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SUR LE LAC DU PARC AUX SENTEURS DE MOUSSE (Egon Schiele)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2021



    

SUR LE LAC DU PARC AUX SENTEURS DE MOUSSE

cerné de noir,
glisse dans une écume irisée
le silencieux cygne haut et rond.

CYGNE BLANC

***

ÜBER DEN MOOSRIECHENDEN

schwarzumrandeten Parksee
gleitet im regenbogenfarbenen Schaum
der hohe ruhige runde Schwan.

WEISSER SCHWAN

(Egon Schiele)

 

Recueil: Moi, éternel enfant
Traduction:Nathalie Miolon
Editions: Comp’act

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Entrechat (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2021



 

chat-tigre  [1280x768]

Entrechat

Longue oreille, des crocs intacts, des vrais ivoires,
Le corps svelte quoique râblu,
Son beau pelage court et gris à barres noires
Lui faisant un maillot velu ;

Des yeux émeraudés, vieil or, mouillant leur flamme
Qui, doux énigmatiquement,
Donnent à son minois le mièvre et le charmant,
D’un joli visage de femme.

Avec cela rôdeur des gouttières, très brave,
Fort et subtil, tel est ce chat,
Pratiquant à loisir le bond et l’entrechat,
Au grenier comme dans la cave.

(Maurice Rollinat)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

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Immense, l’Océan (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2021



 

Immense, l’Océan dessoude mon poème, puis le rameute,
troupeau des mots dans tout le vert des prairies d’eau,
le chante à voix mi-basse et scande soudain les strophes impératives,
puis revient en ses cavernes et murmure l’Océan même aux mille bouches de l’Océan :
un poème qui est rond et se dit à lui-même le poème qu’il est, qui n’est rien.

(Hubert Juin)

 

 

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Cailloux (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Cailloux

J’ai lancé des cailloux
Ronds comme des billes
Pointus comme des poignards
Aux formes étranges
Des cailloux
A retrouver les chemins
Des cailloux
A ricocher sur l’étang

Je les ai lancés au ciel
D’où ils sont retombés
A la mer qui en a fait des galets
Ou du sable
Aux oiseaux dont ils arrachèrent quelques plumes
Au soleil dans son tabernacle de nuages
A la porte de la nuit
Et à la vitrine du jour
A des chiens qui voulaient me mordre
Et à des fantômes qui me menaçaient

(Jean-Baptiste Besnard)

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Quand tu passas sous le pommier (Eugène Savitzkaya)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2020



    

Quand tu passas sous le pommier
ton sein était ferme
ronde et forte ta cuisse
doucement moussu de bouclettes ton ventre
je me souviens d’une rose
profonde écarlate
comme d’une fureur fraîche
je mangeai l’herbe avec
la fleur, est-ce du vol ?

(Eugène Savitzkaya)

 

Recueil: A la cyprine
Traduction:
Editions: Les Editions de Minuit

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A l’unisson mésange et cascade (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2020


 

S’abîmer en toi au plus secret
De soi, au creux de ce qu’on n’avait
Osé dire et espéré. Le monde est là,
Tel qu’il était dans l’enfance, jailli
Du dedans, clair et rond, rond le ciel,
Ronde la terre. Plain-chant le fruit.

A l’unisson mésange et cascade.

(François Cheng)

 

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Martin-pêcheur a plongé(François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2020



Illustration
    
Martin-pêcheur a plongé ; l’eau de l’étang
Propage jusqu’aux bords ses cercles concentriques.
Rond est l’univers, maintenu par le souffle
Circulaire : nul coin perdu, tout rejoint tout.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’inamour est l’enfer sans cieux (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2020




    
l’inamour est l’enfer sans cieux:foyer sans flamme

des ombres connaissables(et qui rattrapent sur l’heure
chacun des riens que tout fantôme sans âme proclame
substance;et toute apparition sans coeur,bonheur)

les amants seuls vêtent la lumière. Vérité pleine

que matière ne recèle;que cerveau ne révèle
(plus que toute mort vivante et que toute vie
mourante) et qui jamais n’a été ni ne sera dite

seulement se chante—et les amants en sont le chant.

Ici(juste ici)est la liberté:toujours ici nul
après d’hiver ne vaut l’à présent printemps;
un jour d’avril transcende une année de novembre

(telle est l’éternité sans jusqu’à
où finir qu’à jamais j’ai deux fois vécu en un sourire)

je porte en moi ton coeur(le gardant tout au fond
de mon cœur)je ne suis jamais sans(aussi loin que
j’aille tu vas,ma chérie;et tout ce que font mes
mains est fait par toi,mon amour)

je ne crains
nul destin(car tu es mon,ma douce)ne désire nul
univers(car vraie tu es le mien,ma belle) et c’est
toi ce qu’une lune a toujours voulu dire c’est toi
ce que toujours chantera un soleil

tel est le grand secret dont pas un ne se doute
(racine de la racine et bouton de la fleur et ciel
du ciel d’un arbre appelé vie;qui pousse plus haut
que l’âme n’espère ou que l’esprit ne voile) et la
merveille qui fait tourner rond les étoiles

je porte en moi ton coeur(tout au fond de mon coeur)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: 95 poèmes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Points

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La première fille (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



La première
fille
que j’ai vue
aussi nue
qu’un jardin
en hiver
son frère
me l’avait
échangée
contre
des billes
au regard
de félins

Je mourais
de méningite
cérébrale
et ne savais
rien
de nos douze
ans
ni du jeu
de marelle
sous les jupes
Elle a dit oui
d’accord
je t’aime bien
tu sais

Puis
ôtant sa robe
à dix sous
je vis
ce qu’il y
avait dessous
Et même
dans ses yeux
ronds
aussi
parfaits
qu’un Parthénon
quand
ma mort s’en alla
entre
ses mains
de petite ménagère
des miracles
du corps

(Werner Lambersy)


Illustration: Sylvia Postel

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On boit parfois la nuit comme un vin (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Illustration: F.A. Moore
    
On boit parfois la nuit comme un vin
Versé dans un grand verre rond

Senteurs boisées

Le silence a du corps

Une épaisseur d’ombre
Chaude
Court dans le sang

L’ivresse a les mains douces

Joie obscure et apaisée
Dormante

Nuit longue en bouche

(Jean-Pierre Siméon)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Numéro 130
Traduction:
Editions: Revue Friches

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