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Posts Tagged ‘printemps’

LE NEZ FIN (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE NEZ FIN

Prends un brin d’herbe et froisse-le
entre la pulpe de tes doigts
et tu sentiras parfois une odeur amère
et parfois celle du printemps
c’est peut-être de l’anis c’est peut-être de la menthe
c’est peut-être la plante
qui fait rêver à tous les parfums de l’Arabie
à la cannelle au gingembre à l’ilang-ilang
au poil de l’âne qui fait hihan hihan
à la roche rôtie à la pierre panée
à la route rouillée à la boue piétinée
à l’eau
à rien

(Raymond Queneau)

 

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DANS LE JARDIN (Pierre Torreilles)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017


 


 

Gustav Klimt ferme_klimt [1280x768]

DANS LE JARDIN

Je te disais la résonance pure du silence
le lierre grave et miséricordieux
le vacarme lointain du sang bouleversé
et la conversation de branches accoudées,
la résonance aussi de la lumière sans mirage
le printemps bref et monocorde après l’hiver.

Mais quelle singulière fièvre nous frappait?
Et ce ressac aux éclairages équivoques
était-ce aussi l’éternité de l’oeuvre surgissante?
Ce lieu dans l’évidence à peine dépouillé,

Je te disais le bleu vermiculé de tous mes rêves,
la tâche rouge dans mes yeux
mon extrême éblouissement et ma faiblesse
au pied de tout ce qui nous reste à dire.
Je te disais combien la mort se familiarisait,
semblables à ces inquiètes matinées de solitude.

Je te disais
-combien suis-je étonné de ne jamais m’entendre-
cet incessant chuintement jusqu’à
l’extrême ciselure du silence
et l’odeur des lambris dans la demeure de mes âges.

Je te disais aussi la blessure du jour
et le combat dans l’aveuglante servitude.
L’ombre reste pour moi le refuge inouï
de la parole qui s’avère.
Mais aujourd’hui je suis dans la distance qui meurtrit
et dans les mots qui ne sont pas de mon langage.
Je bruis de toute part de ce qui ne s’accorde pas
au geste nu et conciliateur….
Quel équipage ainsi se mesure à la mort?
Quelle gloire parfois semblable à ces soirées
ouvertes longuement sur de si lourds nuages?
La paix est d’ombre aussi et de langage satisfait.

(Pierre Torreilles)

Illustration: Gustav Klimt

 

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DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE

Dormeuse aux lèvres de soleil,
Dormeuse au sourire d’eau calme
Où dérivent de lents nuages,
Oh ! sous ta paupière close
La rosée de ton regard,
Ma fileuse d’aurores douces,
Ma dormeuse nue dans la robe
Profonde et soyeuse des fleuves
Je murmure ton nom de songe à ton oreille,
Je te parle des grands vaisseaux qui appareillent,
Je t’offre les joyaux qui brûlent dans les vagues
Ou que l’écume heureuse roule
Sur les plages de mon enfance,
Je caresse les tourterelles qui roucoulent
Aux tièdes nids de tes aisselles,
Tu souris et tu ne t’éveilles
De ton grand sommeil enchanté.
Il fait bon, si bon dans ton rêve,
O mon enfant, ma si tendre inconnue
Silencieuse, ô ma décapitée.

Toi qui circules dans ma vie
Comme une source dans la terre,
Et je connais ta voix amie,
Fleur de printemps parmi l’hiver,
Toi qui me lies et me délivres
De mes murs et de mes décombres,
Magicienne qui ravives
Mon ciel des couleurs de l’enfance,
Belle de jour, belle de nuit,
Soleil de tous mes paysages,
Navire près de mes rivages,
Ile proche dans mes naufrages,
Refuge en mes déserts de neige,
Azur sur tous mes continents,
Comment, comment te nommerai-je
Sans que tu meures de ton nom ?

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

 

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Dit de la Force et de l’Amour (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Dit de la Force et de l’Amour

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d’être libre et je te continue.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poèmes politiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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Printemps (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


 

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule.

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison.

(Paul Eluard)

Illustration: Sandro Botticelli

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Tous les droits (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


ortie rose

 

Simule
L’ombre fleurie des fleurs suspendues au printemps
Le jour le plus court de l’année et la nuit esquimau
L’agonie des visionnaires de l’automne
L’odeur des roses la savante brûlure de l’ortie
Etends des linges transparents
Dans la clairière de tes yeux
Montre les ravages du feu ses oeuvres d’inspiré
Et le paradis de sa cendre
Le phénomène abstrait luttant avec les aiguilles de la pendule
Les blessures de la vérité les serments qui ne plient pas
Montre-toi

Tu peux sortir en robe de cristal
Ta beauté continue
Tes yeux versent des larmes des caresses des sourires
Tes yeux sont sans secret
Sans limites.

(Paul Eluard)

 

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Nous nous vîmes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration
    
Nous nous vîmes par un soir calme
(Le coeur se souvient de ces songes).
Les arbres s’habillaient à peine
De leur feuillage de printemps.

De vermillon s’illuminant,
Courant le long de cet étang,
L’étroite allée nous invitait
Aux songes et ombres à jamais.

Cette jeunesse, cette tendresse —
Que fut-elle pour nous, vraiment?
N’est-ce pas elle qui élève
Chacun de mes vers insurgés ?

Le coeur est occupé de rêves,
Le coeur sait que le terme est long,
Il sait le soir sur les étangs
Et votre mouchoir parfumé.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA VOIX DU CHOEUR (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



LA VOIX DU CHOEUR

Combien souvent nous pleurons
Sur la médiocrité de notre vie !
Mais si vous saviez, amis,
Le froid et les ténèbres des jours futurs !

Maintenant, tu serres la main de l’aimée,
Tu joues, tu plaisantes avec elle ;
Tu pleures, si tu te crois trompé,
Ou si tu vois dans sa main un poignard,
Enfant, enfant !

Mensonge et perfidie sont sans mesure,
Et la mort est encore loin !
De plus en plus noir sera le monde terrible,
De plus en plus fou le tourbillon des planètes
Pendant des siècles, des siècles !

Et le siècle dernier, le plus effrayant de tous,
Nous le verrons, vous et moi.
Le péché sordide cachera tout le ciel,
Le rire se figera sur les bouches,
Devant l’horreur du néant !

Le printemps, enfant, tu attendras :
Le printemps te trahira.
Tu appelleras le soleil dans le ciel
Le soleil ne se lèvera pas.
Et ton cri, quand tu te mettras à crier,
Comme une pierre, retombera.

Soyez donc contents de votre vie,
Plus calmes que l’eau, plus humbles que l’herbe
Oh, si vous pouviez savoir, enfants,
Le froid et les ténèbres des jours qui viennent !

(Alexandre Blok)

Illustration: Hans Thoma

 

 

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Carmen (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Alexey Slusar 1961- Ukrainian painter - Flamenco dancers - Tutt'Art@ (4) [800x600]

Parmi les amoureux de Carmen,
Qui se hâtent, foule bigarrée,
Voulant l’entraîner derrière eux,
Un seul…

Silencieux et morose
N’attend rien, ne demande rien ;
Mais lorsque le tambourin résonne,
Et sourdement, tintent les bracelets,

Il se souvient des jours de printemps,
Et dans le tumulte des accords
Il regarde sa taille chantante
Et voit des rêves créateurs…

Tu es telle l’écho d’un hymne oublié
Dans mon noir et sauvage destin.
0 Carmen, il m’est triste et étrange
D’avoir pu rêver de toi…

Tu es ta propre loi, tu voles, tu voles outre,
Vers d’autres constellations, ne connaissant pas d’orbites,
Et ce monde-ci n’est pour toi qu’un rouge nuage de fumée
Où quelque chose consume, chante, tourmente et brille.

Et dans cet incendie est folle ta jeunesse.
Tout est musique et lumière : il n’y a ni bonheur, ni trahisons,
D’une même mélodie résonnent joie et tristesse.
Mais je t’aime : je suis pareil à toi, Carmen !

(Alexandre Blok)

Illustration: Alexey Slusar

 

 

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