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Poésie

Posts Tagged ‘ramper’

IZMIR À TROIS HEURES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



IZMIR À TROIS HEURES

Peu avant la prochaine rue déserte
deux mendiants, dont l’un n’a plus de jambes –
et que l’autre porte de-ci de-là sur le dos.

Ils s’arrêtent – comme sur une route à minuit un animal
ébloui fixe les phares d’une voiture –
un instant puis continuent leur chemin

aussi vite que les écoliers d’une cour de récréation
et traversent la rue pendant qu’une myriade
d’horloges torrides tictaque dans l’espace de midi.

Du bleu qui passe sur la rade en glissades incandescentes.
Du noir qui rampe puis s’estompe, oeil hagard dans le roc.
Du blanc qui souffle en tempête dans le regard.

Lorsque les sabots ont piétiné trois heures
l’obscurité cognait aux parois de lumière.
La ville rampait aux portes de la mer

et scintillait dans la lunette du vautour.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

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La Crise est un Cheveu (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



La Crise est un Cheveu
Vers quoi les forces rampent
Après quoi – les forces reculent
Si elle advient dans le sommeil

Suspendre son Souffle
Est le mieux qu’on puisse faire
Ne sachant si c’est la Vie ou la Mort
Qui sont en subtil suspens –

La poussée d’un instant
La pression d’un Atome
L’hésitation d’un Cercle
Sur sa Circonférence

Peut faire trembler la Main
Ajustant le Cheveu
Qui empêche l’Éternité
De se présenter – Ici –

***

Crisis is a Hair
Toward which forces creep
Past which – forces retrograde
If it come in sleep

To suspend the Breath
Is the most we can
Ignorant is it Life or Death
Nicely balancing –

Let an instant push
Or an Atom press
Or a Circle hesitate
In Circumference

It may jolt the Hand
That adjusts the Hair
That secures Eternity
From presenting? Here –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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Ils étaient six dans la cave (René Druart)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



guerre [800x600]

Ils étaient six dans la cave.
On sait qu’ils y sont encore.
Mais où est la cave ?

***

Tronçonné par les obus,
Le blanc serpent de la route
Rampe sur une nouvelle piste.

***

Sur l’écoutille d’une péniche
Sombrée dans le petit port,
Un pinson chante.

***

Dans les arbres fracassés
Miracle!
Un alléluia d’oiseaux!

(René Druart)

 

 

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NI L’UN NI L’AUTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
NI L’UN NI L’AUTRE

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses meilleurs amis.

La nuit par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange,
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n’est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n’en point parler ici !

(Jean Tardieu)

 

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Passons (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

Bill Viola    e

Passons

Je vois des crampes
des frères qui rampent
des théories
désossées.
Des rivières sans fond
des ciels sans poissons
il est tard
passons…

Je vois des rétines
des sourcils pleins d’épines
des serments passagers.
Des armées de sans noms
qui réclament les bas-fonds
comme laisser-
passer
passons…

Passons sur les champs qui s’agitent
tapis sans-gêne addicts
aux réformes intrinsèques
aux conflits entre insectes.
Clients ?
Fidèles ?
Qui sait… ?

Je vois des mendiants
nus
sur le sol pétrifié.
Comme l’écran se vide
je vais l’imiter.

Passons sur le fond
des images sans son
me suffisent
pour rêver.

(Balbino)

Illustration: Bill Viola

 

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LE JARDIN PERDU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Marc Chagall  Adam et Eve chassés du Paradis     l

LE JARDIN PERDU

Avant, c’était l’Éden…
Des territoires arrachés par
l’Éternel aux ténèbres.
Des vallées à l’abri d’un ciel,
tantôt bleu soleil, tantôt d’ébène
semé d’étoiles. C’étaient des
terres fécondes d’où germaient
toutes nourritures. Des sols
sillonnés par tout ce qui rampe,
marche, court ou vole. Des
plaines peuplées de bêtes amies.

Adam passa son bras autour
des épaules de sa compagne,
elle se serra contre ses flancs.
Ils se remirent en marche.

(Andrée Chedid)

Illustration: Marc Chagall

 

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La souris d’église (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
La souris d’église

Une souris affamée allait droit devant elle au bord du caniveau.
Au lieu de fromage, on mit une église sur son chemin.
Elle y entra non par humilité, mais par hasard.
Elle fit tout ce qu’il fallait: elle rampa jusqu’à la croix,
s’inclina devant les autels, dormit sur un banc.
Nul grain de manne ne lui tomba du ciel.
Dieu s’occupait alors de calmer les océans.

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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LE PRÉ D’AMOUR (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
LE PRÉ D’AMOUR

Lorsque Gros-Jean se maria,
Londerira,
Avec la coquette Toinette,
En dot son père lui donna
Un pré tout blanc de pâquerettes.

Or, la Toinette le trompa,
Londerira,
Un beau soir sous les talles d’aunes
Et, par le pré, soudain leva
Un carré de boutons d’or jaunes.

Quand Gros Jean s’aperçut de ça,
Londerira,
Tua le galant et l’amante
Et, par tout le pré, ce jour-là
Fleurirent des roses sanglantes.

Maintenant oublis et frimas,
Londerira,
Ont fané les fleurs illusoires
Et, dans le pré, sur le verglas,
Rampent de grandes ronces noires.

(Gaston Couté)

 

 

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Et nous, les deux fois nés d’aujourd’hui (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Les murs ne tombent pas
[14]

Et nous, les deux fois nés d’aujourd’hui,
avons pourtant nos mauvais moments quand

traînant la vaine
bogue du moi derrière nous,

nous sommes obligés d’avouer
malaise et embarras ;

nous tirons sur cette coquille morte,
luttons mais il nous faut attendre

que le nouveau Soleil sèche
les humeurs de l’ancien corps ;

maladroits, nous traînons cette vieille
volonté, vieille volition, vieille habitude

partout avec nous ;
nous sommes ces gens,

nostalgiques, entêtés, ironiques,
qui ne veulent rien savoir

de la reconstruction d’un monde neuf,
dans la confédération du travail,

des questions de pratique en art
et du catalogage des utilités :

ô, ne regardez pas
dans l’air,

vous qui êtes pris
dans l’amas labyrinthique

de sable déroutant
des efforts de notre temps ;

vous serez, moins effrayés
que paralysés par l’inaction,

et d’ailleurs,
nous n’avons pas rampé bien haut

sur notre brin d’herbe individuel
vers notre étoile individuelle.

***

Yet we, the latter-day twice-born,
have our bad moments when

dragging the forlorn
husk of self after us,

we are forced to confess to
malaise and embarrassment;

we pull at this dead shell,
struggle but we must wait

till the new Sun dries off
the old-body humours;

awkwardly, we drag this stale
old will, old volition, old habit

about with us;
we are these people,

wistful, ironical, wilful,
who have no part in

new-world reconstruction,
in the confederacy of labour,

the practical issues of art
and the cataloguing of utilities:

O, do not look up
into the air,

you who are occupied
in the bewildering

sand-heap maze
of present-day endeavour;

you will be, not so much frightened
as paralysed with inaction,

and anyhow,
we have not crawled so very far

up our individual grass-blade
toward our individual star.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Vladimir Kush

 

 

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Une mouche (Ko Un)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



mouche 2 [800x600]

Une mouche avec une aile perdue
péniblement rampe

un jour encore s’en va

(Ko Un)

Illustration

 

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