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Poésie

Posts Tagged ‘voler’

Poussière (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Olivier Valsecchi

Poussière

Derrière les semelles
vole la poussière
à condition de ne pas battre
l’asphalte des routes goudronnées

dans cette poussière il y a
de quoi rêver
du pollen des fleurs décédées
de la bouse de vache séchée
des éclats amenuisés
de silex ou de calcaire
du bois très très émietté
des feuilles pulvérisées
quelques insectes écrasés
des œufs de bêtes innommées

et tout ça vole vole vole
lorsque c’est un peu remué
et tout ça vole vole vole
vers telle ou telle destinée
projeté à coup de souliers
sur le chemin mal empierré
qui conduit au cimetière

(Raymond Queneau)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Un vivant parle pour les morts (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Un vivant parle pour les morts

Doux avenir cet oeil crevé c’est moi
Ce ventre ouvert et ces nerfs en lambeaux
C’est moi sujet des vers et des corbeaux
Fils du néant comme est fils de roi

J’aurai bientôt perdu mon apparence
Je suis en terre au lieu d’être sur terre
Mon coeur gâché vole avec la poussière
Je n’ai de sens que par complète absence

(Paul Eluard)

 

Recueil: Derniers poèmes d’amour
Traduction:
Editions: Seghers

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Tourment (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Tourment

Coeur, entends-tu
Le pas léger
Derrière toi?

Coeur, vois-tu?
Quelqu’un te fait signe,
Un signe furtif de la main.

Est-ce toi ? Est-ce toi ?
La neige tourbillonne,
Le croissant se fige…

Est-ce toi qui descends?
Est-ce toi qui m’emmènes?
Toi, dont je suis épris?

Au-dessus des neiges sans fin
Envolons-nous!
Par-delà les mers brumeuses,
Brûlons jusqu’au bout!

Oiseau du tourbillon,
Aux sombres ailes,
Donne-moi deux ailes!

Qu’avec toi, chère à mon coeur,
Dans le cercle de lune argent,
Mon âme se languisse!

Que les braises de l’hiver
Calcinent la croix
Lointaine et menaçante!

Que nous volions, flèches sifflantes,
Vers l’abîme des étoiles noires.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Carmen (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Alexey Slusar 1961- Ukrainian painter - Flamenco dancers - Tutt'Art@ (4) [800x600]

Parmi les amoureux de Carmen,
Qui se hâtent, foule bigarrée,
Voulant l’entraîner derrière eux,
Un seul…

Silencieux et morose
N’attend rien, ne demande rien ;
Mais lorsque le tambourin résonne,
Et sourdement, tintent les bracelets,

Il se souvient des jours de printemps,
Et dans le tumulte des accords
Il regarde sa taille chantante
Et voit des rêves créateurs…

Tu es telle l’écho d’un hymne oublié
Dans mon noir et sauvage destin.
0 Carmen, il m’est triste et étrange
D’avoir pu rêver de toi…

Tu es ta propre loi, tu voles, tu voles outre,
Vers d’autres constellations, ne connaissant pas d’orbites,
Et ce monde-ci n’est pour toi qu’un rouge nuage de fumée
Où quelque chose consume, chante, tourmente et brille.

Et dans cet incendie est folle ta jeunesse.
Tout est musique et lumière : il n’y a ni bonheur, ni trahisons,
D’une même mélodie résonnent joie et tristesse.
Mais je t’aime : je suis pareil à toi, Carmen !

(Alexandre Blok)

Illustration: Alexey Slusar

 

 

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LE COEUR AU BOND (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



LE COEUR AU BOND

Rien n’a changé
Les fleurs du paravent montent jusqu’au plafond
La serrure secrète retrouve sa chanson
La fenêtre est ouverte
Je regarde courir la Loire jument verte
L’écume des corbeaux qui flotte au bord du toit

C’est toujours toi qui m’accueilles
Au bas de l’escalier
Des algues de lumière enchaînent tes épaules
Et le serpent de ciel aurait pu t’étouffer

Quand tes mains voleront sous les prêles
Quand la terre baignera tes paupières fossiles
Je reprendrai la vie où tu l’auras laissée.

(René Guy Cadou)

Illustration: Stanislav Shpanin

 

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Pourquoi, pourquoi (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    
Quel squelette choisir
celui que la montagne
dépose au bord du fleuve
le dimanche à midi,
ou celui que l’oiseau
a volé à l’azur
lorsqu’ivre il embrassait
le palmier de l’orage ?
Pourquoi, pourquoi les dieux
plus méchants que des loups,
m’ont-ils ordonné d’être ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Malin Plaisir (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017


Sous la forme d’un papillon
Je vole, après mon dernier souffle,
Vers les lieux que j’ai tant aimés,
Ces témoins de plaisirs célestes:
Sur les prairies, au bord des sources,
Autour d’un coteau, par le bois.

J’épie un couple d’amants tendres;
J’abaisse, du front de la belle,
Des fleurs qui l’ornent, mes regards;
Tout ce que la mort m’a ravi,
Là, je le revois en image
Et suis heureux comme je fus.

Muette, elle sourit, l’enlace;
Sa bouche à lui savoure l’heure
Que lui envoient des dieux propices,
S’ébat du sein jusqu’à la bouche,
De la bouche jusques aux mains,
Et je m’ébats autour de lui.

Elle me voit – ce papillon …
Tremblant de désir de l’aimé,
Elle fait un bond; je m’envole.
« Chéri, viens! Nous l’attraperons!
Viens donc! J’aimerais tant l’avoir,
Tant, ce petit rien diapré ».

***

Schadenfreude

In des Papillons Gestalt
Flattr’ ich, nach den letzten Zügen,
Zu den vielgeliebten Stellen,
Zeugen himmlischer Vergnügen,
Ober Wiesen, an die Quellen,
Um den Hügel, durch den Wald.

Ich belausch’ ein zärtlich Paar.
Von des schönen Mädchens Haupte
Aus den Kränzen schau’ ich nieder;
Alles, was der Tod mir raubte,
Seh’ ich hier im Bilde wieder,
Bin so glücklich, wie ich war.

Sie umarmt ihn lächelnd stumm,
Und sein Mund genießt der Stunde,
Die ihm güt’ge Götter senden,
Hüpft vom Busen zu dem Munde,
Von dem Munde zu den Händen,
Und ich hüpf’ um ihn herum.

Und sie sieht mich Schmetterling.
Zitternd vor des Freunds Verlangen
Springt sie auf, da flieg’ ich ferne.
« Liebster, komm’, ihn einzufangen!
Komm’ ich hätt’ es gar zu gerne,
Gern das kleine bunte Ding. »

(Goethe)

Illustration

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Proverbes de l’Enfer (2) (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



Illustration 
    
Proverbes de l’Enfer (2)

L’Éternité est amoureuse des ouvrages du temps.

L’abeille affairée n’a pas de temps pour le chagrin.

Les heures de la stupidité sont mesurées par l’horloge;
mais celles de la sagesse ne sont à la mesure
d’aucune horloge.

Nulle nourriture saine n’est pour le filet ou dans la trappe.

Sors les nombres, les poids et les mesures
dans le temps de la disette.

Nul oiseau ne s’élève trop haut, s’il vole de ses propres ailes.

Un cadavre ne se venge pas des torts qui lui sont faits.

L’acte le plus sublime : placer un autre avant toi.

Si le sot persistait dans son absurdité, il deviendrait sage.

La sottise est le manteau de la canaillerie.

La Honte est le manteau de l’Orgueil.

***

Eternity is in love with the productions of time.
The busy bee has no time for sorrow.
The hours of folly are measur’d by the clock, but of wisdom: no clock can measure.
All wholsom food is caught without a net or a trap.
Bring out number weight & measure in a year of dearth.
No bird soars too high, if he soars with his own wings.
A dead body revenges not injuries.
The most sublime act is to set another before you.
If the fool would persist in his folly he would become wise.
Folly is the cloke of knavery.
Shame is Prides cloke.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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La danse de nuit (Marceline Desbordes Valmore)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
La danse de nuit

Ah, la danse ! La danse
Qui fait battre le cœur,
C’est la vie en cadence
Enlacée au bonheur.

Accourez, le temps vole,
Saluez s’il-vous-plaît,
L’orchestre a la parole
Et le bal est complet.

Sous la lune étoilée
Quand brunissent les bois
Chaque fête étoilée
Jette lumières et voix.

Les fleurs plus embaumées
Rêvent qu’il fait soleil
Et nous, plus animées
Nous n’avons pas sommeil.

Flammes et musique en tête
Enfants ouvrez les yeux
Et frappez à la fête
Vos petits pieds joyeux.

Ne renvoyez personne !
Tout passant dansera
Et bouquets ou couronne
Tout danseur choisira.

Sous la nuit et ses voiles
Que nous illuminons
Comme un cercle d’étoiles,
Tournons en chœur, tournons.

Ah, la danse ! La danse
Qui fait battre le coeur,
C’est la vie en cadence
Enlacée au bonheur.

(Marceline Desbordes Valmore)

Découvert ici: https://livresdunjourblog.wordpress.com/

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DÉJÀ ! (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
DÉJÀ !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

(Henry Bataille)

 

Recueil: Le Beau Voyage

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