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Poésie

Posts Tagged ‘abandonner’

Au marché un fermier a sorti une poule vivante (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022



Au marché un fermier a sorti une poule vivante
pour l’échanger contre de l’argent.
La poule a poussé des cris de terreur
comme si elle devinait que la transaction entre le fermier et le client
avait pour but prochain son sang versé et sa chair dévorée.
Ces cris ont duré de longues minutes.
Ils étaient si manifestement inspirés par la vision de la mort
qu’ils en devenaient humains et que j’ai pressé le pas pour ne plus les entendre,
me frayant un chemin parmi les badauds avec, au coeur,
le sentiment d’abandonner à ses bourreaux celle qui n’avait plus comme ressource
que d’appeler à son aide un ciel impassiblement bleu.

(Christian Bobin)

 

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Lointaine, la beauté fine (Marc-Henri Arfeux)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2022



Illustration
    
Lointaine, la beauté fine

Lointaine, la beauté fine est ascension,
Roseraie de neige
Formant une maison claire
Sur la fumée du bleu.
Le monde ainsi donné
Rejoint l’enfant de son visage
En un matin,
Et ton regard ouvre les passes
Au plus léger de la lumière.
Le jour alors te reconnaît.
La buée rouge des fleurs,
Un chant, qui tout le jour
Accompagne mes yeux,
Tandis que je traverse,
Avec la brise et l’alouette,
Ce monde abandonné.

Où vont les herbes et les nuages,
Les écheveaux de la lumière,
Le papillon d’après-midi devant la lune,
Et ma figure, baignée de tant de paysages
Versant leurs heures,
De proche en proche vers le plus seul?

Ni moi, ni mon cheval ne le savons.
Dormir d’un seul éclat,
Les yeux ouverts
Au seuil des grands parfums d’étoiles.
Se souvenir de la fascination
De la pivoine
Follement donnée
Aux mains de transparence qui peuplent l’air,
En ce jardin de mai où traverser était un geste d’aube,
Puis s’éveiller
Dans le sourire de la lenteur
Sans fin recommencée
Par les allées d’automne
Où les pétales jamais défaits
Rassemblent un avenir
Ganté d’abeilles et de pollen.

Les yeux, cherchant cet or,
Suivent à distance
La mince nuée de la beauté,
Statue mouvante insaisissable,
Épousant l’air de son absence
Sans fin recommencée.

Traversant les reflets,
Tu marches entre les marbres
Hantés d’amour,
Un bouquet nu à tes paupières,
La bouche fardée de nuit,
Pour mieux offrir Le grain de l’aube
A la pulpe du vent.

(Marc-Henri Arfeux)

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Il y a des lits à jamais abandonnés (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2022


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Il y a des lits à jamais abandonnés
Des maisons dont les portes ont cessé de battre.

(Charles Dobzynski)

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Sans bagage (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2022




    
sans bagage autre que
l’empreinte de mes pas
abandonnée à la terre

sans espérance autre que
le signe d’un oiseau
froissant un buisson

sans joie autre que
ma main posée sur
l’écorce tiède du
grand arbre roux

sans désir autre
qu’une poignée de mots à
assembler
sur la page

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Du sol jaillissent les vapeurs d’automne (Guido Gezelle)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2022



 

arbres_et_brouillard_au_petit_matin_dans_le_gers

Du sol jaillissent les vapeurs d’automne.
Forêt que la vie abandonne
pour monter au ciel d’un vol lent
comme l’encens.

(Guido Gezelle)

Illustration

 

 

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Le lent attelage des jours (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
le lent attelage des jours
quand nous rêvons d’une légèreté de troïka
d’un bateau aux voiles blanches
caravelle pour traverser nos songes

nous voulons un feu pour nous réchauffer des
arbres pour se glisser sous les branches et
grimacer aux éclats du soleil

nous cherchons une innocence une lueur qui
jamais ne nous
abandonne

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Toutes ces chambres traversées (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022




    
toutes ces chambres traversées où
l’on se confie à la nuit
dans des draps blancs
si blancs qu’ils l’éclairent jusqu’au matin

s’enfuir en abandonnant les laisses d’une halte
quelques pages lues

et le souvenir d’une autre chambre
qui se glisse
dans le froissé du linge
il vient effleurer ma joue
il faut partir

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Depuis qu’Amour cruel empoisonna (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022




Depuis qu’Amour cruel empoisonna
Premièrement de son feu ma poitrine,
Toujours brûlai de sa fureur divine,
Qui un seul jour mon coeur n’abandonna.

Quelque travail, dont assez me donna,
Quelque menace et prochaine ruine,
Quelque penser de mort qui tout termine,
De rien mon coeur ardent ne s’étonna.

Tant plus qu’Amour nous vient fort assaillir,
Plus il nous fait nos forces recueillir,
Et toujours frais en ses combats fait être;

Mais ce n’est pas qu’en rien nous favorise,
Lui qui méprise les dieux et les hommes,
Mais pour plus fort contre les forts paraître.

(Louise Labé)

Illustration: Jules Joseph Lefebvre

 

 

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L’AGE DES RÊVES (Eloi de Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022




    
L’AGE DES RÊVES

Quand viendrez-vous dormir
Sous le ciel vert des arbres ?
Quand pourrons-nous ensemble
Abandonner la terre ?

J’ai gardé pour vous seule
Des jardins de silence Où
vous danserez, folle, Les
pieds chaussés d’étoiles.

Parfum de terre humide
Et parfum de rosée, Eclat
des fleurs, c’est vous Qui
ouvrirez ses yeux.

O bonheur anonyme.

(Eloi de Grandmont)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Corps du savoir (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2022


couple

alléger la paix et dire
la tendresse d’une hanche
ou sa connivence nue

abandonner le regard
sous le couvert de l’ombre
et retarder le moment

en remonter la marée
moins forte que les bras
plus claire que le feu

avec des avertissements
la voix aura peut-être parlé
mais l’aurait-il fallu

(Mohammed Dib)

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