de la tristesse séculaire,
Disparais donc dans les siècles purificateurs !

IV
Les pierres surchauffées brûlent
Mon regard enfiévré.
Les iris brumeux, dans la fournaise
Semblent vouloir s’envoler.

O tristesse sans issue,
Je te connais par coeur !
Dans le ciel noir de l’Italie
Je mire mon âme noire.

(Alexandre Blok)

 

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