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Poésie

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La guerre est en nous (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

La guerre est en nous
avec ce feu qui nous hante
ces lueurs qui mordent
ces cris ces mots
à travers nos dents serrées
et toute cette colère qui flamboie
la guerre est en nous
puisque la mort
comme un trésor caché
repose attend se tait et pourrit…

(Philippe Soupault)

 

 

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LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

MARTYRE DE SAINTE EULALIE

 

LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE

PANORAMA DE MERIDA

Dans la rue court et bondit
Un cheval à la queue longue
Tandis que jouent où sommeillent
Quelques vieux soldats de Rome.
Une futaie de Minerves
Ouvre mille bras sans feuilles.
De l’eau suspendue redore
Les arêtes de rochers.
Une nuit faite de torses,
D’étoiles au nez cassé,
Attend les fentes de l’aube
Pour s’écrouler toute entière.
De temps à autre résonnent
Des jurons à crête rouge.
Les soupirs de l’enfant sainte
brisent le cristal des coupes.
La roue aiguise ses lames
et ses crochets suraigus.
Le taureau des forges brame
Et Mérida se couronne
De nards presque réveillés
et de mûres sur leurs tiges.

LE MARTYRE

Voici Flore nue qui monte
De petits escaliers d’eau. .
Le Consul veut un plateau
Pour les deux seins d’Eulalie.
De la gorge de la sainte
Sort un jet de veines vertes.
Son sexe tremble, embrouillé
Comme un oiseau dans les ronces
Sur le sol, déjà sans norme,
Sautent ses deux mains coupées
Pouvant encore se .croiser
Dans une prière ténue,
Ténue mais décapitée.
Et par les trous purpurins
Où naguère étaient ses seins
On voit des ciels tout petits
Ét des ruisseaux de lait blanc.
Mille petits arbres de sang
Opposent leurs troncs humides
Aux mille bistouris du feu.
De jaunes centurions,
Chair grise ayant mal dormi,
Vont au ciel entrechoquant
Leurs armures en argent.
Pendant que vibre confuse
Une passion de crinières
Et d’épées longues et courtes
Le Consul sur son plateau
Tient les seins fumés d’Eulalie.

ENFER ET GLOIRE

La neige ondulée repose.
Éulalie pend à son arbre.
Sa nudité de charbon
Charbonne les airs glacés.
La nuit tendre brille haut.
Eulalie morte dans l’arbre.
Tous les encriers des villes
Versent l’encre doucement.
Noirs mannequins de tailleurs
Vous couvrez la neige au loin.
Vos longues files gémissent
Un silence mutilé.
La neige vient à tomber.
Eulalie blanche dans l’arbre.
Des escadrons de nickel
Joignent à son flanc leurs lances.
On voit luire un ostensoir
Sur un fond de ciels brûlés
Entre des gorges d’eau douce,
Des bouquets de rossignols.
Sautez, vitres de couleurs !
Eulalie blanche sur neiges.
Des anges, des séraphins
Disent : Sainte, sainte, sainte.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Bernardo Martorell

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IL N’Y A PAS D’AMOUR SEUL (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



Illustration: Adèle Vergé
    
IL N’Y A PAS D’AMOUR SEUL

Il n’y a pas d’amour seul
l’amour est un alliage
l’amour n’est pas du corps
l’amour est des corps

L’amour est un chant
des corps qui reposent
dans le rythme musical
avec le duo cosmique

L’amour est du point du jour le diamant
non de pierre
mais de facettes brillantes
qui éveillent les extases

(Mina Loy)

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NÉVROSE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



NÉVROSE

La neige tombe, s’écroule dehors,
Au piano j’écoute ma très chère,
Ét tout le bourg repose, sombre, mort,
Comme s’il neigeait en un cimetière.

L’aimée égrène une marche funèbre…
Surpris, perplexe, je la considère :
Pourquoi jouer une marche funèbre ?…
Et il neige comme en un cimetière.

Sur les touches, tout le visage en pleurs,
Elle gémit comme en une prière…
Sur un faux accord le piano meurt
Et il neige comme en un cimetière.

Et je pleure à mon tour et tout tremblant
J’effleure ses nattes longues, légères…
Dehors le bourg repose, désolant,
Et il neige comme en un cimetière.

(George Bacovia)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

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TANT (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




    
TANT

Tant je l’ai regardée caressée merveillée
et tant j’ai dit son nom à voix haute et silence
le chuchotant au vent le confiant au sommeil
tant ma pensée sur elle s’est posée reposée
mouette sur la voile au grand large de mer
que même si la route où nous marchons l’amble
ne fut et ne sera qu’un battement de cil du temps
qui oubliera bientôt qu’il nous a vus ensemble
je lui dis chaque jour merci d’être là

et même séparés son ombre sur un mur
s’étonne de sentir mon ombre qui l’effleure

(Claude Roy)

 

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Que l’on jette ces lis (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019


 


 

Léon Spilliaert

Que l’on jette ces lis …

Que l’on jette ces lis, ces roses éclatantes,
Que l’on fasse cesser les flûtes et les chants
Qui viennent raviver les luxures flottantes
A l’horizon vermeil de mes désirs couchants.

Oh ! Ne me soufflez plus le musc de votre haleine,
Oh ! Ne me fixez pas de vos yeux fulgurants,
Car je me sens brûler, ainsi qu’une phalène,
A l’azur étoilé de ces flambeaux errants.

Oh ! Ne me tente plus de ta caresse avide,
Oh ! Ne me verse plus l’enivrante liqueur
Qui coule de ta bouche – amphore jamais vide –
Laisse dormir mon coeur, laisse mourir mon coeur.

Mon coeur repose, ainsi qu’en un cercueil d’érable,
Dans la sérénité de sa conversion ;
Avec les regrets vains d’un bonheur misérable,
Ne trouble pas la paix de l’absolution.

(Jean Moréas)

Illustration: Léon Spilliaert

 

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Les braises d’un crépuscule mauve (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



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Les braises d’un crépuscule mauve
fument derrière les noirs cyprès…
Sous la gloriette ombragée, la fontaine
avec son Amour, ailé et nu, de pierre,
et qui rêve, muet. Dans la vasque de marbre
repose l’eau morte.

(Antonio Machado)

 

 

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YIN (Pierre-Bérenger Biscaye)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2018



YIN

Le quartz d’heure en heure
s’incarne et s’abolit dans une idée
d’oasis Soleil vertical mais
soumis à la source où reposent
les mots
Le sable par nappes
échappées des mains porteuses d’ombres
s’immobilise dans un éclair très bleu
et le désert me fait naître
jusqu’au mirage

(Pierre-Bérenger Biscaye)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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MIROIR (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
MIROIR

Et voilà que sur le tronc
s’ouvrent les bourgeons:
un vert plus neuf que l’herbe
qui repose le coeur:
le tronc paraissait déjà mort,
penché sur le fossé.

Et tout en moi est miracle;
et je suis l’eau de ces nuages
qui aujourd’hui reflètent plus bleu
dans les fossés un pan de ciel
et le vert qui déchire l’écorce
et qui cette nuit n’était pas là.

***

SPECCHIO

Ed ecco sul trunco
si rompono gemme:
un verde più nuovo dell’erba
che il cuore riposa:
il tronco pareva già morto,
piegato sul botro.

E tutto mi sa di miracolo;
e sono quell’ acqua di nube
che oggi rispecchia nei fossi
piu azzurro il.suo pezzo di cielo,
quel verde che spacca la scorza
che pure stanotte non c’era.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Tu es sur le chemin (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



    

Tu es sur le chemin, le cherchant,
d’un mot à l’autre tu vois
se dissiper des mondes,
pierres et cendres, planètes, gouffres.

Tu regardes le soir circulaire.
Livres et crayons reposent.
Des villes étranges tombent
dans le trou de l’histoire.

Ton chemin continue : chaque nuit
est une île, tantôt
poème, tantôt sable.

Le cercle des arbres pacifiques
ruisselle
d’imperceptibles oiseaux.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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