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Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020




    
Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine
Opiniâtre, tour verticale et pions madrés,
Sur le parcours en noir et blanc de leur chemin
Recherchent et livrent une bataille rangée.

Ils ne savent pas que la singulière main
Du joueur qui les tient gouverne leur destin,
Ils ne savent pas qu’une rigueur de diamant
Asservit leur vouloir mais aussi leur parcours.
Le joueur, à son tour, se trouve prisonnier
(D’Omar est la sentence) d’un tout autre échiquier
Bâti de noires nuits et de blanches journées.

Dieu pousse le joueur et le joueur la pièce.
Quel dieu, derrière Dieu, débute cette trame
De poussière et de temps, de rêve et d’agonies ?

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: Les échecs
Traduction:
Editions: Seuil

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Le commencement (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020




    
Le commencement n’a jamais été l’extrémité nette et précise d’un fil,
le commencement est un processus très lent et très long
qui tâtonne comme un aveugle, qui exige du temps et de la patience,
de façon à pouvoir découvrir dans quelle direction il veut s’engager.

(José Saramago)

 

Recueil: La Caverne
Traduction:
Editions: Seuil

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MIME (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



MIME

Feindre l’espace
le façonner
peindre le temps avec sa cendre
prendre le jour le rendre
transformer ce qui passe
l’effacer.

Des nuages traversent
lentement le ciel
de la pensée.

(Jean Mambrino)

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On rencontre partout des gens (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2020




    
On rencontre partout des gens comme ce monsieur José,
ils occupent leur temps, ou celui qu’ils croient que la vie leur laisse, à collectionner
des timbres, des monnaies, des médailles, des potiches, des cartes postales,
des boîtes d’allumettes, des livres, des montres, des chandails de sport,
des autographes, des pierres, des personnages en terre cuite, des canettes vides de boissons rafraîchissantes,
des petits anges, des cactus, des programmes d’opéra, des briquets, des stylos, des hiboux, des boîtes à musique,
des bouteilles, des bonsaïs, des tableaux, des gobelets, des obélisques en cristal, des canards en porcelaine,
des jouets anciens, des masques de carvanal,
poussés probablement par quelque chose que nous pourrions appeler angoisse métaphysique,
peut-être parce qu’ils n’acceptent pas l’idée que le chaos soit le seul arbitre de l’univers,
et donc avec leurs faibles forces et sans aide divine, ils tentent d’introduire un peu d’ordre dans le monde,
ils y réussissent pendant un certain temps,
mais seulement aussi longtemps qu’ils parviennent à défendre leur collection
car quand vient le jour de la disperser et ce jour arrive inéluctablement, à cause de la mort ou de la lassitude du collectionneur,
tout retourne au chaos originel, tout replonge dans le désordre.

(José Saramago)

 

Recueil: Tous les noms
Traduction: Geneviève Leibrich
Editions: Seuil

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Chaque chose au monde (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2020



Illustration: Vladimir Kush
    
Chaque chose au monde porte en elle sa réponse,
ce qui prend du temps ce sont les questions.

(José Saramago)

 

Recueil: Le Dieu manchot
Traduction: Geneviève Leibrich
Editions: Seuil

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Little Venice (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



 

Little Venice

Little Venice

Tout au long de Little Venice
petit canal aux eaux tranquilles
avec son bassin et son île
les barques comme sur la glace
et nous nous embrassant debout contre les arbres

Ma mémoire s’endeuille
ma mémoire s’endort
il y avait alors
des friselis de feuilles
et de douces odeurs

Tout au long de Little Venice
des jours que le temps éfaufile
qui avaient ta forme gracile
indécis lentement s’effacent
mais nous nous embrassons toujours contre nos arbres

Ma mémoire s’endeuille
ma mémoire s’endort
il y avait alors
des friselis de feuilles
et de douces odeurs

Tu avais un gilet de soie et de velours

(Louis Calaferte)

Illustration

 

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LA ROUE (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



LA ROUE

I
Chante, étranger sur le trottoir
Ta voix n’écarte aucun volet

Au soleil blanc reste en arrêt
Chante plus fort chante plus noir

Dos au mur aveuglant
Face au fronton des façades

La note frappera la seule vitre en flammes
Aux mille éclairs vois le sourire du temps

Comme
un grand visage
qui se nomme

II
O doux éclatement
Le livre s’est ouvert
et j’ai vu du coeur qui ne ment
déborder les souvenirs de mon enfance

Comment
dis-moi comment
ce passé s’est ouvert
que tu gardais si pieusement
pour habiter ce coeur d’abondance

La bouche de blessure
avait-elle mis son secret
dans la grenade mûre
Si longtemps
si longtemps après

C’est bien ma solitude
comme une ancienne fleur
qui plus tard a germé dans ce feu
Où donc
jadis perdue

III
La parole est morte
Et le monde est venu
Et les rues sont pleines de monde

Personne ne passe la porte
Tout se nomme refus
Et les ruines s’enivrent de monde

Au fond de la chaussée
une grande fleur d’encre
qui rature la joie

L’attente folle
couleur de fuite
un souvenir géant
qui efface tout

IV
Coeur dévasté pour rire
beauté usée par les sales regards

Le triste et le gai
comme des éventails
et la blessure comme un loup

L’histoire finit
lorsqu’il n’est plus temps

V
La rue suit sa pente
Les hommes leur chemin
ou suivent les passantes
Moi seul je me souviens
Le soleil las poursuit sa route
Les fenêtres s’entrouvrent
au silence à la fraîcheur

Une grande roue tourne
et tourne grande roue
où les hommes s’usent

La terre mâche la terre

(Robert Guiette)

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Le temps n’est pas un lit (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




    
Le temps n’est pas un lit, ni la terre un sommeil
l’arbre de l’amour est nu
le lieu qu’il a choisi est sans voile

Crois-tu que la nuit a réveillé ses rêves
et qu’ils courent maintenant sur le chemin
du soleil ?

Je crois
que ces soleils qui bâillent
dans le ciel de l’amour
ne sont que blessures sur le corps de la terre

Je chanterai pour ce lieu lumineux
avec les restes des amants qui m’ont précédé.
L’existence n’est qu’un espace voué au chant.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Pas de lumière dans les ruelles (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Illustration: Gustav Klimt

    
Pas de lumière dans les ruelles et rien ne vient de l’horizon.
Je marche
un cygne se promène dans un bassin sur un mur.
Voilà le velours du vent. Le corps de l’horizon est de sel
Mon temps est revêtu de son amour
comme l’amour qui dérive dans la houle des illusions.

Mon illusion c’est que j’entends maintenant
une lyre dans la forêt de la tristesse.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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MERVEILLES DU CERCLE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




MERVEILLES DU CERCLE

Quand l’orateur parle
des merveilles du cercle
on en voit s’augmenter
l’envergure du temps
les auditeurs s’animent
une femme au nom usurpé
cherche à comprendre
avec de grands yeux noirs
des rides profondes au front.
Pour chacun bientôt les couleurs changent.

(Jean Follain)

Illustration: Fabrice Vacherot

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