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Poésie

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En secret seul je me hâte (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
En secret seul je me hâte
vers le lieu de nos rencontres
tant d’années sont écoulées
J’y suis toujours enfermé

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Pour refaire la nuit… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Pour refaire la nuit…

Pour refaire la nuit il me fallait tes yeux,
Tes mains multipliées, ta bouche.
Ton corps était l’écran qui me masquait le jour,
J’étais aveugle à l’heure de l’amour.
Maintenant tu franchis les passes écumeuses,
Mon ombre est seule à tes côtés,
Sur les gravats, entre les rides
Des champs écartelés.
Il fait clair pour toujours,
Je me verrai toujours
Mes yeux, mes mains, ma bouche, sans ombre, sans faiblesse
Fichés dans l’horizon comme des flèches d’os.

(Jean Rousselot)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Pressentiment de la rose (Yanette Delétang-Tardif)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019



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Pressentiment de la rose
(Extraits)
À Paul Eluard

Une rose des sables
à côté d’un poète.
Il la prend dans ses mains,
la tient dans son désert
chaque jour imaginé.
Chambre couleur d’azur
porté par les arbres
les pétales de sable
ouvraient
un temps inhabité.
À travers cet espace
ce fut avec la rose
le pressentiment d’un poème
en plein cœur.

Par sa voix je regagne mon enfance
nageuse aux rubans d’algues.
Attendre est un naufrage
nous aimions les grandes vagues
et l’île inabordable
prêtée au sommeil des oiseaux

Les pouvoirs du songe
s’apprendront dans un baiser.

Il ne croit pas à l’immobile
son sommeil est plein de roseaux
qui cachent les dormeuses pâles
près de l’eau près du bonheur.

C’est pour toujours la forêt l’océan
C’est pour toujours le coeur perdu.
La fleur et le chien lui obéissent
Il croit à la peur
Il sait pleurer quand tout est fini.
Il aime l’enfant chéri des sources
Chantant l’heure de la surprise et des étoiles,
Le dénuement l’oubli des fables
La chair des légendes et des rivières.

(Yanette Delétang-Tardif)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Sans humains (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 

    
Sans humains

Château de nuées ensorcelé dans lequel nous dérivons…
Qui sait si nous n’avons pas déjà traversé ainsi
de nombreux cieux les yeux vitreux ?
Nous, bannis dans le temps
et expulsés de l’espace,
nous, aéronautes de la nuit sans fond.

Qui sait si nous n’avons pas déjà volé autour de Dieu
et, parce que nous tirions nos flèches d’écume sans le voir
en continuant de projeter notre semence
pour nous perpétuer en des lignées humaines toujours
plus obscures,
maintenant ne dérivons coupables ?

Qui sait si, depuis longtemps déjà, lentement nous ne mourons ?
Le bal de nuages avec nous aspire à s’élever toujours plus haut.
L’air raréfié aujourd’hui engourdit déjà nos mains,
et quand la voix se brisera et que notre souffle s’arrêtera… ?

Le sortilège se maintient-il dans les derniers instants ?

***

Menschenlos

Verwunschnes Wolkenschloß, in dem wir treiben…
Wer weiß, ob wir nicht schon durch viele Himmel
so ziehen mit verglasten Augen?
Wir, in die Zeit verbannt
und aus dem Raum gestoßen,
wir, Flieger durch die Nacht und Bodenlose.

Wer weiß, ob wir nicht schon um Gott geflogen,
weil wir pfeilschnell schäumten, ohne ihn zu sehen
und unsre Samen weiterschleuderten,
um in noch dunkleren Geschlechtern fortzuleben,
jetzt schuldhaft treiben?

Wer weiß, ob wir nicht lange, lang schon sterben?
Der Wolkenball mit uns strebt immer höyer.
Die dünne Luft lähmt heute schon die Hände.
Und wenn die Stimme bricht und unser Atem steht?

Bleibt die Verwunschenheit für letzte Augenblicke?

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Dépressions (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Dépressions

Naguère j’étais vivant la nuit
Animé par des milliers d’images.
Désormais je suis un fou au sac vide
Et cours pour attraper les vents.

Jour effroyable irrité contre moi
Et nuit mortellement triste.
Bientôt la neige tombera en mort silencieuse,
Alors pour toujours je deviendrai muet.

***

Depressionen

Einst war ich lebendig zur Nacht.
Von tausend Bildern bewegt.
Jetzt bin ich ein Narr mit leerem Sack
Und laufe die Winde zu fangen.

Schauriger Tag, der mir zürnt
Und tödlich traurige Nacht.
Bald fällt der Schnee mit stillem Tod,
Dann werde ich auf immer verstummen

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Profession de foi (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
Profession de foi

Je ne peux vivre sans ressentir la présence toujours
D’une étincelle de feu clair.
Mon coeur préfère errer éternellement
Que se rafraîchir dans le courant du jour.

Je cherche l’amour aux ultimes confins
Et brûle de me dissoudre enfin,
Quand bien même tous les appuis me lâchent,
Me jouant aux mains du Malin.

Je me tiens rayonnante devant les plus profonds abîmes,
afin de connaître leur sens ultime
Et il m’est permis aux heures magiques
D’aller à l’origine, au fond des énigmes.

***

Bekenntnis

Ich kann nicht leben ohne einen Funken
Von hellem Feuer stets zu fühlen.
Mein Herz wird lieber ewig wandern,
Als sich im Strom des Tages kühlen.

Ich suche Liebe an den letzten Grenzen
Und gliihe mich einmal zu lösen,
Selbst wenn mich aile Pfeiler lassen,
Mich spielend in die Hand des Bösen.

Ich stehe strahlend vor den tiefsten Gründen,
Um ihren letzten Sinn zu sehen
Und darf in zauberhaften Stunden
Bis an der Rätsel Urgrund gehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Attraper ce qui fuit (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Illustration
    
Attraper ce qui fuit

Ombre et soleil
soleil et ombre
ombre et soleil
un vrai défilé de nuages blancs
depuis ce matin.

J’ai noté ça pour un poème
et le grand chêne d’à côté
les lignes droites des avions
les hirondelles en vol plané.

Et j’ai pensé que j’étais là
allongé sur l’herbe très verte
après le déjeuner
toujours vivant
toujours vivant.

J’ai eu envie de je ne sais quoi
sauf fermer les yeux
me rappeler cette phrase
autrefois de passage entre nous :
«Attraper ce qui fuit ».

Je me souviens nous regardions
le va-et-vient des mésanges bleues
qui chaque année
comme aujourd’hui
dans leur petit nichoir
– toujours intact si tu savais -—
recommencent tout
recommencent tout.

(François de Cornière)

 

Recueil: Anthologie Pour avoir vu un soir la beauté passer
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LUNE ET MER (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2019



Illustration: Oscar Bento
    
LUNE ET MER
Pour Oscar Bento

Virginale

comme si jamais un homme
n’y avait laissé ses traces:
la lune
qui reflète sa beauté
dans le miroir bleu azur de la mer,
en apparence immaculée,
non souillée pour toujours
de déchets et d’ordures
voracité des hommes.

***

MOON AND SEA
for Oscar Bento

Virginal
as if no human
ever set foot on it:
the moon
reflecting her beauty
in the azure mirror of the sea
which apparently seems uninfected,
not irrevocably contaminated
with garbage and waste,
the voracity of people.

***

LUA E MAR
para Oscar Bento

Virginal
como se jamais um homem
a tivesse pisado:
a lua
reflectindo a sua beleza
no espelho azul do mar
aparentemente tão limpo
mas tão irremediavelmente contaminado
pela imundice e os despojos
da voracidade dos homens.

***

Lună și mare
pentru Oscar Bento
Neprihănită
neatinsă parcă
de-a omului amprentă:
luna.
Inaccesibila-i splendoare se-oglindește
în aparent la fel de pura
mare,
ce adună-n pântec
omeneștile deșeuri,
ale deșartei lăcomii.

***

LUNA Y MAR
a Oscar Bento

Virginal
como si nunca un hombre
hubiese puesto el pie sobre ella:
la luna
reflejando su belleza
en el espejo azul del mar
aparentemente tan pulcro
pero irrevocablemente contaminado
con la basura y los desechos
por la voracidad de los hombres.

***

LA LUNA E IL MARE
per Oscar Bento

Vergine
come se nessun essere umano
vi avesse mai messo piede:
la luna
specchia la sua bellezza
nello specchio azzurro del mare
che all’apparenza sembra non contagiato,
né irreversibilmente contaminato
di spazzatura e rifiuti,
la voracità dell’uomo.

***

MAAN EN ZEE
voor Oscar Bento

Maagdelijk
alsof er nooit een mens
zijn sporen nagelaten heeft:
de maan
die haar schoonheid reflecteert
in de azuurblauwe spiegel van de zee
die ogenschijnlijk onbezoedeld lijkt
niet onherroepelijk besmet
met afval en vuilnis,
de vraatzucht der mensen.

***

Mond und Meer
für Oscar Bento

Unberührt
als hätte noch nie ein Mensch
seine Spuren hinterlassen:
Der Mond
der seine Schönheit betrachtet
im azurblauen Spiegel des Meeres,
das unverseucht scheint,
nicht unumkehrbar verunreinigt
mit Abfall und Müll,
durch die Gier der Menschen.

***

Луна в апреле (Оскар Бенто)_

Луна и море
Оскару Бенто
Девственна,
словно никто никогда
не оставлял там следов,
Луна
созерцает свою красоту
в зеркале моря лазурном,
что кажется незамутненным,
не превращенном в урну
для мусора и отходов
алчности человека

***

***

***

ΘΑΛΑΣΣΑ ΚΑΙ ΦΕΓΓΑΡΙ
Παρθένα

σαν να μην πατήθηκε
ποτέ από ανθρώπους:
το φεγγάρι
αντανακλά την ομορφιά του
στο γαλανό καθρέφτη του νερού
που δεν επηρεάζεται
κι ούτε μολύνεται
σκουπίδια και απόρρητα,
κι η απληστία του ανθρώπου

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 599
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Anglais Germain Droogenbroodt / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Néerlandais / Allemand / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Tadjik Rahim Karim / Chinois Zhou Dao Mo / Grec Manolis Aligizakis / Hébreu Dorit Wiseman
Editions: POINT

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Désires-tu toujours (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2019



    

Désires-tu toujours
Vérité Bien et Beauté,
Lorsque tu me vois
Tenir à la main ces fleurs
Du rouge le plus écarlate ?

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Tournent les violons (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Tournent les violons

Grande fête au château il y a bien longtemps
Les belles et les beaux, nobliaux, noble sang
De tout le royaume on est venu dansant

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Grande fête aux rameaux et Manon a seize ans
Servante en ce château comme sa mère avant
Elle porte les plateaux lourds à ses mains d’enfant

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Le bel uniforme, oh le beau lieutenant
Différent des hommes d’ici blond et grand
Le sourire éclatant d’un prince charmant

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Redoublent la fête et les rires et les danses
Manon s’émerveille en remplissant les panses
Le bruit, les lumières, c’est lui qui s’avance

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

En prenant son verre auprès d’elle il se penche
Lui glisse à l’oreille en lui frôlant la hanche
« Tu es bien jolie » dans un divin sourire

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Passent les années dures et grises à servir
Une vie de peine et si peu de plaisir
Mais ce trouble là brûle en ses souvenirs

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Elle y pense encore et encore et toujours
Les violons, le décor, et ses mots de velours
Son parfum, ses dents blanches, les moindres détails

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

En prenant son verre auprès d’elle il se penche
Lui glisse à l’oreille en lui frôlant la hanche
Juste quatre mots, le trouble d’une vie
Juste quatre mots qu’aussitôt il oublie

Tournent les vies oh tournent et s’en vont
Tournent les violons

Elle y pense encore et encore et toujours

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Aimé Venel

 

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