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Poésie

Posts Tagged ‘dénudé’

L’OISEAU D’OR DE BRANCUSI (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



Illustration: Constantin Brancusi   
    
L’OISEAU D’OR DE BRANCUSI

Et le jouet
devint l’archétype esthétique

Comme si la patience de quelque Dieu paysan
avait poli et poli
l’Alpha et l’Oméga
de la forme
à partir d’une masse de métal

Orientation dénudée
désempennée déplumée
dans la dynamique du vol
le rythme final
a élagué les extrémités
de crêtes et de serres

L’acte absolu
de l’art
accorda
à la chasteté de la sculpture
‒ nue comme l’arcade d’Osiris –
sein de la révélation

une courbe incandescente
léchée par les flammes chromatiques
dans les labyrinthes du jeu des reflets

L’hyperesthétisme
de ce gong de cuivre affiné
transperce l’air
comme

la lumière agressive
délivre
sa signification

L’immaculée
conception
de l’inaudible oiseau
jaillit
d’une superbe retenue

(Mina Loy)

 

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LE FAUX ET LE VRAI VERT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    

LE FAUX ET LE VRAI VERT

Tu ne m’attends plus avec le coeur vil
de l’horloge. Qu’importe si tu ouvres
ou fixes la désolation : il reste les heures épineuses,
dénudées, avec les feuilles qui soudain
cognent contre les vitres de ta
fenêtre, haute sur deux allées de nuages.
Il me reste la lenteur d’un sourire,
le ciel sombre d’une robe, un velours
couleur rouille enroulé sur tes cheveux
et déployé sur tes épaules et ton visage
noyé dans une eau à peine mouvante.

Coups de feuilles d’un jaune rugueux,
oiseaux de suie. D’autres feuilles
craquèlent les branches et déjà s’élancent,
enchevêtrées : le faux et le vrai vert
de l’avril, ce rictus moqueur
à la sûre fleuraison. Mais tu ne fleuris plus
tu n’ajoutes plus les jours ni les songes qui s’élèvent
de notre au-delà, tu n’as plus tes yeux
d’enfant, tu n’as plus tes mains tendres
pour chercher mon visage qui me fuit ?
Reste la pudeur d’écrire des vers
de journal ou de pousser un cri dans le vide
ou dans ce coeur incroyable encore
en butte avec son temps exhaussé.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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Voyages de minuit (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Voyages de minuit.
Retours des abîmes qui concernent
le refuge d’être vivants, dans l’ombre,
au bord de l’abîme total.

On a essayé de se bander les yeux
ou d’accéder aux cécités provisoires que la vie nous accorde,
mais le pouvoir de la vision perfore tous les murs
et nous fige dans la haute mer muette.

Voyages de minuit.

Après quoi on peut voyager n’importe où,
et prendre dans la main la pensée
comme une petite lampe votive
dans ce temple dénudé.

***

Viajes de la medianoche.
Regresos de los abismos relativos
al refugio de estar vivos, en la sombra,
al borde del abismo total.

Hemos tratado de vendarnos los ojos
o acceder a las cegueras provisorias que la vida nos permite,
pero et goder de la visíon perfora cualquier mura
y nos planta en los piélagos callados.

Viajes de la medianoche.

Después se puede viajar a cualquier parte
y tomar en la mano el pensamiento
como una pequeña lámpara votiva
en este templo desnudo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Telle un ange noir sur la neige (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Telle un ange noir sur la neige,
Tu m’es apparue tout à l’heure,
Et comment donc ne la verrais-je
Sur toi, l’empreinte du Seigneur ?

Un sceau étrange, mystérieux,
Ainsi qu’une offrande céleste :
Dans une niche, pour un peu,
Il aurait fallu que tu restes.

Que cet amour dans l’au-delà
A l’amour ici-bas se fonde,
Et que sur tes joues n’aille pas
Le sang fougueux qui se débonde ;

Ainsi le marbre pourra mieux
Rehausser tes haillons lunaires,
Tes joues dénudées mais sans feu,
Bien que complices de la chair.

(Ossip Mandelstam)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Quoique tu fasses (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Quoique tu fasses
N’est-ce pas dénudé que tu entreras dans sa nuit
N’est-ce pas grain de sable que tu fouleras
L’infini de son désert
N’est-ce pas germe enfoui
Qu’un jour tu porteras sa promesse de fruits

Alors sois léger
Demeure dans ce rien
Bénis la caresse de l’absence
Accueille en toi l’étincelle
Deviens cet infini
Laisse faire le souffle

Fais pour de bon dès aujourd’hui
Le jeu de la lumière

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Je serai mémoire de nuit (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Je serai mémoire de nuit
dans les oublis de l’aube
je chanterai le bruissement
de tes pieds nus à mon oreille
émerveillée
la volupté de l’espérance
en mes yeux clos
qui devinaient
mes bras ouverts à la chaleur
de ton approche
ma bouche offerte à l’inconnu
de tes offrandes
je chanterai
nos secrets dénudés
dans la pudeur
du noir

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHOSE PAUVRE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Salvador Dali __ solitude-anthropomorphe

CHOSE PAUVRE

Si je n’avais ce prétexte
Couverture qui couvre en dissimulant le fantôme
Cet habit sépulcral et mortuaire
Je pourrais traverser le filet, me transpercer moi-même,
passer dans un autre corps, dans un autre prétexte.
Nuage indéchirable, corps resplendissant.

Si je n’avais un vêtement lourd comme une armure

Lambeaux par lambeaux j’enlèverais la peau
Morceau par morceau je déc ouvrirais la poitrine,
le corps,
Pour dévoiler mon être, pour te contenir dans mon âme

Je me suis dénudé jusqu’au fond jusqu’à mes
ossements ultimes, je suis resté exténué et sans force.

Tu peux maintenant, si tu le veux, me briser
Comme un vase de terre vide
Faire de moi une chose pauvre, une poignée de terre.

(Georges Themelis)

Illustration: Salvador Dali

 

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JE connais une peine (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



 

JE connais une peine
Qui se confie à une solitude.

Quand décembre, hyène sinistre,
A dévoré la multitude
Des frondaisons
Qui tremblaient, moribondes,
Et qu’à l’arbre, auprès du réverbère,
Il ne reste plus sur sa branche dénudée,
Qu’une feuille
Survivant malgré elle;

Verte d’un vert artificiel,
Au souffle de tramontane
De la nuit hivernale
Qui la malmène,
La feuille confie au réverbère
Son inquiétude.

Je ne connais pas de tristesse plus humaine
Que cette peine
Qui se confie à cette solitude.

(Lionello Fiumi)

Illustration

 

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La feuillée d’or (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
La feuillée d’or s’est mise à tournoyer.
Sur l’eau rosissante de l’étang
comme un vol de papillons ailés
file vers l’étoile en mourant.

Je suis amoureux du soir qui tombe,
il m’est cher ce val jaunissant.
L’aquilon polisson a soulevé
la robe du bouleau dénudé.

Par le val comme en moi il fait doux,
l’ombre indigo passe en troupeau.
Derrière la haie du jardin qui se tait
s’évanouit la sonnaille des clochettes.

À écouter la chair pleine de raison
jamais je n’ai pris tant de soin.
Il ferait si bon, comme branche de saule,
s’abandonner à la roseur de l’eau.

Il ferait si bon, à la gueule de la lune,
rire sur la meule en mâchouillant le foin…
Où es-tu, où es-tu, joie sereine
à tout aimer, et ne désirer rien ?

(Sergueï Essénine)

***

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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JEUNESSE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

Akitaka Ito  rl

JEUNESSE

Jeunesse
Qui oscille
Entre chaos et clartés

Même si les rivières sont rares
Les réponses opaques
Les labours sans fruits
Et les coeurs dénudés

Tu cultiveras le partage
Brasseras des alluvions
Érigeras des lieux réconciliés.

Le Silence échappe
A l’éboulement du temps

Résorbant
La parole en charpies
Et le visage en miettes

Le Silence
Accourt vers les terrasses du souffle
Pour s’unir à l’amour

(Andrée Chedid)

Illustration: Akitaka Ito

 

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