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LES HÉRAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 


Illustration: ArbreaPhotos
    
LES HÉRAUTS NOIRS

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!
Des coups comme de la haine de Dieu; comme si avec eux,
le ressac de toutes les souffrances
s’enlisait dans l’âme… Je ne sais!

Ils sont rares; mais ils sont… Ils ouvrent des saignées obscures
dans le visage le plus farouche et dans le flanc le plus fort.
Ils sont peut-être les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que nous envoie la Mort.

Ils sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une foi adorable que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain que nous laissons brûler à la porte du four.

Et l’homme… Le pauvre… Le pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand nous appelle une tape sur l’épaule ;
il tourne ses yeux fous, et tout le vécu
s’enlise, telle une flaque de faute, dans le regard.

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Les fenêtres qu’on ouvre (Charles Guérin)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



Les fenêtres qu’on ouvre
échangent des éclairs.

(Charles Guérin)

Illustration: Gustave Caillebotte

 

 

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Je te rejoins (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



Je te rejoins

Matin sur la campagne
Une herbe blafarde
Pousse sur le sommet
Du talus abrupt
Cris dans les buissons
Des oiseaux polissons
Un jour de douceur et de satiété
Me guide vers toi
Je me hâte
Sur des chemins d’impatience
Accompagné par un vol d’oiseaux

Tu t’abandonnes aux rayons
D’un soleil à la dérive
Et ton sein hérisse
La pointe des vagues
Tu t’ouvres au désir
Dans la luxure des couleurs
Et à travers le cristal
De l’onde
Tu apprivoises les images
Nous connaîtrons dans l’amour
Un immense silence déployé
Sur des astres qui se noient.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: George Elgar Hicks

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Locutions des Pierrots (VII) (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

Giampaolo Ghisetti -  (5)

Locutions des Pierrots VII

Coeur de profil, petite âme douillette,
Tu veux te tremper un matin en moi,
Comme on trempe, en levant le petit doigt,
Dans son café au lait une mouillette !

Et mon amour, si blanc, si vert, si grand,
Si tournoyant ! ainsi ne te suggère
Que pas-de-deux, silhouettes légères
A enlever sur ce solide écran !

Adieu. – Qu’est-ce encor ? Allons bon, tu pleures !
Aussi pourquoi ces grands airs de vouloir,
Quand mon Étoile t’ouvre son peignoir,
D’Hélas, chercher midi flambant à d’autres heures !

(Jules Laforgue)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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C’était cela (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2019




    
C’était cela.
C’était donc cela.
Ce n’était que cela.
Pas lieu d’en faire une histoire…

J’en ai fait toute une histoire
et rien n’a bougé.
Il y a de la drôlerie à constater
que rien n’a bougé

depuis le premier cri,
que je me retrouve la bouche grande ouverte
dans un couloir que j’appelle la terre
et qui ne relie rien à rien.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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Pas d’ouverture, de trouée (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2019



Illustration : Pierre Faure
    
Pas d’ouverture, de trouée,
aucune perspective ouverte,
nul signe à capter…

Ce n’est pas faute
d’avoir tant que j’ai pu, de pas en pas,
tenté le diable, ouvert les yeux,
tendu les bras…

Mais pas de point lumineux,
je me souviens.
Pas avancé d’un pas.
Regard fixé là-devant,
en aveugle.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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Romance (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

Andrei Buryak  20

Romance

J’ai mille oiseaux de mer d’un gris pâle,
Qui nichent au haut de ma belle âme,
Ils en emplissent les tristes salles
De rythmes pris aux plus fines lames….

Or, ils salissent tout de charognes,
Et aussi de coraux, de coquilles ;
Puis volent en tonds fous, et se cognent
A mes probes lambris de famille …..

Oiseaux pâles, oiseaux des sillages !
Quand la fiancée ouvrira la porte,
Faites un collier des coquillages
Et que l’odeur de charogn’s soit forte !….

Qu’Elle dise :  » Cette âme est bien forte
 » Pour mon petit nez…. – je me r’habille.
 » Mais ce beau collier ? hein, je l’emporte ?
 » Il ne lui sert de rien, pauvre fille….  »

(Jules Laforgue)

Illustration: Andrei Buryak

 

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St-Fulbert (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



St-Fulbert

La maison d’en face vient d’ouvrir
Ses persiennes et ses fenêtres
Aux vitres claires
La pauvre vieille prostituée
A fait toilette
Elle attend quelqu’un

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Louis Soutter

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Mon coeur, si doux à prendre (Jean-Paul Toulet)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Mon coeur, si doux à prendre
Entre tes mains,
Ouvre-le, ce n’est rien
Qu’un peu de cendre.

Toute allégresse a son défaut
Et se brise elle-même.
Si vous voulez que je vous aime,
Ne riez pas trop haut.

C’est à voix basse qu’on enchante
Sous la cendre d’hiver
Ce coeur, pareil au feu couvert,
Qui se consume et chante.

(Jean-Paul Toulet)

Illustration

 

 

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Chanson en Si (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

Yoshiro Tachibana -  (4)

Chanson en Si

Si j’étais noble Faucon,
Tournoîrais sur ton balcon…
– Taureau : foncerais ta porte…
– Vampire : te boirais morte…
Te boirais !

– Geôlier : lèverais l’écrou…
– Rat : ferais un petit trou…
Si j’étais brise alizée,
Te mouillerais de rosée…
Roserais !

Si j’étais gros Confesseur,
Te fouaillerais, ô Ma Soeur !
Pour seconde pénitence,
Te dirais ce que je pense…
Te dirais…

Si j’étais un maigre Apôtre,
Dirais :  » Donnez-vous l’un l’autre,
Pour votre faim apaiser :
Le pain-d’amour : Un baiser.  »
Si j’étais !…

Si j’étais Frère-quêteur,
Quêterais ton petit coeur
Pour Dieu le Fils et le Père,
L’Eglise leur Sainte Mère…
Quêterais !

Si j’étais Madone riche,
Jetterais bien, de ma niche,
Un regard, un sou béni
Pour le cantique fini…
Jetterais!

Si j’étais un vieux bedeau,
Mettrais un cierge au rideau…
D’un goupillon d’eau bénite,
L’éteindrais, la vespre dite,
L’éteindrais !

Si j’étais roide pendu,
Au ciel serais tout rendu :
Grimperais après ma corde,
Ancre de miséricorde,
Grimperais !

Si j’étais femme… Eh, la Belle,
Te ferais ma Colombelle…
A la porte les galants
Pourraient se percer des flancs…
Te ferais…

Enfant, si j’étais la duègne
Rossinante qui te peigne,
Senora, si j’étais Toi…
J’ouvrirais au pauvre Moi,
– Ouvrirais ! –

(Tristan Corbière)

Illustration: Yoshiro Tachibana

 

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