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Poésie

Posts Tagged ‘penseur’

CHOSES (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



CHOSES

Il y a pour m’étonner et me convaincre cette lampe sûre
de sa clarté double, ce buste de penseur aux tempes
irritées de signes, ce miroir qui n’épuise pas sa multiple aventure.

Irradiation des choses !

L’envers et l’endroit se trahissent en croisant leurs feux :
ce verre d’eau me parle avec les mots de la source,
cette main nervurée m’explique le marbre.

… Puis il y a ce couteau planté dans l’écorce de la nuit.

(Jules Tordjman)

Illustration: Ben Madeska

 

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Le langage est la demeure de l’être (Heidegger)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Illustration: Martin Heidegger

    
Le langage est la demeure de l’être.
Dans sa maison habite l’homme.
Les penseurs et les poètes
sont les gardiens de cette maison.

(Heidegger)

 

Recueil: Lettre sur l’humanisme
Traduction:
Editions:

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LE POÈTE PAYSAN (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Louis-Philippe Kamm
    
LE POÈTE PAYSAN

Il aimait le ruisseau chanteur
Le coup d’aile de l’hirondelle
Le sol vêtu de pâquerettes
La robe pommelée du ciel
Pour lui l’orage fracasseur
Était la voix même de Dieu
Où se dressait le roc du soir
Il voyait Moïse et sa verge
Tout ce qu’embrassait son regard
Jusqu’aux insectes des fougères
Créatures du Tout-Puissant
Il l’aimait pour l’amour de Lui
Homme à respecter le silence
Dans les affaires de la vie
Penseur dès son adolescence
Paysan de par ses soucis
Et poète pour sa joie grande.

***

THE PEASANT POET

He loved the brook’s soft sound
The swallow swimming by
He loved the daisy-covered ground
The cloud-bedapled sky
To him the dismal storm appeared
The very voice of God
And when the evening rock was reared
Stood Moses with his rod
And everything his eyes surveyed
The insects i’ the brake
Were creatures God Almighty made
He loved them for his sake —
A silent man in life’s affairs
A thinker from a boy
A peasant in his daily cares
A poet in his joy.

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Esthétique (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



 

 

Illustration: Franz Skarbina
    
Esthétique

Je fais la cour à ma Destinée ;
Et demande:  » Est-ce pour cette année ?  »

Je la prends par la douceur, en Sage,
Tout aux arts, au bon coeur, aux voyages….

Et vais m’arlequinant des défroques
Des plus grands penseurs de chaque époque….

Et saigne ! en jurant que je me blinde
Des rites végétatifs de l’Inde…..

Et suis digne, allez, d’un mausolée
En pleine future Galilée !

De la meilleure grâce du monde,
Donc, j’attends que l’Amour me réponde….

Ah ! tu sais que Nul ne se dérange,
Et que, ma foi, vouloir faire l’ange….

Je ferai l’ange ! Oh ! va, Destinée,
Ta nuit ne m’irait pas chiffonnée !

Passe ! et grâce pour ma jobardise….
Mais, du moins, laisse que je te dise,

Nos livres bons, entends-tu, nos livres
Seuls, te font ces yeux fous de Survivre

Qui vers ta Matrice après déchaînent
Les héros du viol et du sans-gêne.

Adieu. Noble et lent, vais me remettre
A la culture des Belles-Lettres.

(Jules Laforgue)

 

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Je voudrais pas crever (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Illustration: Martin Matje
    

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

(Boris Vian)

 

Recueil: Je voudrais pas crever
Traduction:
Editions:

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VERS DORES (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




VERS DORES

Homme libre penseur ! – te crois-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant…
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
« Tout est sensible » ; Et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :
A la matière même un verbe est attaché…
Ne la fais pas servir à quelque usage impie.

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.

(Gérard de Nerval)

Illustration: Auguste Rodin

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LA CHAIR CHAUDE DES MOTS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LA CHAIR CHAUDE DES MOTS

Prends ces mots dans tes mains et sens leurs pieds agiles
Et sens leur coeur qui bat comme celui d’un chien
Caresse donc leur poil pour qu’ils restent tranquilles
Mets-les sur tes genoux pour qu’ils ne disent rien

Une niche de sons devenus inutiles
Abrite des rongeurs l’ordre académicien
Rustiques on les dit mais les mots sont fragiles
Et leur mort bien souvent de trop s’essouffler vient

Alors on les dispose en de grands cimetières
Que les esprits fripons nomment des dictionnaires
Et les penseurs chagrins des alphadécédets

Mais à quoi bon pleurer sur des faits si primaires
Si simples éloquents connus élémentaires
Prends ces mots dans tes mains et vois comme ils sont faits

(Raymond Queneau)

 

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Nous voguerons (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Nous voguerons tous les jours glissants et toutes les nuits
Et si le monde part en fumée je veux être dans le même nuage la même perpétuité que toi
L’idée je la vole au penseur exquis de l’Encyclopédie
si jamais l’univers explose nous ferons un seul cumulus avec notre poussière ensemble
C’est une histoire d’atomes crochus à la folie
Nous voguerons tous les jours glissants et toutes les nuits

(Valérie Rouzeau)

 

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Il faudrait une caresse (Jean d’Herbenoire)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Emil Nolde

    
Ainsi, pour mon front penseur

Il faudrait une caresse
Reposante de tendresse
Et de très chaste douceur…
Le baiser pur d’une sœur
Dans celui d’une maîtresse :
Baiser rude et possesseur.
Timide et verseur d’ivresse…

Ne vouloir que le calme pur et refuser
L’étreinte du désir… vénérer ce qu’on aime !
Être l’ami sincère et le poète blême
Que grise une parole et que tue un baiser !

Mes lèvres ont besoin d’aimer un coin de chair !

(Jean d’Herbenoire)

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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LION SOLITAIRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



 

LION SOLITAIRE

La ménagerie n’a qu’un seul lion
le village est plein de chiens, chats errants
de végétaux blêmis
un caillou a roulé
l’araignée tisse
heureusement une femme redresse
la lampe renversée.
Dieu ne peut voir
que beauté dans ses créatures
insectes ou fauves
herbes ou pierres
décrète le penseur du lieu.

(Jean Follain)

 

 

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