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POÈMES DE PETERSBOURG (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2022



POÈMES DE PETERSBOURG

1
Saint-Isaac à nouveau se couvre
D’une parure d’argent fondu.
Le cheval de Pierre le Grand
Se fige, impatient; il menace.

Un vent farouche, qui étouffe,
Emporte les fumées des cheminées…
Ah! le souverain est mécontent
De sa capitale nouvelle.

2
Mon coeur bat d’un rythme égal,
Que me font de longues années!
Nos ombres sont pour toujours
Rue des Galères, sous l’arc.

Sous mes paupières mi-closes
Je le vois, tu es avec moi,
Et ta main tient à jamais
Mon éventail encore fermé.

Parce que nous avons vécu
Ensemble un instant de miracle,
Lorsque sur le Jardin d’été
La lune a ressuscité, rose,
Je n’ai plus besoin d’attentes

Près de cette fenêtre lassante
Ni de rendez-vous ennuyeux.
Ah! L’amour est accompli.
Tu es libre, je suis libre,

Demain est meilleur qu’hier, —
Sur l’eau sombre de la Néva,
Devant le sourire glacé
De l’empereur Pierre le Grand.

(Anna Akhmatova)

 

 

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NOËL (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2021




    
NOËL

Je n’ai pas désir
de plonger
dans une pelote
de routes

J’ai tant
de lassitude
sur les épaules

Laissez-moi donc
comme une
chose
posée
dans un
coin
oubliée

Ici
on ne sent
rien d’autre
que la bonne chaleur

Je demeure
avec les quatre
cabrioles
de fumée
de l’âtre

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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La route enchantée (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

Marcio Melo 04

La route enchantée

1. Le ciel est plein de joie
La nuit est parfumée
Ah! Quel parfum subtil
Odeur de feu de bois
Douce odeur de fumée
Odeur du mois d´avril
On sent que bientôt c´est la fête
La jolie fête du printemps
Qui fleurit par-dessus nos têtes
Le ciel d´avril comme les champs

{Refrain:}
Une étoile m´a dit
Deux étoiles m´ont dit
Connais-tu le pays du rêve
Le pays d´amour où,sous le ciel bleu
Tout est joyeux
Les beaux jours sont courts
Au pays d´amour
Et les nuits les nuits sont brèves
Mais l´on vit sa vie
Loin de tous soucis
Viens cette nuit
Pars c´est du mystère
Que tu veux : en voilà!
Pars oublie la terre
Pars viens avec nous tu verras
Les joyeux matins et les grands chemins
Où l´on marche à l´aventure
Hiver comme été
Toujours la nature
La route enchantée…

2. Rivière mon amie
C´est pour toi que je chante
Et vous petits oiseaux écoutez-moi
Cochons vaches et veaux
Et vous bêtes méchantes
Qui hurlez dans les bois
Demain c´est le jour où l´on s´aime
Et qui sème récolte l´amour
L´amour c´est le plus beau poème
Pourquoi ne pas s´aimer toujours

{Refrain} :
Une étoile m´a dit
Deux étoiles m´ont dit
Chante l´amour au clair de lune
Chante sans un sou
Chante comme un fou
Partout partout
La jeunesse est là
Qui te tend les bras
Le soleil c´est la fortune
Si tu vis ta vie
Loin de tous soucis
Viens cette nuit
Pars c´est du mystère
Que tu veux : En voilà
Pars oublie la terre
Pars viens avec nous tu verras
Les joyeux matins et les grands chemins
Où l´on marche à l´aventure
Hiver comme été
Toujours la nature
La route enchantée…
Bonjour le jour la vie la nuit l´amour!

(Charles Trenet)

Illustration: Marcio Melo

 

 

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FRATERNITE (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2021



 

Agim Sulaj 49 [1280x768] [1280x768]

FRATERNITE

Un plein filet de souvenirs
Pourquoi me l’ont-ils remonté
L’oeil de mon chien l’écolier
les chansons que je leur chantais
le passionné de coquecigrues

Je ne me reconnais pas dans cet enfant
Je chasse cette brume douloureuse
Que le vent emporte cette petite fumée
et me laisse seul comme je suis seul

Pourtant je voudrais l’étreindre quand je le fuis
recomposer l’homme entier jusqu’à mon âge
celui qui acceptait sa place et leurs jeux
O chaleur qui me blesse aujourd’hui

Pitié pour vous et pour moi puisqu’il n’est pas permis
Frères
d’être un seul être fraternel
avant le sein froid de la nuit
dans l’unité de notre mère.

(André Frénaud)

Illustration: Agim Sulaj

 

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NÉVRALGIES (Yves Morel)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2021




NÉVRALGIES

Il me reste des névralgies d’une jeune belle
pareilles à de pauvres nostalgies de djebell’s
où de lents soleils mauves
rouillent et cuivrent, face et pile,
ses jambes déjà fauves.
Je tiens des névralgies de mous ciels versatiles
déversant sur sa peau moite d’inutiles averses,
que de lents remous bleus d’ étoiles traversent.. .
Là où des plages repues vacillent
sous des formes lascives
qu’essorent
des nuages aux loques phosphores.
Je tiens des symphonies de son long corps indolent
somnolant,
parfumé d’herbes et d’odeurs
plaquées sous maille et sueur,
quand la traverse feule
roulant branches et feuilles
que foulent
d’atones fumées saoules…
J’ai des nostalgies d’une longue belle
telles des frénésies de décibels.
La plaine suffoque de vapeurs saugrenues,
la vague vient faire grève
sur son corps presque nu.

(Yves Morel)

Illustration: William Bouguereau

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St-Faustin (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2021



The River Seine_ Paris_ France

 

J’étais assis et la ville
Avec son fleuve
A défilé devant moi
La dame avait des souliers blancs
Le cadran marquait 6 heures
La fumée
Les autos
Mais la ville a glissé dans un trou

(Pierre Albert-Birot)

 

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LÀ-HAUT, DANS LE pays-bruissant (Egon Schiele)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2021



Illustration: Marie Claude Lambert
    

LÀ-HAUT, DANS LE

pays-bruissant abondamment cerné-de-forêts,
marche lentement le long homme blanc exhalant-fumée-bleue
et il respire, et respire encore les blancs vents-de-la-forêt.
Il parcourt la terre aux odeurs de cave
et pleure comme il rit.

OBSERVATION

***

DORT OBEN AUF DEM WEIT

waldumrandeten Rauschenland
geht langsam der lange weiße Mann blaurauchend
und riecht und riecht die weißen Waldwinde.
Er geht durch die kellerriechende Erde
und lacht und weint.

BEOBACHTUNG

(Egon Schiele)

 

Recueil: Moi, éternel enfant
Traduction:Nathalie Miolon
Editions: Comp’act

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Vous m’oublierez (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



Vous m’oublierez: la neige sera de retour,
Le monde bleu dans la lumière tremblera.
Vous aimerez des villes au soleil marin.

Trace de pas, fumée des mots sur la terre,
L’amour jetait au milieu de la vie
Une étoile, une fête, une vaine étincelle.

Vous m’oublierez: les yeux resplendiront,
Les lèvres, les dents heureuses, les corps pareils
A l’herbe, au feu, à la rivière de juin.

Quelles étaient ces paroles dans l’ombre,
Les jours se constellaient de nos regards,
Dans la joie même la joie se consumait.

Vous m’oublierez: rien ne demeurera
De ce qui fut ce coeur tissé de songes.
Le sang, la peine, l’image et le désir
L’auront quitté sous la cendre et la nuit.
De nouveau que le ciel sera jeune
Et printanier l’hiver! Vous m’oublierez.

(Georges-Emmanuel Clancier)

Illustration

 

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Après l’incendie (Óscar Hahn)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2021




    
Après l’incendie

Je dois ramasser mes décombres
leur donner la forme humaine qu’ils avaient
et aller de l’avant

Que je n’aie pas de braises dans les yeux
ni de nuages de fumée noire dans l’âme

Quelques cicatrices
par-ci par là sont acceptables

Pour le reste rejeter la douleur derrière soi
nettoyer ses cendres
et poursuivre son chemin

***

Después del incendio

Tengo que recoger mis escombros
darles la forma humana que tenían
y seguir adelante

Que no haya brasas en los ojos
ni nubes de humo negro en el alma

Algunas cicatrices
por aquí y por allá son aceptables

Lo demás es echarse el dolor a la espalda
limpiarse las cenizas
y continuar andando

(Óscar Hahn)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Peine de vie et autres poèmes
Traduction: Traduit de l’espagnol (Chili) par Josiane Gourinchas
Editions : Cheyne

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Maintenant je suis une plante, une herbe sauvage (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021




    
Maintenant je suis une plante, une herbe sauvage

Maintenant je suis une plante, une herbe sauvage
Suspendue, vacillante
Sur un rebord escarpé;
Maintenant une longue herbe brune
Qui tremble comme la flamme;
Je suis un roseau;
Une vieille coquille qui toujours chante
La même chanson;
Un débris de jonc;
Une pierre blanche, toute blanche;
Un os;
Avant qu’à nouveau
En sable je m’en aille
Et tourne et vole
Deci, delà,
Au bord de la mer
Dans la lumière évanescente.
Car la lumière s’évanouit.
Mais si tu venais, tu ne pourrais dire :
Elle ne m’attend plus ici. Elle a oublié.»
Dans nos jeux n’étions-nous pas
Plantes, pierres et herbes sauvages,
Tandis que les navires étranges passaient
Gravement, laissant derrière eux un panache d’écume
Qui doucement se déroulait autour de notre île…
Bulles d’écume qui sur la pierre brillaient
Comme des arcs-en-ciel. Regarde, mon amour !
Non, ils sont partis,
Et leurs voiles blanches se sont fondues dans le sillage du ciel…

***

Now I am a plant, a weed

Now I am a plant, a weed,
Bending and swinging
On a rocky ledge;
And now I am a long brown grass
Fluttering like flame;
I am a reed;
An old shell singing
For ever the same song;
A drift of sedge;
A white, white stone;
A bone;
Until I pass
Into sand again,
And spin and blow
To and fro, to and fro,
On the edge of the sea
In the fading light —
For the light fades.
But if you were to come you would not say:
« She is not waiting here for me;
She has forgotten ». Have we not in play
Disguised ourselves as weed and stone and grass
While the strange ships did pass
Gently, gravely, leaving a curl of foam
That uncurled softly about our island home…
Bubbles of foam that glittered on the stone
Like rainbows? Look, darling! No, they are gone.
And the white sails have melted into the sailing sky…

(Katherine Mansfield)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Anne Wade Minkowski
Editions: Arfuyen

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