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Poésie

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Le paysage dans le cadre des portières (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



 

Claude Monet_ train dans la campagnef [1280x768]

Le paysage dans le cadre des portières
Court furieusement, et des plaines entières
Avec de l’eau, des blés, des arbres et du ciel
Vont s’engouffrant parmi le tourbillon cruel
Où tombent les poteaux minces du télégraphe
Dont les fils ont l’allure étrange d’un paraphe.

Une odeur de charbon qui brûle et d’eau qui bout,
Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout
Desquelles hurleraient mille géants qu’on fouette ;
Et tout à coup des cris prolongés de chouette.
– Que me fait tout cela, puisque j’ai dans les yeux
La blanche vision qui fait mon coeur joyeux,
Puisque la douce voix pour moi murmure encore,
Puisque le Nom si beau, si noble et si sonore
Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement,
Au rythme du wagon brutal, suavement.

(Paul Verlaine)

Illustration: Claude Monet

 

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« Je suis à Toi » (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019


bouguereau18

A une unique interlocutrice,
celle qui tranche le fil,
nous pouvons sincèrement dire :
« Je suis à Toi ».
Femme parée d’une parfaite jeunesse,
qui nous libère à notre heure,
non à la sienne.

(René Char)

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Aussi bien je me dirais joyeux (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

Nicholas Roerich drops-of-life-1924 [1280x768]

Aussi bien je me dirais joyeux,
Car la joie est subtile et fait mal
— La pluie en fils soyeux
Traîne sur l’horizon pâle.

Aussi bien je me croirais aimé,
Car l’amour est étrange et cruel
— Le soleil d’un rire enflammé
Met du sang au bord du ciel.

J’ai honte et j’ai hâte de vivre
Dans le deuil et la mort du monde,
Je ne sais quelle route suivre ;
Mais j’entends mourir les secondes !…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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J’aperçus le souvenir de sa voix se percher (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Ana Cruz   da

J’aperçus le souvenir de sa voix se percher
Mon corps berçait mes pensées
les fils télégraphiques s’enfuyaient

Le heurt d’un caillou sonna midi

(Philippe Soupault)

Illustration: Ana Cruz

 

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DIMANCHE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



 

DIMANCHE

L’avion tisse les fils télégraphiques
et la source chante la même chanson
Au rendez-vous des cochers l’apéritif est orangé
mais les mécaniciens des locomotives ont les yeux blancs
La dame a perdu son sourire dans les bois.

(Philippe Soupault)

Illustration: Paul Signac

 

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Aujourd’hui (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2019




    
Aujourd’hui

Tout cela est très ancien,
de la vieille histoire,
des fils noués pour tuer le temps
à force d’attendre
devant le rideau baissé,
les yeux rivés sur le rouge
sans voir que je me heurte à un mur,
que toutes les issues sont fermées,
qu’il n’y a pas de scène possible.

Je suis l’amant aux bras
maintenus derrière le dos,
poings liés,
pour l’empêcher de serrer son amour
contre sa poitrine.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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Difficile (Li Shangyin)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Les rencontres – difficiles
les adieux – plus encore!
Le vent d’est a faibli
et les cent fleurs se fanent
Le ver à soie, tant qu’il vivra
déroulera sans fin son fil…

(Li Shangyin)


Illustration

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L’hirondelle neurasthénique (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019


 


 

L’hirondelle neurasthénique
Noire et blanche une hirondelle neurasthénique
dans l’atonie d’un soir bleuissant
depuis deux heures immobile sur le fil télégraphique
comme un funambule endormi sur sa corde

Vanité du vol ou vacuité d’amour
qui sait

Un petit trou noir et blanc sur l’immense panneau du soir

(Guy Lévis Mano)

 

 

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L’arbre est couvert d’oiseaux (Mario Urbanet)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



l’arbre est couvert d’oiseaux
on en cueillera un tonneau
et il y en a d’autres sur le fil
que font ceux-là, sèchent-ils?

(Mario Urbanet)

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C’EST À DIRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Fernand Dubuis

    
C’EST À DIRE
(Le bruit qui n’est pas entendu)

Pour Fernand Dubuis, qui a enrichi ce texte de couleurs rares aux harmonies inattendues.

Au tournant du verbe
accablé de masques
dont l’être intermittent
parfois surgit
lampe éphémère
pour que renaissent
les ténèbres
en vain refoulées
parfois plonge à l’oubli définitif
recours
depuis l’origine inconnue
jusqu’au-delà du futur
où tant de douleurs
enfin pétrifiées seront
c’est-à-dire
ne seront plus
voici pour le veilleur
ensommeillé
l’écho qui s’interroge
au-dehors sans répondre
le sifflement de l’ennemi
sous la porte
peut-être la clé
perdue
ou du moins ce mince fil
conducteur de vocables
mais pour qui mais pourquoi
s’il n’est rien
s’il s’enroule inutile
à l’index
ou s’il
retentit solitaire
ou s’il est incapable
de révéler autre chose
que sur le sol
à l’ombre de l’été
ce peu de traces
d’un passage
ou le bruit qui n’est pas entendu
ou les couleurs légères
de l’averse que le soleil
dispense à l’ennui
du littoral
lorsque tout espoir
et tout mal
évanouis
le sable
entonne le tumulte
les cris les rires
la blessure
et le silence même
dans une tête
aux dents serrées
inutile témoin
sur l’astre feu
lentement refroidi
d’être là
et ainsi et ainsi
et toujours
et si vous voulez
que je m’arrête
donnez-moi le mot
sinon— sans fin

je continue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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