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Poésie

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Il n’y a plus d’ombre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Albert Marquet
    
Il n’y a plus d’ombre écrasée sur la terre
brûlante comme une pierre chauffée de soleil.
Les abois sont plus sourds dans les fermes
qui étouffent dans l’odeur accablante des foins.

L’eau traverse les cailloux trop clairs
qui surgissent là où la clarté fait des trous.
Les sources sont plus profondes dans les vallées
où passe une rumeur d’insectes qui s’assoupissent.

La tête des femmes est douce comme une écume.
Le couchant est si long que la nuit reste claire
au-dessus du ciel qui serre le monde de près
au-dessus des hiboux qui n’osent pas bouger.

Il n’y a pas de veilleur sur la montagne
qui monte seule à la rencontre de la nuit.
Il n’y a plus d’éclair au creux des arbres
d’où l’ombre sort pour couvrir la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les champs sont noir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Abraham Poincheval 
    
Les champs sont noirs comme la bouche d’un tunnel
Ne quitte pas cette route qui vient des villes :
Le calme a des bordures qui cèdent comme des trappes.
Ne lève pas la main pour toucher le ciel bas.

Les nuages tombent de l’autre côté du monde,
lourds comme des forêts enfermées dans le vent,
larges comme les plaines qu’ils étouffent
et les pierres montrent les débris de chair de la terre.

Quelles douces mains s’accouvent sur nos fronts,
sous quels beaux miroirs se plaignent nos mémoires ?
Quand la pluie tombe, un grand fond de détresse
fait vaciller la joie qui monte dans l’homme.

Un geste indifférent résume le passé,
le coeur en battant a peur de faire du bruit,
la nuit ne peut consoler le cri des sirènes :
le monde est seul comme une bouteille bue.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je ne reconnais pas une voix (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017




    
Je ne reconnais pas une voix dans le vent,
pas un visage au haut des têtes béantes
et la ville est seule au milieu des avenues
avec des pierres qui fixent le ciel sans le voir.

Les rues sont nues comme des femmes mortes
auxquelles on n’a pas fermé les yeux
et les fenêtres font remuer le couchant
de toute la marée obscure de leurs carreaux.

Placées comme des arches sous l’éternité,
les cheminées attendent qu’un pont les relie.
Des lampes respirent d’un seul coup leur clarté
et c’est la nuit comme si rien n’avait existé,

la nuit haute comme une montagne
qu’un seul trait de foudre peut terrasser
parmi des murs qui se dressent et se relaient
redoutables comme autant de passants qui s’arrêtent.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La douleur est en moi (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
La douleur est en moi de la même façon
que la boue dans les chemins sans soleil
et je n’ai pour lutter contre elle
que la hauteur de mes mains tendues,

que le battement de deux yeux où le monde n’entre
qu’avec son apparence de verdure et de clarté,
qu’un peu de sang qui suinte sous la peau
comme l’eau le long de certains murs obscurs.

De jour et de nuit, c’est l’aventure sans fin
où hommes et femmes se croisent et se fixent
en quête du regard qui pourra desceller
la lourde pierre qu’ils portent au fond des yeux.

Il y a tant de souffrance dans tout ce corps
où ils se tiennent comme au bord d’un puits
que l’amour s’y élève comme un feuillage jauni
qui n’aurait gardé de la flamme que la forme.

La fin du monde arrive à chaque instant
au-delà d’un coeur las d’être guetté par la mort,
au-delà d’un appel qui tourne entre les murs,
au-delà des femmes trop belles qu’on dépasse.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Passantes, Couronnes de ma Folie (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



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Passantes, Couronnes de ma Folie

Des femmes fondent devant les carreaux de mon cœur
une neige de robes souples et de langueur,
soufflent dessus le ciel puissant de leur beauté :
buée qui coud sa soie sur tout le verre.

Soie qui aveugle.
Et je m’emmêle à l’écheveau des yeux
coulant le long des murs du souvenir
comme la lenteur d’un fleuve de plaine.
L’amour et la folie m’étranglent de leurs bagues.
Et mon cœur a pris sa tête entre ses mains
pour ne plus voir votre jour, ô femmes !

La courroie de la mort bat des ailes sur le ciel
et rôde autour de ma faiblesse.
Le pauvre fou d’amour s’en va le long des routes
noyer dans les grands bois
et dans les champs qui fuient les beaux démons
les si beaux démons aux danses de feu.

Sur son âme ne s’éparpille plus l’eau si douce du repos,
son cœur saute sur les pierres du chemin
et s’accroche aux haies comme un oiseau qui va mourir.
Une pluie de doigts blancs, de doigts précieux
comme de l’or mouille sa fuite éperdue vers l’oubli.

(Lucien Becker)

Illustration: François Contesse

 

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On m’ouvre des bras qui n’ont pas de charnières (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Yoshiro Tachibana Desnuda con la luna y el sol(55x46)

On m’ouvre des bras qui n’ont pas de charnières
Je veille sous la lampe du front
Le regard aussi grand que les murs
Je me referme avec des gestes
Qui sont ceux de mon enfance mal cicatrisée
Ma pipe est plus chaude que mon cœur
La rue frappe plus fort mon pied désorienté
par les mille années de sommeil d’une nuit
Le vent ne me quitte pas
au premier tournant
Je viens avec peine à la clarté du jour
qui regarde de chaque pierre
et n’atteint pas le visage douloureux
qui monte avec les doigts du sang
derrière les vitres où se fane mon œil.

(Lucien Becker)

Illustration: Yoshiro Tachibana

 

 

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Je reste tout entier dans la pierre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



je reste tout entier dans la pierre que le silence a jetée du haut du monde,
retenu seulement par le fil que mon cœur tend à mon poignet.

(Lucien Becker)

 

 

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La Vie, la Nuit (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



La Vie, la Nuit

A la recherche de la première étoile dans le ciel
je vais entre les murs
qui me tutoient.
La lumière qui ne se lève pas
dans les tunnels du sang
attend près du regard
combien de pierres
dont elle s’enveloppe
pavent le ciel.

Les fenêtres de la veille sont mortes
ouvertes aux couchants.
L’humus de la chambre
un peu tiède comme le cœur
est toujours plein de femmes
qui tricotent en songeant à l’amour.

L’ombre fait un cercle autour de la lampe
et le fourneau est sans doute seul heureux
comment sortir de cette maison
sans avoir l’air gauche, sans mentir
comment jouer le rôle de passant
sans penser à la mort
qui compte mes pas
qui me pousse si je m’arrête
comment croiser ce regard
où elle est déjà montée ?

(Lucien Becker)

 

 

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Il y a mieux (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017




    
Il y a mieux que ces faces amères,
que ces crises trop voyantes de misère
où le front se pose contre la vitre
de toute sa pierre sans larmes,

où le soleil reste sur les murs
sans pouvoir se détacher du soir,
où le vent sépare sans bruit
des plantes qui se referment sur lui.

J’oublie qu’il faut mourir parmi les herbes
entourées d’une écorce de soleil,
parmi ceux qui reviennent des champs
d’un pas familier pour la terre et le soir

parmi les chants qui se joignent
au-dessus des chemins, au-dessus de la nuit,
parmi les bois qui font du ciel
tant de regards sans visage, ni chaleur

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE JARDIN D’AMOUR (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
LE JARDIN D’AMOUR

J’allai au Jardin d’Amour
Et j’y vis ce que je n’avais jamais vu ;
Une chapelle était construite au milieu,
Sur l’herbe où j’avais coutume de jouer.

Et les grilles de cette chapelle étaient closes
Et « Tu ne dois pas » était écrit sur la porte.
Alors je me tournai vers le Jardin d’Amour
Qui enfanta tant de douces fleurs.

Et je vis qu’il était couvert de tombes
Et que les pierres funéraires avaient pris la place des fleurs,
Et des prêtres en robes noires faisaient leurs rondes
Et liaient de ronces mes joies et mes désirs.

***

THE GARDEN OF LOVE

I went to the Garden of Love,
And saw what I never had seen:
A Chapel was built in the midst,
Where I used to play on the green.

And the gates of this Chapel were shut,
And ‘Thou shalt not’ writ over the door;
So I turn’d to the Garden of Love
That so many sweet flowers bore;

And I saw it was filled with graves,
And tomb-stones where flowers should be;
And Priests in black gowns were walking their rounds,
And binding with briars my joys & desires.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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