Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘temps’

Les jardins (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




Les jardins

S’épuiser à chercher le secret de la mort
fait fuir le temps entre les plates-bandes
des jardins qui frémissent
dans leurs fruits rouges
et dans leurs fleurs.
L’on sent notre corps qui se ruine
et pourtant sans trop de douleurs.
L’on se penche pour ramasser
quelque monnaie qui n’a plus court
cependant que s’entendent au loin
des cris de fierté ou d’amour.
Le bruit fin des râteaux
s’accorde aux paysages
traversés par les soupirs
des arracheurs d’herbes folles.

(Jean Follain)

Illustration: Emile Claus

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chute sur les Bords du Temps (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Chute sur les Bords du Temps

L’oiseau du jour a dévoré les horizons,
les horizons qu’on a cousus avec des fils d’azur et de beau temps,
d’aveux et de prisons.
Sur le nez d’une ville,
la tête cachée sous un cercle d’aiguilles d’or
– est-ce pour clouer sous le charme de son plumage
le secret multicolore des paysages ! —
il gonfle son ventre de nostalgie.
Qu’il était doux de rire du sort
ainsi qu’un homme dont le vin a bu le crâne
en se baignant dans les seins voilés d’écume

Va-t-il rouler au pied du temps
l’oiseau du jour, l’oiseau tout velu de couleurs
l’oiseau prodigue comme le printemps !
Il glisse ses paupières
comme pour fermer à son regret toute sortie.
Quelques minutes ont coupé de l’arbre son cœur :
il doit rouler le long des pentes.
Son sang d’aigle vaincu, son sang noir,
a coulé sur la terre
comme les bouches muettes de la mort sur les cimetières.

(Lucien Becker)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NEUF ÉCLATS DE GESTE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Artem Chebokha
    
NEUF ÉCLATS DE GESTE

se détacher du temps
comme une fleur
de sa tige

qui griffe la lumière
fait durer
la courbe

à l’angle d’envol
tirer son corps
vers le bleu

c’est la boule du monde
qui libère
l’horizon

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nuit ouvre ses yeux (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Jacqueline Fabbri
    
La nuit ouvre ses yeux en nous.
Rien ne retient plus le regard.
On fait corps avec le coeur.
L’onde est porteuse.
Juste à l’angle du temps.
La survie peut être célébrée.
On puise, mais avec une telle précision.

Si nue l’évidence quelle troue tous les pourquoi.
Au fond du charnier, une étoile ivre.
Des empreintes imprimées par le coeur.
Quelques arcs-en-ciel terrassés.
On laisse le bleu creuser son ombre.
Une seule goutte de feu suffit.
Ébloui, obstinément.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ma vie verse (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Maria Amaral
    
ma vie verse sur la pente de ta voix
où bruit la fragilité du temps

je roule âme nue
et m’éparpille en syllabes
dans l’énigme multipliée de ta chair

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les lieux aussi sont corps mêlés (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les lieux aussi sont corps mêlés
Misère et grandeur s’y accouplent
On reconnaît chacun à son ciel
comme il embrasse
comme il courbe et lisse ses teintes

Le temps alors
met sa tête sous son aile
vous confie au hasard

On a la bride sur le cou
On file ses rêves

On croirait
voyant autour de soi
des champs si propres
que ces courbes vous aiment
qu’elles prennent soin aussi
de l’âme
la font chanter

On abandonne les bois noirs
de la métaphysique
dès que s’éclairent ces contrées
On oublie la nuit griffue
la nuit des petits monstres

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Natta dies quin amorem inveniat (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Nulla dies sine lima
On connaît cette fable
Le temps lui a rogné les ailes
Fable pour fable
plutôt choisir l’enchantement
plutôt vivre de l’impossible :
Natta dies
quin amorem inveniat
Aucun jour
qui n’invente l’amour

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ecrire (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Ecrire :

faire s’étoiler le désir de dire,
tracer des routes inverses,
s’ouvrir au multiple,
pour chasser ce qui, de nature, se dérobe,
et, le temps d’une éclaircie,
saisir un peu de la mesure juste,
la maîtriser pour une joie pleine mais crispée;
puis la voir s’émietter en embruns
dont le livre recueille les mouillures.

Le temps tourne la page.

Lecteur, tu habites ces blancs comme tu les entends.
Pour moi, ils sont ma faim, mon devenir, ma liberté libre.

Où, le poème que je veux faire ?
Plus avant ?
Tapi peut-être dans la fourmilière de mes brouillons ?

Où le poème qui me fera ?
C’est toujours de plus loin que je parle.
Dans le défaut.

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Combien de temps (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: Josephine Wall 
    
Combien de temps rester dans l’amitié
Du ciel…

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :