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Poésie

Posts Tagged ‘dent’

Une orange (Mundhr Masri)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2023




    
Une orange

La vie commence à partir de tes pouces
entre le milieu et le haut de l’orange
à l’instant où un peu de sa rosée pétillante
atteint l’un de tes yeux
lorsque tu la coupes en deux moitiés.

Vivant avec entre tes mains
les deux moitiés d’une orange
il n’est pas de plus grand bonheur que je puisse avoir
il n’est pas de plus grand bonheur que tu puisses espérer
car la vie est précisément
ce que tu presseras peu après
entre tes dents…

***

(Mundhr Masri)

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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Comètes (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




    
Comètes

Il y a des comètes
qui traversent en un éclair
nos bouches, elles portent
la grâce
d’océans et de galaxies.

Dieu sait
que nous essayons de faire de
notre mieux.

Il y a des comètes
liées à des produits chimiques
qui télescopent nos langues
pour se consumer dans
l’air.

Je sais
que nous essayons.

Il y a des comètes
qui se rient de nous
de derrière nos dents,
elles portent des habits
de poissons et d’oiseaux.

Nous essayons.

***

Comets

There are comets
that flash through
our mouths wearing
the grace
of oceans and galaxies.

God knows,
we try to do the best
we can.

There are comets
connected to chemicals
that telescope
down our tongues
to burn out against
the air.

I know
we do.

There are comets
that laugh at us
from behind our teeth
wearing the clothes
of fish and birds.

We try.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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Pour mon enterrement (Miu Xi)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
Pour mon enterrement

De mon vivant, j’arpentais les rues de la capitale,
Dans ma mort, me voilà confondu au sein des plaines.
À l’aube, mes pas vifs résonnaient dans le grand hall du palais
À l’ombre, je loge désormais auprès des sources jaunes.
Un soleil blanc se dépose dans le Golfe de Yu
Son char d’or à l’arrêt, ses coursiers au repos.
Le dieu, dans sa gloire céleste,
Ne pourrait-il restaurer mon unité perdue ?
Corps et visage lentement décomposés,
Dents et cheveux dispersés au loin.
Voilà le chemin des hommes et toute chose ;
Qui saurait en rompre la trame de bronze ?

(Miu Xi)

(186-245)

 

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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L’EPICIER (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2022




L’EPICIER

L’épicier époux de l’épicière,
avec sa serpillière
et ses doigts de crabe laineux
vend des pois chiches
à la saison pluvieuse
et puis ces grains de riz des Carolines
dents d’Andalouse,
et puis la pipe en sucre rouge,
qui dans la ville où la bâtisse croît,
transfigure
l’enfant à capuchon du crépuscule.

(Jean Follain)

Illustration

 

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Préambule (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



Préambule

Ce corps qui est moi
et qui ne l’est pas
me cherche noises
me décortique de haut en bas,
petite eau claire
je subis l’air
sans faire de vagues.
Mes cils neigent
mes dents ont la chair de poule,
mon sourire grille
comme une ampoule
et mes seins boudent
d’une mine pincée
de crayons mal taillés,
tout est plus blanc
qu’une craie d’école.
Objet parmi tant d’autres
après le lit, les verres, les chaises
qui ne savent pas ce qu’ils attendent
je suis la seule cassable
la seule inutile
la seule
apte au départ.
Les douves du désir
sont remplies d’anguilles.
Je dis que j’ai froid
pour fuir la brûlure de ta main.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration: Dominique TREMOIS-CHAZOT

 

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Quand les poules auront des dents (Michel Besnier)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2022



Illustration: Henri Galeron
    
Quand les poules auront des dents
elles se révolteront

Elles se coucheront
longtemps après le couvre-feu

Et détruiront
les dictionnaires

Pour en finir avec
poule : femelle du coq »
« douche en cul de poule »
et autres cocasseries

(Michel Besnier)

 

Recueil: Mes poules parlent
Traduction:
Editions : Møtus

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L’oiseau voyou (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
L’oiseau voyou

Le chat qui marche l’air de rien
voudrait se mettre sous la dent
l’oiseau qui vit de l’air du temps,
oiseau voyou, moineau vaurien.

Mais, plus futé, l’oiseau lanlaire
n’a pas sa langue dans sa poche,
et siffle clair comme eau de roche
un petit air entre deux airs.

Un petit air pour changer d’air
et s’en aller voir du pays,
un petit air qu’il a appris
à force de voler en l’air.

Faisant celui qui n’a pas l’air
le chat prend l’air indifférent.
L’oiseau s’estime bien content
et se déguise en courant d’air.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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APRÈS NOTRE PREMIÈRE RENCONTRE (Rainer-Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2022



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
APRÈS NOTRE PREMIÈRE RENCONTRE (4 janvier 1893)

Petits yeux, clairs et bleus
dents si fines et menues,
lèvres roses, belles boucles,
menottes si petites ;
rire de clochette
prompt conquérant !
Si je te loue encore
ce sera encore trop peu.
Être si merveilleux,
ai-je le choix,
comment te nommerai-je ? —
Idéal !

(Rainer-Maria Rilke)

Recueil:
Traduction:
Editions:

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Mère et enfant réfugiés (Chinua Achebe)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022




    
Mère et enfant réfugiés

Nulle Vierge à l’Enfant ne pourrait se mesurer
à cette image de la tendresse maternelle
pour un fils qu’elle devrait bientôt oublier.
L’air était lourd d’odeurs

de diarrhée d’enfants non lavés
aux côtes délavées et aux derrières
décharnés qui avancent d’un pas laborieux
traînés par des ventres vides et gonflés. Tant
de mères avaient cessé depuis longtemps
de prodiguer leurs soins, mais pas celle-ci; elle arborait
un sourire fantôme entre ses dents
et dans ses yeux le fantôme de l’orgueil
d’une mère tandis qu’elle peignait telle la touffe de cheveux
couleur rouille qui restait sur son crâne et puis –

dans ses yeux un chant – elle a commencé à les
séparer avec soin… Dans une autre vie ça
aurait été un peu banal
un acte sans conséquence avant son
petit-déjeuner et l’école; mais en cet instant

son geste était de fleurir
une tombe minuscule

(Chinua Achebe)

Traduit de l’anglais par Frieda Ekotto, &ware Sou! Brother, Heinemann, 1971.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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« Soudain, je n’avance pas… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2022




Illustration: Giacomo Balla
    
« Soudain, je n’avance pas… »

Soudain, je n’avance pas, et soudain
Le geste vole en éclat, comme le verre.
Des voyelles remoulues à coups de pierre.

Des yeux vivants, dans la queue du paon,
M’ont encadré d’un tir sec,
Aveugles de trente soleils sans levers.

Comme, entre les dents, du sable prisonnier
Seulement en rayant l’émail se défend,
Des vers je fais des tranchants contre le rien.

Et suspendu de moi-même, la voix suspendue,
Dans la cécité des soleils j’ouvre des lampes
Que ma main transporte en aube.

***

«Num repente, não ando… »

Num repente, não ando, e num repente
O gesto se estilhaça, como o vidro
Das vogais remoídas a pedradas.

Olhos vivos, na cauda do pavão,
De seca pontario me enquadraram,
Cegos de trinta sóis sem madrugadas.

Como, entre dentes, areia prisioneira
No sel riscar do esmalte se defende,
Faço de versos gumes contra o nada.

E suspenso de mim, a voz suspensa,
Na cegueira dos sóis abro candeias
Que a minha mão transporta em alvorada

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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