Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘face’

L’abîme n’admet pas l’ordre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
L’abîme n’admet pas l’ordre,
le désordre non plus.
Et nous savons que tout est un abîme.

Pourtant,
le jeu de la feuille et du vent
s’achève toujours à l’endroit le plus exact.
Et aucune feuille ne souille
le lieu où elle tombe.

Il se peut qu’une feuille ordonne
ou peut-être désordonne
une autre face de l’univers.

***

El abismo no admite el orden,
pero tampoco el desorden.
Y sabemos que todo es un abismo.

Sin embargo,
el juego de la hoja y el viento
siempre acaba en el sitio más exacto.
Y ninguna hoja ensucia
el lugar donde cae.

Quizá una hoja ordene
o tal vez desordene
otra faz del universo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui-perd-gagne (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



qui-perd-gagne

J’ai perdu
la conque
j’ai gagné
la plage

j’ai perdu
la cruche
j’ai gagné
la source

J’ai perdu
la source
j’ai gagné
la cime

j’ai perdu
le galet
j’ai gagné
le fleuve

J’ai perdu
le fleuve
j’ai gagné
la terre

j’ai perdu
la tête
j’ai gagné
le nord

J’ai perdu
le nord
j’ai gagné
le sud

j’ai perdu
le sud
j’ai gagné
le soleil

J’ai perdu
le soleil
j’ai gagné
la pluie

j’ai perdu
la terre
j’ai gagné
la lune

J’ai perdu
la lune
j’ai gagné
le ciel

j’ai perdu
la pierre
j’ai gagné
la rue

J’ai perdu
la rue
j’ai gagné
la clé

j’ai perdu
la clé
j’ai gagné
la maison

J’ai perdu
la maison
j’ai gagné
l’âme

j’ai perdu
l’oeuf
j’ai gagné
l’oiseau

J’ai perdu
l’oiseau
j’ai gagné
l’envol

j’ai perdu
les plumes
j’ai gagné
l’air

J’ai perdu
l’air
j’ai gagné
l’eau

j’ai perdu
la trace
j’ai gagné
la face

J’ai perdu
la face
j’ai gagné
le feu

j’ai perdu
la nuit
j’ai gagné
la lune

J’ ai perdu
la lune
j’ai gagné
le ciel

j’ai perdu
pied
j’ai gagné
la mer

***

perder-ganhar

Perdi
o bûzio
ganhei
a praia

perdi
o pùcaro
ganhei
a fonte

Perdi
a fonte
ganhei
o monte

perdi
o seixo
ganhei
o rio

Perdi
o rio
ganhei
a terra

perdi
o tino
ganhei
o norte

Perdi
o norte
ganhei
o sul

perdi
o sul
ganhei
o sol

Perdi
o sol
ganhei
a chuva

perdi
a terra
ganhei
a lua

Perdi
a lua
ganhei
o céu

perdi
a pedra
ganhei
a rua

Perdi
a rua
ganhei
a chave

perdi
a chave
ganhei
a casa

Perdi
a casa
ganhei
a alma

perdi
o ovo
ganhei
a ave

Perdi
a ave
ganhei
o voo

perdi
as penas
ganhei
o ar

Perdi
o ar
ganhei
a âgua

perdi
o rasto
ganhei
o rosto

Perdi
o rosto
ganhei
o gosto

perdi
a noite
ganhei
o luar

Perdi
o luar
ganhei
o céu

perdi
o pé
ganhei
o mar

(Teresa Rita Lopes)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

La moindre des choses (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
La moindre des choses

Lorsque la rouille
a tout
dévoré

il reste toujours
un coquelicot
pour sauver la face

(Paul Louis Rossi)

 

Recueil: Quand Anna murmurait
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ces roses furtives (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019




    
Ces roses furtives
pour vous dire que nous sommes vivants,
encore un peu.

Tant d’énergie tremblante, pensive,
ne dérangera pas votre sommeil.

Vous sans rêve, si proches de Rien,
effacés, vacants, faces illisibles
sous l’impalpable parfum.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

N’es-tu pas déjà passé (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018




    
N’es-tu pas déjà passé
par ce corridor,
ce parcours dans des cercles
sans mémoire ?

C’est toujours ton nom qui interroge
et toujours le même cheminement,
les meubles futiles, les roues, les saisons.
Tu es pauvre parmi les mots

plus pâles, reste à jeter le ciel
sur l’autre pente.
Ici rien ne manque parce que

rien est tout : les biens convoités
sont un désert et toute face fermée
te ressemble.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’enfant d’autrefois (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
L’enfant d’autrefois
face offerte
accueille la pluie
cinglante
et pourtant douce
menus oiseaux
picorant la peau

L’eau s’amuse
à devenir métallique
fines aiguilles
qui piquent
sans blesser
ni transpercer

Étincelles ludiques
sur le front
le pavé

Visage au vent
l’enfant rit
ruisselante

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je creuserais (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Je me soucierais peu — de Murs —
L’Univers fût-il — un Roc —
Tant que viendrait son Appel clair
De l’autre côté du Bloc —

Je creuserais — jusqu’à ce que mon Tunnel
S’ouvre soudain sur le sien —
Ma face aurait alors sa Récompense —
Mes yeux dans ses Yeux —

Mais il s’en faut d’un Cheveu —
D’un filament — d’une loi —
D’une Toile — tissée dans l’Acier —
D’un Rempart — de Paille —

D’un seuil pareil au Voile
Sur le visage de la Dame —
Mais chaque Maille — une Citadelle —
Et des Dragons — dans les Plis —

***

I had not minded — Walls —
Were Universe — one Rock —
And far I heard his silver Call
The other side the Block —

I’d tunnel — till my Groove
Pushed sudden thro’ to his —
Then my face take her Recompense —
The looking in his Eyes —

But ’tis a single Hair —
A filament — a law —
A Cobweb — wove in Adamant —
A Battlement — of Straw —

A limit like the Vail
Unto the Lady’s face —
But every Mesh — a Citadel —
And Dragons — in the Crease —

(Emily Dickinson)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

On décèle sous le poème (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2018




    
on décèle sous le poème
les traits d’agonie de la terre
le filigrane obscur des rides
sous le grand vent des déserts

lèpre des sables chair aride
faces crevassées mal solaire
ainsi la victoire du vide
sur le langage dévasté

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Revermont
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au soir (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




    
Au soir,
L’endormement des petits oiseaux.
Dans le reposoir du rosier sauvage
L’aiguille libellule immobilise la gaze des ailes.
Un effet de lune bombe la face de l’étang.
Restes d’un feu de jardinier,
Mille braises tremblantes
Rêvent leur fumée.

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JOURS FERMES (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



JOURS FERMES

Il y a quelqu’un d’hésitant en soi
une face qui hésite en face de soi
et ne disparaît pas aux angles
une histoire d’avant
en haut, au-dessus, une histoire appelée hier et encore

une terre organique près de soi
un voyage contre la surface de soi
contre le réseau
une réduction par le dedans
un parler dans le sillage de soi
et en avant
il y a l’action toute prête en soi et qui n’a pas lieu
l’histoire sans histoire d’être venu et de parler.

(Georges Drano)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :