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Poésie

Posts Tagged ‘joyeux’

AMOUR ET SOLITUDE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
AMOUR ET SOLITUDE

Je hais le bruit même de l’homme tracassier
Qui persiste à me faire tout le mal possible
Je voudrais être un prisonnier libre du monde
Sans autre compagnie que celle de mon ombre
Pour voir paraître seul les étoiles filantes
Ces mondes qui se ruent sans cesse au Jugement
Oh menez-moi vers l’ombre la plus solitaire
Au plus rare séjour que jamais fit la paix
Où pousse la renoncule si belle à voir
Verte quand elle est close et qui s’ouvre dans l’or
Adieu la poésie — mais que l’élan demeure
Qu’on m’enlève le monde entier — mais qu’on me laisse
La musique joyeuse d’une voix de femme
Qui convainque le coeur d’être heureux et content

***

LOVE AND SOLITUDE

I hate the very noise of troublous man
Who did and does me all the harm he can
Free from the world I would a prisoner be
And my own shadow all my company
And lonely see the shooting stars appear
Worlds rushing into judgment all the year
Oh lead me onward to the loneliest shade
The dearest place that quiet ever made
Where kingcups grow most beauteous to behold
And shut up green and open into gold
Farewell to poesy — and leave the will
Take all the world away — and leave me still
The mirth and music of a woman’s voice
That bids the heart be happy and rejoice

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Entre la foi et l’incrédulité (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
Entre la foi et l’incrédulité, un souffle,
entre la certitude et la doute, un souffle.
Sois joyeux dans se souffle présent où tu vis,
car la vie elle-même est dans le souffle qui passe.

(Omar Khayam)

 

 

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Jour puis nuit (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



Illustration: Jean-Jacques Grandville
    
C’était une pierre qui se plaignait
d’être à l’écart du chemin
« Où sont les joyeux pèlerins
et leurs bâtons et leurs paniers ?

— Tu exagères, répondait Soeur Verveine
je viens te voir de temps en temps
sur le dos de ma jument
Mon amitié serait-elle vaine?

— Facile à dire pour une amazone
qui sur tout l’Orient rayonne
Si j’en fais vraiment tout un plat
reste donc sept jours avec moi»

Verveine confia sa jument à une jeune cousine
et revint près de la pierre prendre racine

Jour puis nuit
il y eut la rosée du matin
le chant d’un serin
un rideau de pluie

Jour puis nuit
il y eut le ciel imberbe
une étoile qui fuit
la table d’émeraude de l’herbe

Jour puis nuit
le silence s’installa
l’envie de partir partit
Verveine voulut vivre là

Et il arrive assez souvent
qu’un pèlerin quitte le chemin
pour respirer son parfum
et s’asseoir sur la pierre un moment

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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En vous attendant (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    

En vous attendant
j’ai confectionné un bijou d’écume
que je porte à mon front comme un diadème arc-en-ciel
reine dans ma solitude
et pourtant je n’avais pas prévu de
vivre en solo près du rien

Étrange timbre du frigo
note ténue dans le silence
où vos voix joyeuses ne font pas tapage
mais le chant des oiseaux et le prélude
du muezzin à la nuit rendent cette idée moins absurde
vivre en solo près du rien

Je joue mon rôle dans votre univers
et vous dans le mien
Ne m’oubliez pas
A chacun sa complétude
même si vous n’aviez pas prévu de
vivre en solo près du rien

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHANSON DE MARCHE (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
CHANSON DE MARCHE

L’épi mangé grain par grain
par le vent et par les chiens

le coeur pris de saint en saint
par le feu et dans le poing

la nuit chaude sur ton sein
ses deux yeux pareils aux tiens

le passé joyeux qui vient
s’enivrer du premier vin

premier mort mon vert raisin
qui passez de main en main

la fleur folle qui se plaint
de la larve et de l’essaim

et la noire pluie de la fin
qui s’allume et qui s’éteint.

(Jean Cayrol)

 

Recueil: Poèmes de la nuit et du brouillard
Traduction:
Editions: Seuil

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FAÏNA (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Jean Jacques Henner
    
FAÏNA

J’étais confus, j’étais joyeux.
Et ta soie sombre me hantait,
Lorsque ton lourd rideau enfin
S’ouvrit — le théâtre se tut.

D’un feu vivant nous sépara
Le cercle de la rampe clair,
Et la musique a enflammé
Ton visage transfiguré.

De nouveau les chandelles brillent,
Et l’âme est seule, l’âme est aveugle…
Et tes épaules scintillantes,
Et la foule, enivrée de toi…

Tu es l’étoile fuyant le monde,
Au-dessus de la plaine — au loin…
Et la lyre d’argent tressaille
Et frémit dans tes mains tendues…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Dans les journaux (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Dans les journaux

À l’aube elle se leva. Elle bénit ses enfants.
Et les enfants ont rêvé un songe joyeux.
Elle déposa, s’inclinant jusqu’à terre,
Sa toute dernière prosternation.

Kolia ouvrit les yeux. Son soupir de joie
Salua le songe qui bleuissait encore.
Un tintement de verre gronda et s’éteignit:
C’était la porte du bas qui claquait.

Les heures passèrent. Un homme est venu,
Avec, sur son bonnet, un insigne d’étain.
L’homme cognait à la porte, attendait.
Personne n’ouvrait. On jouait à cache-cache.

C’était l’Épiphanie. Il faisait froid et gai.

Ils avaient caché le fichu rouge de maman.
Le matin, elle mettait ce fichu en partant.
Aujourd’hui, elle avait laissé son fichu:
Les enfants s’en allaient le cacher dans les coins.

Le crépuscule affleurait. Les ombres des enfants
Dansaient sur les murs à la lueur des lanternes.
Quelqu’un montait en oomptant les marches,
S’arrêta. Et pleura. Et frappa à la porte.
L’oreille aux aguets ils ouvrirent la porte :

La grosse voisine apportait de la soupe.
Elle dit: «Mangez.» Et puis, comme maman,
Elle se prosterna et bénit les enfants.

Maman ne souffre pas, mes enfants tout roses.
Elle est allée se coucher sur les rails.
À l’excellente femme, à la grosse voisine
Merci, merci. Maman ne pouvait pas…

Elle va bien maintenant. Elle est morte, maman.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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AU VIN (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
AU VIN

Dans son mètre d’airain l’Iliade te nomme
Et t’exalte, noir vin joyeux au cœur de l’homme.

Depuis l’aube des temps tu vas de main en main
Et du rhyton grec à la corne du Germain.

Tel le fleuve des jours et des nuits, tu déploies
Ton beau cours acclamé des amis et des joies.

Toujours l’homme le long des générations
Trouva sur son chemin ta flamme et tes lions,

Et ta fluence patriarcale et profonde
Fleurit de ses présents la mémoire du monde.

Tu donnes leur envol aux strophes des soufis
Qui te surnomment fleur, cimeterre et rubis.

Dans ton cristal vivant le saint autel adore
Le sang du Christ en une rouge métaphore.

Sésame dont le nom m’ouvre d’antiques nuits,
Dans la ténèbre offrande et feu qui me conduis,

Sois pour d’autres l’oubli qui signe la défaite;
Je te veux la ferveur, le partage et la fête.

T’appellerai-je un jour, vin du rouge péril
Ou de la mutuelle amour? Ainsi soit-il.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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MOIS APRÈS MOIS, ANNÉE APRÈS ANNÉE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration
    
MOIS APRÈS MOIS, ANNÉE APRÈS ANNÉE

Mois après mois, année après année,
Ma lyre a fait entendre une note plaintive;
Voici qu’enfin un son plus animé
Va l’accorder, joyeuse, au timbre du plaisir.

Qu’importe que le clair de lune et les étoiles
S’éteignent dans le gris maussade du matin?
Ce ne sont là que signes de la nuit,
Et ceci, mon âme, est le jour.

***

MONTH AFTER MONTH, YEAR AFTER YEAR

Month after month, year after year,
My harp has poured a dreary strain;
At length a livelier note shall cheer,
And pleasure tune its chords again.

What though the stars and fair moonlight
Are quenched in morning dull and grey?
They are but tokens of the night,
And this, my soul, is day.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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VERS DE LA BELLE DAME (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
VERS DE LA BELLE DAME

Le vent a apporté de loin
L’écho d’un chant de printemps,
Là-haut, dans le ciel profond,
Un lambeau lumineux s’est creusé.

Dans ces abîmes d’azur,
Dans l’imminence du printemps,
Pleuraient les tempêtes d’hiver,
Fusaient les songes étoilés.

Une plainte sombre et profonde
A résonné sur mes cordes,
Le vent a apporté de loin
L’écho de tes chants éclatants.

***

Ce qui t’anime, je l’ai compris —
Et je te barre le chemin.
La flamme des désirs d’ailleurs
Frémit dans ton sein virginal.
Mes faibles mots, contre ce feu,

N’ont pas la force de lutter,
Lorsque tu vas à la rencontre,
De l’origine, proche et lointaine !
J’ai tout compris, je me retire.
Le jour qui vient est jour béni.

Joyeuse dans l’ombre vermeille,
Tu t’es échappée de la nuit.
Mais je vois ta robe de Vierge,
J’ai vécu ce jour avec toi…
Que l’âme reste inguérissable —
Le songe passé est béni.

***

Tu pars dans l’ombre vermeille,
Dans les cercles infinis.
J’ai entendu l’écho léger,
J’ai entendu des pas lointains.

Es-tu proche ou bien lointaine,
T’es-tu égarée dans les nues?
Me faut-il guetter la rencontre
Dans ce silence si sonore?

Dans le silence on entend mieux
Les pas lointains qui résonnent,
Est-ce toi qui, flamboyante,
Refermes les cercles infinis ?

***

Ma prophétie s’est accomplie :
Avant la tombe, encore une fois,
Ton Sanctuaire s’est embrasé
Du feu d’une force secrète.

Et, tout empli de ce triomphe,
Et enivré du grand secret
Je sais — ce n’est pas un hasard
Si s’accomplit la prédiction.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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