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Poésie

Posts Tagged ‘ramper’

SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Jean-Jacques Henner
    
SONNET

J’ai peur de la femme qui dort
Sur le canapé, sous la lampe.
On dirait un serpent qui mord,
Un serpent bien luisant qui rampe.

Je ne suis pas un homme fort,
Mais ce soir le sang bat ma tempe.
L’amour va bien avec la mort;
Mon poignard, essayons ta trempe.

Arrêtons son rêve menteur.
Nulle langueur, nulle senteur,
Acier, n’empêchera ton oeuvre.

Ô lâcheté! le lendemain
J’aspirais l’odeur de jasmin
De ma triomphante couleuvre!

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard
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Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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Dans ton nom est le sans-mesure (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Dans ton nom est le sans-mesure,
Et la rousse pénombre de tes yeux
Cache une infidélité de serpent
Et tout une nuit d’orageuses légendes…

Entre en rampant tel un serpent qui rampe,
Assourdis-moi par un sourd minuit,
Torture-moi de tes lèvres langoureuses,
De ta natte noire étrangle-moi !

(Alexandre Blok)

Illustration: Cesar Santos

 

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Encore? (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Encore?

Dis-moi que tout n’est pas fini de mon enfance
que je n’ai pas épuisé les jeux,
ceux où l’on rampe,
ceux où l’eau coule dans la poussière,
que je rirai de nouveau dans un tablier blanc.

Dis-moi que mon âme sera tendre
et que de belles mains inconnues doucement
la couvriront de fleurs
qu’on cherchera encore mon âme
dans mes yeux levés vers le ciel.

Qui sera là tout près de moi ?
quelle voix tranquille assurera
la musique en mon coeur ?

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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LÉNA (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



 

ALEXANDER ANUFRIEV  (4)

LÉNA

Je pense à toi
et ton image bâtit autour de moi une forteresse à tel point
inébranlable
que ni le bélier des nuages
ni la poix molle de la pluie
ne peuvent rien
ô ma citerne de silence
contre le mur percé d’étoiles dont tu m’as circonscrit

Les chiens rampent et les gens
jouent des coudes ou poussent des cris
Le manège sans orgue ni flonflons du monde
tourne
avec son auréole d’yeux d’enfants
jeu de bagues des Paradis

Je rêve en toi
ma citadelle sans fossés ni pont-levis
sans murs sans tours sans pierres ni mâchicoulis

Je m’endors en buvant le vin très dense de ton ombre
qui couvre de son architecture sans autre poids que celui qui
se compte aux balances d’obscurité et de lumière
us les monts et tous les champs
toutes les vignes et tous les pays

Jadis
ma bouche narguait le beau temps
alors que mes regards ne redoutaient rien tant
que l’ouragan de l’univers
Ignorant si j’étais une bête
un arbre
un homme
des vents absurdes me drossaient
mes bras en tous sens battaient l’air
et mon destin tombait comme tombent des pommes

Mais aujourd’hui
ô toi si pâle
parce que tu es mon ciel et le double miroir qui multiplie les
murs et verse l’infini dans ma prison
j’écoute le sifflet des nuages
je ne crains plus rien ni personne
je parle aux neiges de l’hiver

(Michel Leiris)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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La petite lampe (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017



 

Remedios Varo Uranga 280 [1280x768]

La petite lampe

J’allume à ma fenêtre une petite lampe,
une petite lampe bleue comme mon coeur
afin que tous les mots qui traînent dans la nuit
– les mots perdus, les mots blessés,
les mots ivres de clair de lune,
les mots amoureux de la brume,
les bons mots, les mauvais mots,
les petits et les gros mots,
les mots qui volent, qui rampent,
les mots qui luisent,
les mots qui chantent,
les obscurs,
les délaissés –
afin que tous les mots de la nuit
sachent qu’il y a ici, au bord du ciel,
la maison d’un poète
qui est prêt à les accueillir
pour les bercer, les réchauffer,
les serrer contre son cœur.

(Jean Joubert)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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On ne badine pas avec l’amour ! (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: René Julien
    
On ne badine pas avec l’amour !

Tous les hommes sont menteurs,
Inconstants, faux, bavards,
Hypocrites, orgueilleux, lâches,
Méprisables et sensuels.

Toutes les femmes sont perfides,
Artificieuses, vaniteuses,
Curieuses et dépravées.

Le monde n’est qu’un égout sans fond
Où les phoques les plus informes
Rampent et se tordent
Sur des montagnes de fange.

Mais il y a au monde,
Une chose sainte et sublime :
C’est l’union de deux de ces êtres,
Si imparfaits et si laids…

On est souvent trompé en amour,
Souvent blessé
Et souvent malheureux.

Mais au bord de la tombe,
on se retourne
Pour regarder en arrière
Et on se dit :

« J’ai souffert souvent,
Je me suis trompé quelquefois
Mais j’ai aimé.
C’est moi qui ai vécu

Et non un être factice
Créé par mon orgueil et mon ennui. »

(Alfred de Musset)

 

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LA MORT EST HAUTE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    
    

Illustration: Albert Marquet   

LA MORT EST HAUTE

La mort est haute,
là où se trouve ce qu’on exalte.
Je le sais, d’avoir perdu le souffle jusqu’à être
emporté sur une étoile à cinq branches.

J’étais exalté
mais guère à mon aise dans cet espace.
Sous moi respirant ton visage
criait Reviens, Reviens.

Reviens, appelais-tu en dormant.
Et en arrière je rampais désespérément
résistant à la chute ascendante.

Il n’était pas facile de courir à quatre pattes
contre ces torrents sans fin de lumière,
tous inclinés dans le même sens,

et seule ta voix criait : Reste !

Mais était grand mon désir
d’être réconforté, réchauffé
une fois de plus par ta forme endormie,
d’être, un instant, pas plus haut
que tu n’étais,
petite chambre, ardent amour, humble étoile !

***

DEATH IS HIGH

Death is high;
it is where the exalted things are.
I know, for breathlessness took me
to a five-pointed star.

I was exalted
but not at ease in that space.
Beneath me your breathing face
cried out, Return, Return.

Return, you called while you slept.
And desperately back I crept
against the ascending fall.

It was not easy to crawl
against those unending torrents of light,
all bending one way,

and only your voice calling, Stay!

But my longing was great
to be comforted and warmed
once more by your sleeping form,
to be, for a while, no higher
than where you are,
little room, warm love, humble star!

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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L’ange de verre est descendu Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



L’ange de verre est descendu, l’oiseau
géant, la sentinelle des brouillards,
et le sommeil d’amour en fut voilé,
l’ombre de l’aile troublant l’eau
des seins légers sur le sable entrouvert.

Insaisissable cri sur une bouche où rage
la tempête de plumes, et déjà voici l’heure
et la rosée pesante où se séparent
jour et nuit, chair et cristal.

Un soleil bleu s’accroît. L’ange de verre
emplit les chambres nues, griffes serrées
sur les épaules des amants qui se délient.

Dans le jardin, rampe sur les terrasses,
comme un grand félin noir, échevelé,
l’odeur très pourrissante de l’automne.

(Jean Joubert)

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OMBRES (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



 

Feuille-coquillage

OMBRES

Ombre blonde
Sur la rivière du jour
Ombre mauve
A l’envers des feuilles
Ombre de nacre
Sur le bord du coquillage
Ombre jaune
Des nuages qui masquent le soleil
Dans l’herbe bleue
Un arbre vert rampe
Dont l’ombre s’allonge
Dans la caresse des parfums.

(Jean-Baptiste Besnard)

Découvert sur son site ici

Illustration

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