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Poésie

Posts Tagged ‘chanter’

L’ANGE DE REIMS (Jacques-André Saintonge)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



L’ANGE DE REIMS

L’Ange de Reims est mon ami,
Lui qui tient le cadran solaire ;
(Même s’il est ange à demi,
Et si c’est un ange de pierre.)

J’aime qu’il n’ait rien d’autre à faire
Que de mesurer le soleil ;
Il est l’ange de la lumière,
Il est l’ange du bon conseil.

Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente,
Il est là. Cela me suffit.
Il a ce visage qui chante.
Il est sûr de Dieu. Il sourit.

(Jacques-André Saintonge)

 

 

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Les quatre saisons – L’hiver (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



 

Roland H. Heyder   (7) [1280x768]

Les quatre saisons – L’hiver

C’est l’hiver. Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits.
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l’oubli,

L’eau qui chantait s’est prise en glace,
Amour, quel ennui te remplace !

(Charles Cros)

Illustration: Roland H. Heyder

 

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Le jour où je vous vis… (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019




Le jour où je vous vis pour la première fois,
Vous aviez un air triste et gai: dans votre voix
Pleuraient des rossignols captifs, sifflaient des merles;
Votre bouche rieuse, où fleurissaient des perles,
Gardait à ses deux coins d’imperceptibles plis;
Vos grands yeux bleux semblaient des calices remplis
Par l’orage, et séchant les larmes de la pluie
A la brise d’avril qui chante et les essuie;
Et des ombres passaient sur votre front vermeil
Comme un papillon noir dans un rais de soleil.

(Jean Richepin)

Illustration: Fabienne Contat

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FRÊLE PASSAGER (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



FRÊLE PASSAGER

Les fleurs, les nuages, les reflets de la lune,
Les bourgeons engourdis dans les forêts d’avril,
Le chant du coucou, l’aile fuyante de l’hirondelle,
Me font changer.

Les visions légères et passagères du monde,
L’impermanence des jours, la danse rapide des êtres,
Des papillons indécis, des pèlerins au carrefour des routes
Bougent dans ma vie.

Je bouge pour une étonnante vie ;
Je parle, je bouge aussi pour la mort ;

Je chante librement, non pour les hommes mais pour les cigales,
Pour les herbes, les rochers, les ruisseaux et la lune.
Je suis ivre rien qu’à tenir sur mes lèvres un peu d’eau !
Printemps par printemps ma destinée de plante…

(Armand Robin)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Ce fut un clair après-midi, triste et songeur (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Ce fut un clair après-midi, triste et songeur
après-midi d’été. Le lierre grimpait
sur le mur du parc, noir et poussiéreux…
La fontaine bruissait.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, frappa
lourdement le silence de l’après-midi mort.

Dans le parc solitaire, la sonore
copla bouillonnante de l’eau chantante
me guida vers la fontaine. La fontaine versait
sur le marbre blanc sa monotonie.

La fontaine chantait : Frère, mon chant présent
te rappelle-t-il un songe lointain?
Ce fut un lent après-midi du lent été.
Je répondis à la fontaine :

— Adieu pour toujours, fontaine sonore,
éternelle chanteuse du parc endormi.
Adieu pour toujours; ta monotonie,
fontaine, est plus amère que ma peine.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, résonna
lourdement dans le silence de l’après-midi mort.

(Antonio Machado)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Belle (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019




Belle

Belle,
pareil à l’eau qui sur la pierre fraîche
de la source
ouvre son grand éclair d’écume,
est ton sourire,
belle.

Belle,
aux fines mains, aux pieds déliés
comme un petit cheval d’argent,
fleur du monde, marchant,
je te vois moi,
belle.

Belle,
avec un nid de cuivre enchevêtré
clans la tête, un nid
d’une brune couleur de miel
où mon coeur brûle et se repose,
belle,

Belle,
aux yeux trop grands pour ton visage,
aux yeux trop grands pour la planète.
Il y a des pays, des fleuves
dans tes yeux,
ma patrie se tient dans tes yeux,
je vagabonde à travers eux,
ils donnent sa clarté au monde
partout où s’avancent mes pas,
belle.

Belle,
tes seins sont pareils à deux pains
– terre froment et lune d’or -,
belle.

Belle,
ta taille
mon bras l’a faite comme un fleuve
mille années parcourant la douceur de ta chair,
belle.

Belle,
rien n’a le charme de tes hanches,
la terre en quelque lieu caché
a peut-être, elle,
la courbe de ton corps et son parfum,
en quelque lieu peut-être,
belle.

Belle, ma belle,
ta voix, ta peau, tes ongles,
belle, ma belle,
ton être, ta clarté, ton ombre,
belle,
tout cela est mien, belle,
tout cela, mienne, m’appartient,
lorsque tu marches ou te reposes,
lorsque tu chantes ou que tu dors,
lorsque tu souffres ou que tu rêves,
toujours,
lorsque tu es proche ou lointaine,
toujours,
ma belle, tu es mienne,
toujours.

(Pablo Neruda)

Illustration: Jean Léon Gerome

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J’entends battre mon Sacré-Coeur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



J’entends battre mon Sacré-Coeur
Dans le crépuscule de l’heure,
Comme il est méconnu, sans soeur,
Et sans destin, et sans demeure!

J’entends battre ma jeune chair
Equivoquant par mes artères,
Entre les Edens de mes vers
Et la province de mes pères.

Et j’entends la flûte de Pan
Qui chante: « bats, bats la campagne!
« Meurs, quand tout vit à tes dépens;
« Mais entre nous,va, qui perd gagne! »

(Jules Laforgue)


Illustration: Ricardo Casal

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Le seul problème (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



Le seul problème

Tu chantes ce qui fait battre ton coeur,
Toute la part animale du vent,
Celle qui souffre, qui geint, qui prend peur,
Celle qui bouscule l’âme en avant.

Lorsqu’un jour tu sauras que tu la tiens
Serrée dans tes bras fous, jusqu’à sentir
Le rythme d’un coeur si pareil au tien,
Beaucoup plus sourd et proche de mourir,

Toute l’alchimie des mages savants,
La science de l’âme et celle du corps,
Te forceront à chercher dans la mort
Ce joyau secret de quel orient!

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Odilon Redon

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Ils étaient beaux (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2019



Illustration: Christopher Nevinson
    
Ils étaient beaux (tu te rappelles ?).
Ils marchaient droit devant eux.
Ils regardaient droit devant eux.
Ils chantaient.
Ils tenaient bien droites les hampes
haut, bien haut.
Ils ne voyaient pas
qu’il n’y avait pas de drapeau.

(Yannis Ritsos)

 

Recueil: La nuit dans le miroir et autres poèmes
Traduction: Dominique Grandmont
Editions: Gallimard

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LE JOUR BAISSE LA TÊTE (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019




    
LE JOUR BAISSE LA TÊTE

Tu me vois désolé, Seigneur,
dans ton jour,
fermé à toute lumière.

Privé de toi, je panique,
la route d’amour perdue,
et il ne m’est ni grâce
ni angoisse de me chanter
ce qui assèche mes désirs.

Je t’ai aimé et fréquenté;
le jour baisse la tête
et je cueille les ombres des cieux:
quelle tristesse mon coeur
de chair!

***

SI CHINA IL GIORNO

Mi trovi deserto, Signore,
nel tue giorno,
serrate ad ogni luce.

Di te prive spauro,
perduta strada d’amore,
e non m’è grazia
nemmeno trepido cantarmi
the fa secche mie voglie.

T’ho amato e battuto;
si china il giorno
e colgo ombre dai cieli:
che tristezza il mio cuore
di carne!

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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