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Poésie

Posts Tagged ‘chanter’

LA ROSE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



LA ROSE,
ce matin, a osé desserrer
le bouton de ses lèvres :
« Je t’aime », murmure-t-elle,
et d’heure en heure
elle se fait plus belle.
A midi elle chante,
et le soir elle crie :
« Je t’aime ! Et toi,
m’aimes-tu aussi ?

Mais lui, bien sûr, en aime une autre.
Cela souvent se passe ainsi :
passent l’amour, la fleur de l’âge,
puis vient le vent du large
sur son cheval d’oubli…

Mais elle, aux mains de courage,
arrache ses pétales
le long du rivage endormi,
plonge parmi les étoiles
et se noie, toute nue,
dans la nuit.

(Christiane Barrillon)

Illustration: Jean Paul Avisse

 

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J’écris (Pierre Thiry)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



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J’écris

J’écris parce que je sais pas
Compter, j’écris car je sais pas
Danser, j’écris car je sais pas
Chanter, j’écris car je sais pas

Jouer du piano des dix doigts
J’écris car j’ignore les lois
Car je sais pas scier du bois
Et j’ai cassé ma deux-cent-trois.

J’écris pour une île et sa crique
J’écris pour partir en Afrique
J’écris car j’ai peur des poneys.

J’écris car j’ai très peur de l’eau
J’écris car je suis dactylo
J’écris pour pondre des sonnets.

(Pierre Thiry)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

 

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Grandie par son sourire (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



 

Grandie par son sourire
vient la jeunesse
et son déferlement

les mots chantent et dansent
jusqu’à fleurir
comme un lys ou un chardon

(Georges Bonnet)

 Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Le mauvais larron (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



 

Robert Campin  mauvais-larron

Le mauvais larron

J´aurais pu être celui-là
Qui t´a vu mourir sous la croix,
Un de tes derniers compagnons,
Le mauvais larron.
Bien sûr, j´ai mérité la corde
Plutôt que la miséricorde.
Je suis du gibier des prisons,
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

Bref, j´étais capable de tout
à part de tendre l´autre joue.
Je n´ai pas demandé pardon
D´être un larron.
J´ai pris ce que je pouvais prendre,
Les coups, l´argent, les filles tendres.
Elles trouvaient bien assez bon
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

Aujourd’hui je suis comme toi,
Quand tu n´avais dessus ta croix
Pour ultime fréquentation
Que les deux larrons.
Je n´ai plus rien qui me console.
Peut-être, en guise d´auréole,
On verra briller sur mon front
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

C´était peut-être un vendredi
Qu´il est allé au paradis
Par le chemin de la Passion
Des mauvais larrons.
Abandonné entre deux mondes
Jusqu’à sa dernière seconde,
Ainsi chantait de sa prison
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

(Georges Moustaki)

Illustration: Robert Campin

 

 

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Comme, en chantant, (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



 

peuplier

Comme, en chantant, l’oiseau
sur la cime de lumière du peuplier vert
au soleil joyeux du clair après-midi,
à loisir, me déchire, immensément, en deux
l’âme — et quel sang de musique jaillit ! —
du zénith sans retour
à la terre immuable !

***

¡Cómo, cantando el pájaro
en la cima de luz del chopo verde,
al sol alegre de la tarde clara,
me parte el alma, a gusto, inmensamente, en dos
— ¡y qué sangre de música chorrea!—,
desde el cenit sin vuelta
a la tierra sin cambio!

(Juan Ramón Jiménez)

 

 

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Les Noyées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Les Noyées

VOICI l’heure de brume où flottent les noyées,
Comme des nénuphars aux pétales flétris.
Leurs robes ont l’ampleur des voiles déployées
Qui ne connaîtront plus la douceur des abris.

D’étranges fleurs de mer étrangement parées,
Elles ont de longs bras de pieuvres, et leur corps
Se meut selon le rythme indolent des marées ;
Les remous de la vague animent leurs yeux morts.

Semblable aux algues d’ambre et d’or, leur chevelure
Fluide se répand en délicats réseaux,
Et leur âme est pareille aux conques où murmure
L’harmonie indécise et mouvante des eaux.

Elles aiment les nuits d’agonie et d’orage
Dont l’haleine engloutit les vaisseaux, et celui
Qui va mourir les voit à l’heure du naufrage,
Quand le dernier rayon de lune s’est enfui.

Elles tendent leurs mains fébriles d’amoureuses,
Elles tendent leurs mains en un geste d’appel,
Et leur lit nuptial aux profondeurs heureuses
S’entr’ouvre, parfumé d’un clair parfum de sel.

Elles aiment les nuits où persistent encore
L’ivresse et la langueur du jour, les nuits d’été
Brûlantes de senteurs, d’astres et de phosphore,
Où le rêve s’enfuit vers l’âpre volupté,

Où Psappha de Lesbos, leur pâle souveraine,
Chante l’Aphrodita qui corrompt les baisers
Et qui mêle au désir la stupeur et la haine,
L’Aphrodita qui vint des flots inapaisés,

L’Aphrodita puissante, aux colères divines,
Dont elle apprit jadis les solennels accents,
L’insatiable amour des lèvres féminines,
Des seins nus et des corps vierges et frémissants…

(Renée Vivien)

Illustration: Hébert Ernest Antoine Auguste

 

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Fidèle, infidèle (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Fidèle, infidèle

Tout te ressemble et te chante à mi-voix,
L’arbre, le vent, la gorge des collines,
L’eau qui sommeille et les veines du bois,
Le feu couvant au coeur d’une racine.

Ton corps s’étire aux courbes du salpêtre,
Dans un roseau s’apprivoise ton sang
Et sur le givre affolé des fenêtres
Une main s’ouvre et me jette ton gant.

Rien qui ne soit ton geste, ta parole
Et cette plaie toujours mal refermée
Dans ma mémoire et cette parabole
Que je suis seul encore à déchiffrer.

Si je te fuis près d’autres amoureuses
Ta bouche nue se mêle à nos baisers.
Tu viens à moi dans cette nuit poreuse
Et l’aube laisse un masque à mon côté.

L’une à tes cils, une autre ton visage,
Une autre parle et te vole ta voix,
Une autre enfin délace son corsage
Avec les mêmes gestes enfantins.

De par ce monde aux fontaines légères
Où ton reflet multiple s’écartèle
J’ai poussé les ombres passagères
Et m’y plongeant je te restais fidèle.

Mais si le feu tourne aux brises futures
Et si l’amour change de paysage
Tu ne seras sous une cendre obscure
Qu’un beau miroir hanté d’une autre image.

(Jean Joubert)

Illustration: Katerina Belkina

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Ce n’est pas moi qui chante (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Ce n’est pas moi qui chante
c’est les fleurs que j’ai vues
ce n’est pas moi qui ris
c’est le vin que j’ai bu
ce n’est pas moi qui pleure
c’est mon amour perdu.

(Jacques Prévert)

 

 

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Le miroir brisé (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Le miroir brisé

Le petit homme qui chantait sans cesse
le petit homme qui dansait dans ma tête
le petit homme de la jeunesse
a cassé son lacet de soulier
et toutes les baraques de la fête
tout d’un coup se sont écroulées
et dans le silence de cette fête
dans le désert de cette tête
j’ai entendu ta voix heureuse
ta voix déchirée et fragile
enfantine et désolée
venant de loin et qui m’appelait
et j’ai mis ma main sur mon coeur
où remuaient
ensanglantés
les sept éclats de glace de ton rire étoilé.

(Jacques Prévert)


Illustration

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Chanson de l’oiseleur (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



L’oiseau qui vole si doucement
L’oiseau rouge et tiède comme le sang
L’oiseau si tendre l’oiseau moqueur
L’oiseau qui soudain prend peur
L’oiseau qui soudain se cogne
L’oiseau qui voudrait s’enfuir
L’oiseau seul et affolé
L’oiseau qui voudrait vivre
L’oiseau qui voudrait chanter
L’oiseau qui voudrait crier
L’oiseau rouge et tiède comme le sang
L’oiseau qui vole si doucement
C’est ton coeur jolie enfant
Ton coeur qui bat de l’aile si tristement
Contre ton sein si dur si blanc.

(Jacques Prévert)


Illustration

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