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Poésie

Posts Tagged ‘fumée’

ZÉRO (Robert Creeley)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



ZÉRO

Où es-tu, toi qui
en n’étant pas ici
es ici, mais ici
en n’étant pas ici ?
La réalité n’est pas un tour de passe-passe —
c’est un esprit
qui la constitue, n’importe
lequel. Tu

arpentes les années dans un
néant, un non-
lieu que je connais aussi bien
que ma dernière bouffée

d’air, recracher la fumée
d’une bouche
aussi n’ira nulle part,
elle a déjà trouvé sa voie.

(Robert Creeley)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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VERS (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



VERS

Une tige porte
la tendre gloire
du bleu
la fumée
du contour.

L’arabesque
se défait
sous nos yeux.

Se refaisant
de ce peu
qu’elle est.

En suspens.

(Jean Mambrino)

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NOËL (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019




    
NOËL

Je n’ai pas désir
de plonger
dans une pelote
de routes

J’ai tant
de lassitude
sur les épaules

Laissez-moi donc
comme une
chose
posée
dans un
coin
oubliée

Ici
on ne sent
rien d’autre
que la bonne chaleur

Je demeure
avec les quatre
cabrioles
de fumée
de l’âtre

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tout le paysage matinal (Nicolas Dieterlé)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2019



 

feuilles

Tout le paysage matinal baigne dans un bleu très doux qui s’assombrit un peu à l’horizon,
là où les arbres dressent contre le ciel leurs ramures fines comme de la dentelle.
En face de moi, le soleil encore bas ressemble à un feu blanc.
Parmi les ramures lointaines une fumée se déploie lentement, sans fin, avec une sérénité bonhomme,
et le regard est attiré par elle à cause de sa constance et de son caractère flagrant de signe.
A gauche, les arbres les plus proches sont revêtus d’une fine toison rose, formée par les bourgeons en nombre croissant,
et le soleil fait briller les branches légères qui oscillent très doucement dans un vent discret

(Nicolas Dieterlé)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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POÈMES DE LA SEINE (Elhonen Vogler)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2019



Illustration: Leonod Afremov
    
POÈMES DE LA SEINE
(extrait)

Qui ne mesure nuit et jour
Que par Vénus aux bras ouverts
Voit dans le giron de Lutèce
Le songe devenir un ver.

À travers les prés verdissants
La terre sent, par lui foulée,
Dans la fumée des jours naissants
Les villes, ruines, s’écrouler.

Qui ne possède point de femme
Muet vers la Seine descend
Pour voir se mirer dans sa larme
Sa tête aux cheveux déjà blancs.

À qui n’a rien, pas même un toit,
Elle apprend, au bruit de sa vague,
Le langage du désarroi
Sur le boulevard Saint-Michel.

Pour tous les vagabonds elle est
Véritablement une mère
Qui sait apaiser toute plaie
Brûlant aux pieds de ceux qui errent.

(Elhonen Vogler)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un feu de feuilles mortes (Hosai)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019



un feu de feuilles mortes
au milieu de la fumée
un visage apparaît

(Hosai)

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Limites (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Niko Guido
    
Limites

Que tu allumes des lumières
et de grands feux
aux lueurs sans fin
et qui portent loin.

Que tu jettes dans le voile de fumée
les langues des torches,
que tu essaimes des yeux et du coeur
ce que tu possèdes.

Ce ne sera toujours que tentative,
chemin tâtonnant,
rien que ton image
que tu tiens de la lumière.

***

Schranken

Zündest du Lichter an
und große Feuer
mit weiten Scheinen
ohne Ende.

Wirfst du im schleiernden Rauch
züngelnde Fackeln,
streust du aus Augen und Herz,
was du besitzt.

Immer nur ist es Versuch,
tastender Weg,
immer dein Bild nur,
das du vom Lichte trägst.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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LE PASSÉ (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

feu 1

LE PASSÉ

Avec des mains de haine et de colère, Amour!
J’ai rompu rudement à mon genou farouche
Le beau cep qui porta la grappe dont toujours
Le goût voluptueux se ravive à ma bouche;

Et j’ai fait, tout ce jour, des treilles de ma vie
Brûler le sarment sec et la feuille séchée
Pour qu’il n’en reste au soir que la cendre et la suie
Qui demeurent après une vaine fumée.

Et c’est ainsi qu’avant que s’éteignît dans l’ombre
Ce feu dont les tisons ont mordu la nuit sombre,
O Passé, j’ai voulu que ta flamme suprême

Couronnât et rougît une dernière fois,
Comme d’un éclatant et pourpre diadème,
Le visage brûlant que je penchais sur toi.

(Henri De Régnier)

 

 

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Arbre en feu (Jean Cuttat)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Arbre en feu

Je suis de bois fruitier.
Je suis arbre à poèmes.
J’aimai. J’aimerai. J’aime.
Je suis du grand métier.

A quoi servirait ma vie
hors de son feu mystique?
Seul un art poétique
au fond la justifie.

Au feu va la ramée
par des voies indirectes.
Je me donne à la secte
errante des fumées.

Certes je veux les fruits
dont un verger se grise,
mais je vis et j’attise
le feu qui me détruit.

(Jean Cuttat)

Illustration: Carmen Meyer

 

 

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