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Poésie

Posts Tagged ‘soif’

CHANSON POPULAIRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Samuel Van Hoogstraten
    
CHANSON POPULAIRE

Il y a des villages pleins de marronniers
Qu’on traverse de nuit
Des auberges au vin lourd
Des fleurs
Des femmes
Des fleurs belles comme des femmes

Sur le bord du chemin
Un homme pleure
On en voit de toutes les couleurs
Dans ce monde

Un vieux chagrin qui fait sa ronde
Sous les épaules

Mais toujours toi
La page blanche sur le toit
Le mur
Une églantine
Un peu de foin dans la poitrine
Rendez-vous avec Dieu
En un château perdu à des sept lieues
De la terre
Ma cellule de monastère

Chaque jour te donner
Ma soif et mon visage
Ce regard qui me vient
De saisons disparues.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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D’où écris-tu ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
D’où écris-tu ?
D’un lieu indéfini et pourtant central.
D’une soif, d’un manque, d’un désir…
D’un manque qui est sans doute un moteur,
une poussée vers l’avant.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rencontrer l’inespéré
Traduction:
Editions: Paroles d’Aube

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Nous voici de nouveau seuls (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Nous voici de nouveau seuls en tête à tête, ô Poésie.
Ton retour signifie que je dois encore une fois me mesurer avec toi,
avec ta juvénile hostilité, avec ta tranquille soif d’espace,
et tenir tout prêt pour ta joie cet inconnu équilibrant dont je dispose.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avant de te connaître (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2018



 

Anne-Marie Zilberman (3)

Avant de te connaître,
je mangeais et j’avais faim,
je buvais et j’avais soif,
bien et mal m’indifféraient,
je n’étais pas moi mais mon prochain.

(René Char)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Tu ne sais que marcher (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017




Tu ne sais que marcher La nuit et la peur te harcèlent
Et aussi la soif Mais à chaque pas la hantise de faire
fausse route D’accroître encore la distance Tu cherches
le lieu Le lieu et le nom Le nom qui saurait tout dire
de ce en quoi consiste l’aventure

Tu ne sais où tu vas ni ce que tu es ni même ce que tu désires
mais tu ne peux t’arrêter Et tu progresses A moins
que tu ne t’éloignes Sans fin tu erres te traînes rampes
tournes en rond Et tu renonces Et tu repars jusqu’à
n’être plus qu’épuisement

Survient l’instant où tu dois faire halte Faire ton deuil
du lieu et du nom Et à l’invitation de la voix définiti-
vement tu renonces t’avoues vaincu Alors tu découvres
que tu auras chance de trouver ce que tu cherches si préci-
sément tu ne t’obstines pas à le chercher

lu repars Des forces nouvelles te sont venues Ton
œil qui s’écarquille n’est plus dévoré par la soif Tu ne
sais où tu vas mais tu connais ce que tu es

Tu avances d’un pas tranquille désormais convaincu que
le lieu se porte à ta rencontre Le lieu où mûrir l’hymne
la strophe le nom Qù jouir enfin de ce qui s’est jusque-là
dérobé

(Charles Juliet)

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PRIERE (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017



Illustration
    
PRIERE

Mon Dieu faites que j’oublie
ce sang qui court dans mes mains et que la nuit brunit
mon Dieu faites que j’oublie
le faible bruit des portes
et la lumière qui dort sous les robes

Mon Dieu ne me détournez pas du lit étroit de la solitude
ni de la maison cachée sous les roseaux
ni de la lampe qu’emprisonnent les livres

Otez-moi ce goût de l’étrangère aux lèvres creuses
ôtez-moi le souvenir de cette immensité malade
empêchez que je sache ma soif aussi de sang
chantez, faites chanter vos anges et vos poètes
et donnez-moi la joie de faire de la musique avec des mots.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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De ton visage (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Oleg Zhivetin
    
De ton visage
fais couler le reste de la clarté
que ton visage se répande
ainsi que d’une amphore
la cascade du lait
lisse et portant ses mûres
pour ma soif et ma faim.
Je t’aime encore
tout cela qui t’enferme
donne-le moi nu jusqu’au fond.

Ma blanche mon unique étoile
ce n’est plus au ciel
qu’il faut te clouer
mais sur la terre
où tu règnes seule
mais sur le drap
que purifient nos noces.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Image (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




Illustration: Zinaïda Serebriakova
    

Image

Le père distribue la soupe à la tribu rongée d’amour
La mère signe le pain d’une croix salvatrice
où les enfants broiront l’ardeur de leurs baisers
le foin de leurs pensées s’incendie d’avenir.

Dans la tiédeur des mets languissent de belles lèvres
et le vin sent le sang, le sang frère et caché
le sang si doux dans la chair de verre :
« Que les enfants ont soif ! que les enfants ont faim ! »

Tous les désirs vivants semblent dormir ici
chiens muselés gardés la laisse au poing
et tous les tièdes yeux regardent dans la nuit
l’essaim des mouches blanches farder la terre.

C’est le silence et l’harmonie des coeurs
le père songe à la vache qui vèle
la mère songe au froid de cette neige
sur le froid du tombeau de l’enfant mort.

Jean-Paul songe à des chairs sans ombre
aux seins de la servante entrevus dans la grange
et Jeanne songe au berger de la sente :
ah ! neige née sur le feu de mon sang.

Les parents rient, des liserons de neige regardent la famille,
un Christ de poussière se meurt sur le mur
un Dieu laid comme un homme montre son coeur à nu,
l’horloge bat, ô mon coeur ! ô mon coeur ! si lente…

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Danser l’éclat de sa naissance (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



La foudre libère l’orage
et lui permet de satisfaire
nos plaisirs et nos soifs.
Foudre sensuelle !

(Hisser, de jour, le seau du puits
où l’eau n’en finit pas de danser
l’éclat de sa naissance.)

(René Char)

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