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Poésie

Posts Tagged ‘planer’

LARGO (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



LARGO

La musique sonorisait chaque atome…
L’amour de toi, d’un autre monde,
L’amour…
Une douleur sans nom
Planait
Sur l’homme.
Tous songeaient à leur vie,
A leur disparition.

La musique sentimentalisait,
Lassante infiniment,
L’amour de toi, d’un autre monde,
L’amour…
La musique sonorisait chaque atome.

(George Bacovia)

 

 

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Quelquefois la forêt (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



 

    

Quelquefois la forêt,
comme un corps fragile,
te demande d’ouvrir
en grand ta fenêtre,

tu obéis, avec la
complicité du jardin,
tu lui dis d’approcher,
qu’elle peut compter

sur ta joie où vibrent
encore des oiseaux que
l’âge n’a pas obscurcis

et qui planent dans
ta mémoire comme
les grandes mains
d’un crépuscule
sans blessures.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les joies (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


Volant autour de la source,
La changeante libellule
M’éjouit depuis longtemps :
Tantôt sombre et tantôt claire,
Comme le caméléon.

Tantôt rouge et tantôt bleue,
Tantôt bleue et tantôt verte.
Oh! Si je pouvais, du moins,
Voir de tout près ses couleurs!

Elle bourdonne et plane et point ne cesse!
Mais, chut! Au tronc du saule elle se pose.
Ah! Je la tiens! Ah! Je la tiens! Sur l’heure,
Je l’examine avec précision,
Et je ne vois que du bleu triste et sombre …

Voilà ton lot, ô l’analyste de tes Joies!

***

Die Freuden

Es flattert um die Quelle
Die wechselnde Libelle,
Mich freut sie lange schon;
Bald dunkel und bald helle,
Wie dern Chamäleon;

Bald rot, bald blau.
Bald blau, bald grün.
O dass ich in der Nähe
Doch ihre Farben sähe!

Sie schwirrt und schwebet, rastet nie!
Doch still, sie setzt sich an die Weiden.
Da hab ich sie! Da hab ich sie!
Und nun betracht ich ihn genau,
Und seh ein traurig dunkles Blau.

So geht es dir, Zergliedrer deiner Freuden!

(Goethe)

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INVOCATION (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
INVOCATION

Un poème s’approche,
un poème m’entoure,
le poème s’annonce,
le poème plane
au-dessus des brumes
et ondoie, esprit
que je veux voir s’incarner.
Que mon corps soit en sueur,
que des serpents mordent mon sein,
que mes yeux soient aveugles, sourdes mes oreilles,
tremblantes mes mains,
ma bouche asséchée, ma matrice arrachée,
mon ventre balafré, mon dos flagellé,
ma langue coupée en longes de cuir,
mes seins transpercés par la grêle,
ma tête tranchée,

si seulement les lèvres pouvaient parler,
et le dieu, venir.

***

INVOCATION

There is a poem on the way,
there is a poem all round me,
the poem is in the near future,
the poem is in the upper air
above the foggy atmosphere
it hovers, a spirit
that I would make incarnate.
Let my body sweat
let snakes torment my breast
my eyes be blind, ears deaf, bands distraught
mouth parched, uterus cul out,
belly slashed, back lashed,
tongue slivered into thongs of leather
rain stones inserted in my breasts,
head severed,

if only the lips may speak,
if only the god will corne.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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L’INSTANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




L’INSTANT

Jamais, jamais plus
Cet instant, jamais
Ces lentes rides
A travers l’eau lisse,
Et jamais plus ces
Nuages blancs et gris
Dans le ciel cristallin vif
Bleu comme le cri du sterne,
Strident parmi l’air léger,
Salé par l’océan,
Adouci par les fleurs.

Ici coïncident
Les longues histoires
Des formes récurrentes
Qui se touchent en un point
Et se quittent dans l’instant,
Les vagues rapides
Du vent et de l’eau,
Le rythme plus lent
De l’usure des roches,
De l’enfoncement des terres.

Dans les lacs fertiles
Le cycle de vie
Des algues brunes
Entrecroise
Les fréquences
Des divers coquillages
Chacun avec son arc
Sa spirale singulière
Filée à partir d’un point
En ton et demi-ton
D’une octave formelle.

Ici viennent planer
Les mouettes blanches
Qui lentement tournent
Au-dessus des îles
OEillets de mer et herbe salée,
Eider et fou de Bassan,
Courlis et cormoran,
Chacun a son mode .
Personnel d’extase
Nouée dans le dessin,
Le courant incessant
De l’espèce perpétuelle,
Répétée, renouvelée
Par le vouloir de la joie
Dans des oeufs mis à l’abri
De corniches escarpées.

Le soleil qui se lève
Sur une terre, se couche
Sur une autre.
Rapidement les fleurs
Croissent et se flétrissent,
Le grand iris jaune
Déploie sa corolle
Quand les primevères se fanent,
Les volutes des fougères
Se déroulent, les moucherons
Dansent le temps d’une heure
Dans l’air du soir,
La phalène brune émerge
De sa chrysalide
Et les os de l’alouette
Tombent épars dans l’herbe.

Le soleil qui s’est levé
De la mer ce matin
Ne reviendra jamais,
Car la lumière diffuse
Qui fait briller les feuilles
Et miroite sur l’eau
Poursuivra cette nuit
Son très long voyage
Hors de l’univers.
Jamais plus ce soleil,
Ce monde, jamais plus
Cet unique témoin.

***

THE MOMENT

Never, never again
This moment, never
These slow ripples
Across smooth water,
Never again these
Clouds white and grey
In sky sharp crystalline
Blue as the tern’s cry
Shrill in light air
Salt from the ocean,
Sweet from flowers.

Here coincide
The long histories
Of forms recurrent
That meet at a point
And part in a moment,
The rapid waves
Of wind and water
And slower rhythm
Of rock weathering
And land sinking.

In teeming pools
The life cycle
Of brown weed
Is intersecting
The frequencies
Of diverse shells
Each with its variant
Arc or spiral
Spun from a point
In tone and semitone
Of formal octave.

Here come soaring
White gulls
Leisurely wheeling
In air over islands
Sea pinks and salt grass,
Gannet and eider,
Curlew and cormorant
Each a differing
Pattern of ecstasy
Recurring at nodes
In an on-flowing current,
The perpetual species,
Repeated, renewed
By the will of joy
In eggs lodged safe
On perilous ledges.

The sun that rises
Upon one earth
Sets on another.
Swiftly the flowers
Are waxing and waning,
The tall yellow iris
Unfolds its corolla
As primroses wither,
Scrolls of fern
Unroll and midges
Dance for an hour
In the evening air,
The brown moth
From its pupa emerges
And the lark’s bones
Fall apart in the grass.

The sun that rose
From the sea this morning
Will never return,
For the broadcast light
That brightens the leaves
And glances on water
Will travel tonight
On its long journey
Out of the universe,
Never this sun,
This world, and never
Again this watcher.

(Kathleen Raine)

Illustration: Andrew Judd

 

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La raison la moins claire (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018




Illustration
    
La raison la moins claire

Je voyais des beautés qui planaient imprenables
sur les plages léchées où les algues séchaient
Des seins qui soulevaient leur forme sur le sable
des jambes tourmentées quand le foehn rôdait

M’éblouissaient l’éclair de neige des aisselles
M’éblouissait leur pente douce vers la mer
L’horizon s’arrêtait sur des courbes de sel
Deux framboises gonflaient transpercées de lumière

Des jambes se lovaient jusqu’à l’humble repaire

Il manquait à l’amour
sa raison la moins claire.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le coeur au bord des lèvres (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018



    

Le coeur au bord des lèvres
les lèvres au bord tendre du néant
le néant près du cercueil
par un beau jour d’enterrement

ah fanaison tragique
des plus lointaines choses
au bas du jour s’écoule un fleuve
dont aucun pont ne bêle plus

temps amours
la vie s’élève et la mort plane
le sein pavane et puis se fane

les joyeux parlent comme des ânes
les tristes se trompent tout le temps.
Tout le temps

(Jean Pérol)

 

Recueil: À part et passager
Traduction:
Editions: De la Différence

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LA DOUBLE MÉPRISE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



LA DOUBLE MÉPRISE

Cloaque partout,
et la vie c’est donc: patauger, disait Elvire.
Quand elle leva pour la première fois le regard vers les étoiles : merveilles partout,
et la vie c’est donc planer, disait Elvire.
Mais non, mais non, Elvire, tu te trompes encore.

(Norge)

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Un jour au mont Atlas (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

Giovanni Francesco Barbieri     Atlas

Un jour au mont Atlas

Un jour au mont Atlas les collines jalouses
Dirent : – Vois nos prés verts, vois nos fraîches pelouses
Où vient la jeune fille, errante en liberté,
Chanter, rire, et rêver après qu’elle a chanté ;
Nos pieds que l’océan baise en grondant à peine,
Le sauvage océan ! notre tête sereine,
A qui l’été de flamme et la rosée en pleurs
Font tant épanouir de couronnes de fleurs !

Mais toi, géant ! – d’où vient que sur ta tête chauve
Planent incessamment des aigles à l’oeil fauve ?
Qui donc, comme une branche où l’oiseau fait son nid,
Courbe ta large épaule et ton dos de granit ?
Pourquoi dans tes flancs noirs tant d’abîmes pleins d’ombre ?
Quel orage éternel te bat d’un éclair sombre ?
Qui t’a mis tant de neige et de rides au front ?
Et ce front, où jamais printemps ne souriront,
Qui donc le courbe ainsi ? quelle sueur l’inonde ?… –

Atlas leur répondit : – C’est que je porte un monde.

(Victor Hugo)

Illustration: Giovanni Francesco Barbieri

 

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Ainsi pleurent les dieux… (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2018




Diane à travers les branches
Guette la venue d’Endymion,
Endymion qui jamais ne vient,
Endymion, Endymion,
Dans la forêt lointain…

Et une voix esseulée plane
Appelant de cris au travers des branches
Endymion, Endymion…

Ainsi pleurent les dieux…

(Fernando Pessoa)

Illustration: Louis-Jean-François Lagrenée

 

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