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Poésie

Posts Tagged ‘temps’

L’isolement (Pe-Lo-Yé)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



L’isolement

C’est en isolant son corps du monde
qu’on se prépare à en isoler son esprit.
Je vais seul.
Je m’enivre de la contemplation du ciel bleu,
de la lune brillante et des étoiles sans nombre.

Mes oreilles se sont fermées.
J’ai perdu la notion de la distance et du temps.

J’ai oublié que je portais dans ma manche
plusieurs onces d’or,
et je les ai laissées tomber sur le chemin.

Voyant que j’étais devenu indifférent
à la possession de l’or jaune,
des courtisanes sont accourues
et ont déployé autour de moi leurs séductions ;
Mais mon esprit avait franchi
les pics neigeux et les nuages froids ;
il était déjà perdu dans les régions élevées.

Voyant que je demeurais immobile,
des insectes cruels ont attaqué ma peau
et déchiré ma chair ;
Mais mon esprit était si loin
que mon corps était devenu insensible
à la douleur comme à la volupté.

Que n’ai-je atteint à la perfection
et à la pureté des sages !
mon esprit se serait détaché de mon corps
comme la flamme se détache du flambeau
quand le vent l’emporte ;
Et, laissant ce corps inerte,
il ne serait plus revenu.

(Pe-Lo-Yé)

 

 

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Je donne mon silence (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2017



A tout ce qui m’entoure
Je donne mon silence.

Et le temps
Est suspendu.

(Guillevic)


Illustration

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TEMPS (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



TEMPS

Au fond j’ai toujours su
Que j’atteindrais l’amour
et que cela serait
un peu avant ma mort.

J’ai toujours eu confiance,
Je n’ai pas renoncé
Bien avant ta présence,
Tu m’étais annoncée.

Voilà, ce sera toi,
Ma présence effective,
Je serai dans la joie
De ta peau non fictive.

(Michel Houellebecq)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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MONDES FRAGILES, CHOSES FRÊLES (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



MONDES FRAGILES, CHOSES FRÊLES

Il y eut des jours d’errance, de doute
sur les mers du temps, la peur abyssale
que rien ne surgisse, plus une étoile
en cette nuit intérieure.

O joie promise, royaume annoncé
qui serait au loin, fécondé par la lumière
— ébauche de vie sous la vie même.

Ainsi vas-tu, des années durant
sans relâche chercher cette grotte
au coeur de l’être, l’union de ton souffle
à celui du monde.

*

Il y eut des jours où seule la fatigue
en l’avancée, telle une ombre
où baigne l’errant, érige un mur
jusqu’à soi, puis un autre
et un autre encore.

Plus que fatigue, ta route
— pèsement, ta vie.

Alors, tu vas, par où règne l’Un
tu recueilles le chant
comme fragments de clarté
pris à ses filets.

*

L’obscur sonde, pénètre ton âme
le temps soulève la pesée des jours
Ô mêmes ailes, d’arbres et d’oiseaux
qui s’ouvrent, fléchissent sous le vent —
tu retournes le sablier des ombres
et se renverse la splendeur.

Telle une épave, ton pas
ne flotte ni ne s’appuie
en cette danse conduite par l’aveugle
où mène l’ultime pas, quel chemin
formé de tous les chemins
pour l’âme indécise?

Tout se passe dans le cercle silencieux
du temps ; tout vient à nous
s’unit en nous à la lumière.

Le jour tombait. Ton coeur
s’alourdissait de ces mots
car tu luttais encore
contre la lumière.

Que disait-elle, cette voix?
Quelle puissance t’étreignit alors
pour te rendre à une terre de joie?

Jusqu’à l’ombre, tu avances, ombre
amarrée à cette lointaine frontière
qui te sépare de toi-même.

(Hélène Dorion)

Illustration: Léon Bonnat

 

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Il n’existe aucun chemin (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Il n’existe aucun chemin;
la quête que nous poursuivons
repose en chaque chose approchée
en chaque instant qui délivre ses clartés.

Le temps ne s’écoule pas. Le temps
brûle à nos côtés, silencieux
et bordé de roc qu’il fissure
lentement, dans le désert intérieur.

Aucun chemin. Juste quelques pas
à la lisière de l’aube.

(Hélène Dorion)

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Es-tu si lasse ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Es-tu si lasse ? Je veux te mener doucement
hors de ce tumulte, qui depuis longtemps me pèse aussi.
Notre blessure est à vif sous le joug de ce temps.
Vois, derrière la forêt où nous marchons en tremblant,
comme un château illuminé déjà le soir attend.

Viens avec moi. Le matin ne le saura jamais,
et dans la maison nulle lampe n’épiera ta beauté …
Ton parfum imprègne comme un printemps les oreillers :
le jour a mis tous mes rêves en pièces, –
tresses-en une couronne.

(Rainer Maria Rilke)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Herb Dickinson

 

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Pose ta tête sur mon épaule (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Pose ta tête sur mon épaule
Car mon épaule
Sait des choses
Que ta tête n’ose imaginer
Et que ta bouche ne peut dire
Le destin le dit
Que l’un de nous doit être le vent
L’autre un arbre dans le vent
Ou un arbre dans un jour sans vent
Le destin le dit
Ta naissance pendant la guerre
Annonce ma fin.

Ma fin sera tienne ce jour
Combien de temps vont-ils poser
Sur nous des pactes d’angoisse,
Des traités de désespoir ?
Laisse-moi l’exprimer ainsi :
Le temps ne se suffit pas pour être
Deux ensemble deux fois
Pour une seule durée de vie.
Laisse-moi l’exprimer ainsi :
Même cette tendresse, même ce cœur limité
N’est rien qu’une épaule.
Repose-toi, repose-toi, pour cela.

(Yehuda Amichai)

Illustration: Rémy Disch

 

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Air marin (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Air marin

Pour toi je serai l’air marin qu’on ne voit pas,
Tu me respireras et tu verras la mer.
Et voile je serai que personne ne voit,
Tu me respireras et tu verras la mer.
Une voile : là-bas est ma demeure.
Et tu viendras habiter sur la mer
En moi. En moi. Sur le petit bateau qui ne se voit pas,
Tu me respireras et tu verras la mer.
Deux vagues se fondront en une et chercheront
Les trésors précieux sur le fond de la mer ;
Et où sera le temps ? En temps voulu va disparaître
Tout ensemble avec nous au fond de la mer.

(Avrom Sutzkever)

Illustration: Kazuya Akimoto

 

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Un homme se penche (Kateri Lemmens)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



un homme se penche
sur le poignet d’une femme
trace des signes de croix
entame les prières
fait taire les marques
suite d’aspérités
du bout des doigts
effleurant son poignet
un homme
un désert
abandonné par le temps

(Kateri Lemmens)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Une fois (Károly Fellinger)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Une fois

Quoique je sois dans une mauvaise passe,
je suis capable de renaître chaque jour,
mais pour cela, il faut pour cela que je me consomme
avant le soir et que je ne tienne jamais
jusqu’à minuit, puis, au moment suivant,
je frotte ma statue d’oiseau de miel,
de sucre, je déchire ma couette garnie
de plumes d’oie par-dessus, comme le temps
passe, je me consomme de plus en plus
tôt, demain à l’heure du déjeuner ou quand
le petit-déjeuner est servi, je vivrai assez
pour me voir renaître à partir du pur néant,
comme le dragon sans tête.

***

Egyszer

Bármilyen rossz passzba kerülök, azért még
minden nap képes vagyok újjászületni,
de ahhoz az kell, hogy estére elfogyjak
már és ne tartsak ki éjfélig sohasem,
az azt követő pillanatban meg aztán
madárszobrom bekenem mézzel, cukorral,
széjjeltépem fölötte lúdtollas dunyhám,
az idő múlásával egyre hamarabb
fogyom el, holnap ebédkor vagy a villásreggeli
tálalásakor, egyszer még megérem
majd, hogy a tökéletes semmiből
szülessek újjá, mint a fejetlen sárkány.

(Károly Fellinger)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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