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Posts Tagged ‘vibrer’

La maison du poète (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Dao Hai Phong VIE1538L [1280x768]

La maison du poète

Au bord d’un verger vert envahi d’herbe en fête
Se dressait le palais superbe du poète.

La maison était vieille au moins trois cent ans,
On entendait craquer ses poutres au printemps.

Les arbres se pressaient contre elle à s’étouffer,
Poiriers portant le nid mélodieux d’Orphée.

Mais les tuiles volaient au vent à tire-d’aile
– Fort bien, dit le poète: on verra mieux le ciel!

Quand il pleuvait, la pluie entrait comme chez elle
– Bon, c’est la porte aussi qu’emprunte l’hirondelle!

Les murs épais, dorés, ruisselaient de feuillages:
Vigne, lierre, rosiers pleins de lézards sans âge.

Au grenier résidait l’effraie, oiseau de nuit.
– C’est moi qui vis chez toi, Sagesse à l’oeil qui luit!

Deux chiens fous, un vieux puits, peu de pain dans la huche
– Mais du soleil au coeur plus que le miel en la ruche!

Depuis longtemps l’horloge s’était arrêtée
– Que l’heure loge ailleurs: pas le temps de compter!

Les cigales vibraient sans fin, de chaleur ivres,
Une plume fumait, dedans, les mots d’un livre.

Et le chant du poète en silence embaumait
La nature alentour ainsi qu’une fumée.

(Marc Alyn)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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Aimer (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



 

Jeanie Tomanek milkweed [1280x768]

Aimer

Il est un mot qui est le coeur
De tous les autres: c’est aimer!
Respire-le comme une fleur
Ecoute-le battre et vibrer.

Aimer, vois-tu, ce n’est pas prendre
Mais d’un vaste élan se donner,
C’est se taire pour mieux entendre
Ce que l’autre dit sans parler.

Aime l’ami, aime l’aimée,
Aime l’arbre, l’air et la bête,
Aime la vie, âme comblée:
C’est l’amour qui meut les planètes!

(Marc Alyn)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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À GENTILLY (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Georges-Henri Manesse
    
À GENTILLY

Il est pour tout mortel, soit que, loin de l’envie,
Un astre aux rayons purs illumine sa vie ;
Soit qu’il suive à pas lents un cercle de douleurs,
Et, regrettant quelque ombre à son amour ravie,
Veille auprès de sa lampe, et répande des pleurs ;

Il est des jours de paix, d’ivresse et de mystère,
Où notre coeur savoure un charme involontaire,
Où l’air vibre, animé d’ineffables accords,
Comme si l’âme heureuse entendait de la terre
Le bruit vague et lointain de la cité des morts.

Souvent ici, domptant mes douleurs étouffées,
Mon bonheur s’éleva comme un château de fées,
Avec ses murs de nacre, aux mobiles couleurs,
Ses tours, ses portes d’or, ses pièges, ses trophées,
Et ses fruits merveilleux, et ses magiques fleurs.

Puis soudain tout fuyait : sur d’informes décombres
Tour à tour à mes yeux passaient de pâles ombres ;
D’un crêpe nébuleux le ciel était voilé ;
Et, de spectres en deuil peuplant ces déserts sombres,
Un tombeau dominait le palais écroulé.

Vallon ! j’ai bien souvent laissé dans ta prairie,
Comme une eau murmurante, errer ma rêverie ;
Je n’oublierai jamais ces fugitifs instants ;
Ton souvenir sera, dans mon âme attendrie,
Comme un son triste et doux qu’on écoute longtemps !

(Victor Hugo)

 

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J’AIME CARESSER LES FEUILLES (Claribel Alegría)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Illustration: Martin Missfeldt

    
J’AIME CARESSER LES FEUILLES

Plus encore que les livres
Revues
Et journaux
Plus encore que les lèvres mobiles
Qui des livres
Des revues
Redisent les désastres
J’aime caresser les feuilles
J’aime à m’en recouvrir le visage
Pour sentir leur fraîcheur
Et voir le monde
A travers leur lumière tamisée
A travers leur couleur verte
Pour écouter mon silence
Qui mûrit
Vibre sur mes lèvres
Et se dissout sur ma langue
Ecouter la terre
Qui respire
Et la terre est mon corps
Et je suis le corps
De la terre
Claribel.

***

ME GUSTA PALPAR HOJAS

Más que libros
Revistas
Y periódicos
Más que móviles labios
Que repiten los libros,
Las revistas,
Los desastres,
Me gusta palpar hojas
Cubrirme el rostro de hojas
Y sentir su frescura
Ver el mundo
A través de su tamizada
A través de sus verdes
Y escuchar mi silencio
Que madura
Y titila en mis labios
Y se rompe en mi lengua
Y escuchar a la tierra
Que respira
Y la tierra es mi cuerpo
Y yo soy el cuerpo
De la tierra
Claribel

***

***

GOSTO DE APALPAR FOLHAS

Mais do que livros
Revistas
E jornais
Mais que móveis lábios
Que repetem os livros,
As revistas,
Os desastres,
Gosto de apalpar folhas
Cobrir o meu rosto de folhas
e sentir o seu frescor
ver o mundo
através de sua peneira
através de seus verdes
e escutar o meu silêncio
que amadurece
e estremece em meus lábios
e se corta na minha língua
e escutar a terra
que respira
e a terra é o meu corpo
e eu sou o corpo
da terra
Claribel

***

***

I LOVE TO TOUCH LEAVES

More than books
Magazines
And newspapers,
More than moving lips
Repeating the books
The magazines
The disasters,
I love to touch leaves
To cover my face with leaves
And feel their freshness
See the world
Through their screened light
Through their green,
And to listen to my silence
That matures
And vibrates on my lips
And breaks down on my tongue,
And to listen to the earth
Which breathes.
And the earth is my body
And I am the body
Of the earth.
Claribel

***

ICH LIEBE ES BLÄTTER ZU ERFÜHLEN

Mehr als Bücher
Zeitschriften
Und Zeitungen
Mehr als bewegliche Lippen
Die die Bücher,
Die Magazine,
Die Schrecknisse wiederholen,
Liebe ich es, Blätter zu erfühlen
Mein Gesicht mit Blättern zu bedecken
Und ihre Frische zu spüren
Die Welt zu sehen
Durch ihre Spreite
Durch ihr Grün
Und meine Stille anzuhören
Die reift
Und auf meinen Lippen zittert
Und auf meiner Zunge zerbricht
Und der Erde zuzuhören
Die atmet
Und die Erde ist mein Körper.
Und ich bin der Körper
Der Erde
Claribel

***

IK RAAK GRAAG BLOEMEN AAN

Méér nog dan boeken
Tijdschriften
En kranten
Méér nog dan beweeglijke lippen
Die de boeken,
Die de tijdschriften,
De rampen nazeggen,
Raak ik graag bladeren aan
Bedek ik er graag mijn gelaat mee
Om hun frisheid te voelen
En de wereld te zien
Door hun gezeefd licht
Door hun groen
En naar mijn stilte te luisteren
Die rijper wordt
En op mijn lippen trilt
En uiteenvalt op mijn tong
En naar de aarde te luisteren
Die ademt
En de aarde is mijn lichaam
En ik ben het lichaam
Van de aarde
Claribel

***

ÎMI PLACE SĂ DEZMIERD FRUNZELE

Mai mult decât cărți
Sau reviste
Și ziare
Mai mult decât buzele în mișcare
Repetând cărțile,
Revistele,
Dezastrele,
Îmi place să dezmierd frunzele
Sub ele să-mi îngrop fața
Să simt răcoarea lor pe-obraz
Lumea s-o văd
Prin sita lor cernută
Trecută prin verzi vămi
Și să-mi ascult tăcerea
Cum se coace
Licăr mijit pe buze
Spărgându-se de limbă
Pământul să-l ascult
Și să-i ghicesc suflarea
Țărâna-mi va fi trup
Voi fi al gliei corp
Și-al țarnei
Claribel

***

***

ΤΑ ΦΥΛΛΑ ΑΓΓΙΖΩ

Περισσότερο απ’ τα βιβλία
εφημερίδες, περιοδικά
χείλη που αφηγούνται
κι επαναμβάνουν για περιοδικά
και για καταστροφές
μ’ αρέσει τα φύλλα ν’ ακουμπώ
και τη φρεσκάδα τους να νιώθω
τον κόσμο να κοιτώ
μέσα απ’ το πράσινο τους χρώμα
ν’ ακούω τη σιωπή μου
που ωριμάζει και στα χείλη και δονείται
και σπάζει στη γλώσσα μου επάνω
κι ακούει την αναπνοή της γης
που το κορμί μου είναι
και το κορμι μου είναι η γη
Κλαριμπέλ.

***

***

我喜触摸树叶
仅仅是书
杂志
还有报纸

不止是
动嘴唇
重复书本
杂志
不幸,
我喜
触摸树叶
树叶遮住我的脸
感受它们的新鲜
们的遮光
们的绿色
看世界,
听我成熟的
沉默
在我的唇上
颤动
在我的舌头上破碎,
进而倾听大地
的呼吸。
地球是我的身体
我就是地球
的身体。

(Claribel Alegría)

 

Recueil: ITHACA 613
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Persan / Portugais José Eduardo Degrazia / Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Népalais / Grec Manolis Aligizakis / Arabe / Chinois / Chinois William Zhou /
Editions: POINT

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Mutations (Jean Claval)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Mutations

Mon coeur cerf-volant
vague au gré des vents
Mon coeur artichaut
pêle et peu lui chaut
Mon coeur escargot
s’endort tout de go
Mon coeur carnaval
parade à cheval
Mon coeur caméra
filme à tour de bras
Mon coeur éventail
s’étale en détail
Mon coeur postillon
veut prendre pension
Mon coeur paravent
musse un sentiment
Mon coeur coccinelle
vole aux demoiselles
Mon coeur caïman
prend rage d’amant
Mon coeur partition
vibre avec passion
Mon coeur plume d’oie
rime toi et moi

(Jean Claval)


Illustration

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Âme soumise aux mystères du mouvement (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Âme soumise aux mystères du mouvement,
passe emportée par ton dernier regard ouvert,
passe, âme passagère dont aucune nuit n’arrêta
ni la passion, ni l’ascension, ni le sourire.

Passe : il y a la place entre les terres et les bois,
certains feux sont de ceux que nulle ombre ne peut réduire.
Où le regard s’enfonce et vibre comme un fer de lance,
l’âme pénètre et trouve obscurément sa récompense.

Prends le chemin que t’indiquera le suspens de ton coeur,
tourne avec la lumière, persévère avec les eaux,
passe avec le passage irrésistible des oiseaux,
éloigne-toi : il n’est de fin qu’en l’immobile peur.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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POÈME AU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Armand Point 
    
POÈME AU MONDE

C’est bonheur que pouvoir bouger
C’est enchantement que toucher
C’est une merveille vibrer
Dans le floral éclat des prés,
Exaltant se laisser aller
Au flux d’événements ailés,
Joyeux en élans s’exhaler,
S’élancer en joie s’égarer.
C’est jeu se laisser entraîner
Vers les dangers illuminés,
Léger et lesté se leurrer
De tant de leurres éventés,
Par la nostalgie tourmenté,
Au vent des épreuves porté
Dans les tourbillons déchaînés
Et les cauchemars effrénés.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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V (Levent Beskardès)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
V

Je te vois dansevibrer devant mes yeux
Et valcille le pinceau qui viregraffe sur la feuille vide
Je te vois dansefloue au vif accéléré
Et s’affole le pinceau qui vite virevolte voltevire

Je te vois valse langouveureuse
Va et vient doucevolant sur la feuille
Je te vois Vénus évanedanse
sur ma feuille bellevue de la vie

Tu me donnes ta beauté vie à vie
Vaguevolantes de nos regards croisés

(Levent Beskardès)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’ILE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



 

Hameau de la Reine Versailles [1280x768]

L’ILE

L’île basse, parmi les eaux, isole en elle,
Sous les pleurs du vieux saule et le frisson du tremble,
Le pavillon carré dont la tristesse semble
Enclore en son secret un silence fidèle.

Par les vitres, on voit, qui se décharne, l’aile
D’une harpe tendre ses cordes où il tremble
Un peu du frôlement des doigts qui l’ont ensemble
Fait vibrer doucement jadis, sonore et grêle.

Et le blanc pavillon de marbre et de cristal
S’est endormi, avec en lui l’accord final
Que le silence embaume en son ombre engourdie;

Et qui sait si le chant, par la fenêtre close,
N’en filtre pas encor pour charmer l’eau verdie,
Faire trembler le tremble et sangloter le saule?

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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N’importe ? Pensée, Alerte ! (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

mer  20090420_140311_

N’importe ? Pensée, Alerte !
L’écho de nos pas nous approuve ;
Marchons vers la vaste mer verte
Sur la route qui s’ouvre.

Je t’interpelle dans l’ombre,
Ou me tais pour entendre ta voix
— Le ciel s’est fait bas et sombre
Et pèse comme la voûte des bois —

Alerte, vers ailleurs ! Ma pensée ;
Vers demain et sa rive ignorée :
Une chanson de route cadencée
Vibre au loin, comme un vol essoré…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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