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Poésie

Posts Tagged ‘chanter’

L’ancien nid (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Zinaïda Serebriakova
    
L’ancien nid

Pauvre anciene maison, pauvre ancien nid, je sens,
Et rien qu’en y rêvant, les parfums vénérables:
Odeur de la crédence et du buffet luisant,
Du linge blanc, des fruits mûrissants, de l’étable.

Et rien qu’en y rêvant, je palpe les vieux murs,
Les plats d’étain marqués des fleurs de lys, l’armoire,
Les faïences debout sur le dressoir obscur,
Et, dans un coin comme un miroir, la bassinoire

De cuivre ciselé. Puis je vois les landiers,
La taque avec l’écu de nos ducs de Lorraine,
La bûche qu’on tisonne et le pot sur trois pieds
Dont la complainte lente en sanglots sourds s’égrène.

Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu
Où chacun se serrait et se cédait la place,
Parmi le grand silence intime qui délasse
Et pendant qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut.

Que j’en ai savouré des heures merveilleuses
En écoutant chanter la marmite à mi-voix,
Tant l’ambiance était douce et comme soyeuse:
Un nid de roitelet dans la mousse des bois.

Tout repassait au voile des paupières closes:
Les vergers saccagés et les noix qu’on gaulait,
La chasse, les halliers avec leurs feuilles roses,
La source où l’on tendait sous les joncs des lacets

Pour y prendre des rouges-gorges et des grives;
Le retour harassé dans la nuit des chemins,
Les chiens affectueux qui pas à pas vous suivent
Appuyant leurs museaux humides sur vos mains.

Parmi le grand silence intime qui délasse
Et tandis qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut,
En écoutant chanter la marmite à voix basse,
Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu!

Répandant sur nous comme une tiédeur d’aile,
La grand’mère rêvait, oubliant son tricot
Et demandait soudain, à la ronde, autour d’elle:
“Mais chacun a-t-il au moins ce qu’il lui faut?”

(Marie Dauguet)

 

 

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La flûte d’écorce (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Josette Bardoux 
    
La flûte d’écorce

Voici chanter sur la lande déserte
La flûte acide et verte,
Et danser dans le vent, dessous
L’ambre remuante des pins, les boucs,
Les gnomes et les loups-garous.

Parmi la bruyère rien qu’une hutte
Et rien qu’une âpre flûte
De bois suintant la sève et l’eau
Et brisant ses chansons en clairs morceaux
A l’abri maigre des bouleaux;

La flûte fraîche comme de la glace
Dont la chanson se casse
– Ainsi les pins que le gel mord. –
Aux doigts du vieux berger jeteur de sorts,
Fait sauteler les boucs sur les rochers des fjords.

(Marie Dauguet)

 

 

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La neige (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration
    
La neige

Partout cette chape d’hermine
A la souple onctuosité
Sur la laideur qu’elle élimine
Etend sa somptuosité.

Bouquets de grands lys qu’illumine
Le reflet d’un jour argenté,
Marbre, lait, blancheur d’étamine,
Fastueuse idéalité,

C’est la neige que le givre aime,
Perles ou diamants qu’il sème,
Couvrir de ses fins entrelacs.

La lune y glisse et métallise
Sa surface où l’hurlante bise
Chante comme pleure un coeur las.

(Marie Dauguet)

 

 

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Je croyais (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Je croyais

Mon chemin, je croyais, me mènerait, bien sage,
Parmi les champs d’épis, à travers l’or des blés.
Chanteraient près des fruits des oiseaux assemblés.
Je me reposerais dans un petit village.

Et je partis. L’aube pointait. Le paysage
Se rappelait encor ses instants étoiles.
Par les pleurs du matin, les cieux étaient voilés,
Dans l’automne volait la corneille sauvage.

En ce désert qui pleure on ne voit nul épi.
Aux arbres décharnés s’acharne le souci
Peignant ses nids en brun contre la feuille sèche.

Que ce désert est dur ! Qu’il est triste et rétif!
Aucune fleur ne vient sur ce sol bien trop rêche.
Si! quelquefois… le sang d’un pavot rouge vif!

(Attila Jozsef)

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Le Désert (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Douanier Rousseau

    

Le Désert

Le désert ! le désert dans son immensité,
Avec sa grande voix, sa sauvage beauté ;
Ses pics touchant les deux, ses savanes, ses ondes,
Cataractes roulant sous des forêts profondes ;
Ses mille bruits, ses cris, ses sourds rugissements,
Gigantesque concert de tous les éléments !

Le désert ! le désert ! quand l’aube orientale
Se lève, et fait briller les trésors qu’il étale :
Quand du magnolia le bouton parfumé
S’ouvre sous les baisers de quelque insecte aimé ;
Quand la liane en fleurs, odorant labyrinthe,
Enlace le palmier d’une amoureuse étreinte ;
Et que, s’éjouissant sous ces légers lambris,
Escarboucles vivants chantent les colibris !

Le désert d’Amérique avec toutes ses grâces,
Lorsque d’aucun mortel il ne gardait les traces,
Et qu’avec ses grands bois, ses eaux, ses mines d’or
Aux regards de Colomb il s’offrit vierge encore.

Ah ! qui ne la rêva cette belle nature ;
Qui n’eût voulu quitter ce monde d’imposture,
Ce monde où tout grand cœur finit par s’avilir,
Pour courir au désert, vivant, s’ensevelir ?
Pour chercher dans l’Éden de Paul et Virginie
L’ineffable bonheur que la terre dénie,
Vœu de paix et d’amour par chaque cœur conçu,
Et qui s’évanouit, hélas! toujours déçu !

Voilà souvent quel est mon rêve
Dans ces instants d’ennui profond.
Où le désespoir comme un glaive
Reste suspendu sur mon front.

Le désert, le désert m’appelle,
Pourquoi ces chaînes à mes pas ?
Oiseaux voyageurs, sur votre aile
Pourquoi ne m’emportez-vous pas ?

Il faut à mon âme engourdie
Un nouveau monde à parcourir ;
Il faut une sphère agrandie
Au poète qui va mourir !…

(Louise Colet)

 

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La mort d’Ophélie (Ernest Legouvé)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Arthur Hughes
    
La mort d’Ophélie

Auprès d’un torrent Ophélie
cueillait, tout en suivant le bord,
dans sa douce et tendre folie,
des pervenches, des boutons d’or,
des iris aux couleurs d’opale,
et de ces fleurs d’un rose pâle
qu’on appelle des doigts de mort.

Puis, élevant sur ses mains blanches
les riants trésors du matin,
elle les suspendait aux branches,
aux branches d’un saule voisin.
Mais trop faible le rameau plie,
se brise, et la pauvre Ophélie
tombe, sa guirlande à la main.

Quelques instants sa robe enflée
la tint encor sur le courant
et, comme une voile gonflée,
elle flottait toujours chantant,
chantant quelque vieille ballade,
chantant ainsi qu’une naïade
née au milieu de ce torrent.

Mais cette étrange mélodie
passa, rapide comme un son.
Par les flots la robe alourdie
bientôt dans l’abîme profond
entraîna la pauvre insensée,
laissant à peine commencée
sa mélodieuse chanson.

(Ernest Legouvé)

 

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CHEVAL DES RÊVES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017




CHEVAL DES RÊVES

Superflu, me regardant dans les miroirs
avec un goût de semaines, de biographes, de papiers,
j’arrache de mon sieur le capitaine de l’enfer,
j’établis des clauses indéfiniment tristes.

j’erre d’un point à l’autre, j’absorbe des illusions,
je bavarde avec les oiseaux dans leurs nids:
et eux, souvent, d’une voix fatale et froide
chantent et font fuir les maléfices.

I1 y a un vaste pays dans le ciel
avec les superstitieux tapis de l’arc-en-ciel
et les végétations vespérales :
c’est vers lui que je vais et grande est ma fatigue,
foulant une terre retournée de tombes encore fraîches,
je rêve entre ces plantes aux fruits indécis.

Je Passe entre les enseignements possédés, entre les sources,
vêtu comme un être original et abattu :
j’aime le miel usé du respect,
le doux catéchisme entre les feuilles duquel
dorment des violettes vieillies, évanouies,
et les balais, aux secours émouvants,
dans leur apparence il y a sans doute, cauchemar et certitude.

Je détruis la rose qui siffle et la ravisseuse anxiété:
je brise les extrêmes aimés: et plus encore,
je guette le temps uniforme, sans mesures
une saveur que j’ai dans l’âme me déprime.

Quelle aurore a surgi! Quelle épaisse lumière de lait,
compacte, digitale, me protège !
J’ai entendu hennir son rouge cheval
nu, sans fers et radieux.
Je survole avec lui les églises,
Je galope à travers les casernes désertes de soldats
et une armée impure me poursuit.
Ses yeux d’eucalyptus volent l’ombre,
son corps de cloche galope et frappe.

J’ai besoin d’un éclair de splendeur persistante,
d’une parenté joyeuse qui assume mes héritages.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

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Fier et fou de vous (William Sheller)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Fier et fou de vous

On pour-rait croir’ qu’on lui fait des mi-sè-res
À sa fa-çon de pleu-rer sur mes ge-noux mais
J’veux êtr’ son pa-pa ni son grand frè-re
C’sont pas des rôl’s que j’peux jouer jus-qu’au bout pas du tout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui chant’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui pleur’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

Pour-tant est-c’que j’peux ê-tre plus sin-cè-re
J’ai par-fois du mal à join-dre les deux bouts mais
De-puis l’an-née où j’suis rev’-nu d’la guer-re
J’ai ja-mais man-qué à ses ren-dez-vous pas du tout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui pleurn’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui dans’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

Dé-jà quand ell’ vou-lait êtr’ é-cuy-è-re
Ell’ m’é-cri-vait qu’ell’ n’é-tait pas bien chez vous mais
Qu’ell’ n’vou-lait pas ris-quer sa vie en-tiè-re
Sur mon his-toir’ qui n’te-nait pas de-bout voy-ez-vous
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui dans’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

(William Sheller)

 

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La musique (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017


Il-y-a-de-la-musique-dans-le

Il est en elle une flamme miraculeuse,
En sa présence le reste s’estompe.
Elle seule parle avec moi
Quand les autres ont peur de m’approcher.
Quand le dernier ami a détourné ses yeux,
Elle a été avec moi dans ma tombe
Et elle a chanté comme le premier orage
Ou comme si toutes les fleurs se mettaient à parler.

(Anna Akhmatova)

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Le roi aux yeux gris (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Le roi aux yeux gris

Gloire à toi, souffrance sans issue !
Hier est mort le roi aux yeux gris.

Le soir d’automne était rouge, étouffant.
Mon mari, à son retour, a dit tranquillement:

«Tu sais? On l’a rapporté de la chasse.
On a trouvé son corps près du vieux chêne.

J’ai pitié de la reine. Elle est si jeune.
Elle est devenue blanche en une nuit. »

Sur la cheminée il a trouvé sa pipe.
II est parti travailler dans la nuit.

Je vais maintenant réveiller ma fille.
Je la regarderai droit dans ses yeux gris.

Derrière la vitre, les peupliers chantent:
«Ton roi n’est plus de ce monde…»

(Anna Akhmatova)

 

 

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