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Poésie

Posts Tagged ‘voler’

Tu n’es pas seul (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
tu n’es pas seul
tu n’es pas seul regarde la mer elle t’appartient
en un murmure tendre elle t’interroge
sur tes espoirs et tes désirs

attends elle va venir sois en sûr
le sable la plage les rochers les vagues la mer
tous savent le savent : dans la nuit noire elle viendra

et du haut du ciel des yeux par milliers
veillent sur tes amies
et volent à la mer à l’infini leurs larmes

(Hannah Senesh)

 

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L’âme errante (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



    

Illustration: Katie m. Berggren

L’âme errante

Je suis la prière qui passe
Sur la terre où rien n’est à moi ;
Je suis le ramier dans l’espace,
Amour, où je cherche après toi.
Effleurant la route féconde,
Glanant la vie à chaque lieu,
J’ai touché les deux flancs du monde,
Suspendue au souffle de Dieu.

Ce souffle épura la tendresse
Qui coulait de mon chant plaintif
Et répandit sa sainte ivresse
Sur le pauvre et sur le captif
Et me voici louant encore
Mon seul avoir, le souvenir,
M’envolant d’aurore en aurore
Vers l’infinissable avenir.

Je vais au désert plein d’eaux vives
Laver les ailes de mon coeur,
Car je sais qu’il est d’autres rives
Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur !
J’y verrai monter les phalanges
Des peuples tués par la faim,
Comme s’en retournent les anges,
Bannis, mais rappelés enfin…

Laissez-moi passer, je suis mère ;
Je vais redemander au sort
Les doux fruits d’une fleur amère,
Mes petits volés par la mort.
Créateur de leurs jeunes charmes,
Vous qui comptez les cris fervents,
Je vous donnerai tant de larmes
Que vous me rendrez mes enfants !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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Je croyais (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Je croyais

Mon chemin, je croyais, me mènerait, bien sage,
Parmi les champs d’épis, à travers l’or des blés.
Chanteraient près des fruits des oiseaux assemblés.
Je me reposerais dans un petit village.

Et je partis. L’aube pointait. Le paysage
Se rappelait encor ses instants étoiles.
Par les pleurs du matin, les cieux étaient voilés,
Dans l’automne volait la corneille sauvage.

En ce désert qui pleure on ne voit nul épi.
Aux arbres décharnés s’acharne le souci
Peignant ses nids en brun contre la feuille sèche.

Que ce désert est dur ! Qu’il est triste et rétif!
Aucune fleur ne vient sur ce sol bien trop rêche.
Si! quelquefois… le sang d’un pavot rouge vif!

(Attila Jozsef)

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La Demoiselle (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La Demoiselle

Dans un jour de printemps, est-il rien de joli
Comme la demoiselle, aux quatre ailes de gaze,
Aux antennes de soie, au corps svelte et poli,
Tour à tour émeraude, ou saphir ou topaze ?

Elle vole dans l’air quand le jour a pâli ;
Elle enlève un parfum à la fleur qu’elle rase ;
Et le regard charmé la contemple en extase
Sur les flots azurés traçant un léger pli.

Comme toi, fleur qui vis et jamais ne te fanes,
Oh ! que n’ai-je reçu des ailes diaphanes !
Je ne planerais pas sur ce globe terni !

Aux régions de l’âme, où nul mortel ne passe,
J’irais, cherchant toujours dans les cieux, dans l’espace,
Le monde que je rêve, éternel, infini !

(Louise Colet)

 

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Comme un jardin à l’abandon (Aurélia Lassaque)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Céline Decubber
    
Comme un jardin à l’abandon

Comme un jardin à l’abandon
Ta peau
Comme un jardin à l’abandon
Avec beaucoup de fleurs dedans.

Tu dis — J’aime tes longs cheveux —

Dans le creux de ta main
La clé d’une maison inconnue;
Celle de tes ancêtres.

Tu dis que les volets ont perdu leur couleur,
Comme les vieilles tortues qui encombrent la mer.
Tu as dénudé tes yeux
Sur mon épaule.

À l’heure de la prière,
Nous avons dessiné des oiseaux
Avec l’ombre de nos mains.

Tu me parlais d’arbres
Qui ouvrent leurs feuilles
Au clair de lune.

Et je ne t’écoutais pas.
Je ne voyais déjà plus tes mains
Qui ouvriraient
Bientôt loin de moi
Les volets ternes d’une maison
Au bord d’une rivière
Dont tu ne m’as jamais donné le nom.

(Aurélia Lassaque)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Maman est folle (William Sheller)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Maman est folle
On n’y peut rien
Mais c’qui nous console
C’est qu’elle nous aime bien

Quand elle s’envole
On lui tient la main
Comme un ballon qui vole
Au gré du vent qui vient

Tais-toi, Léopold
Surtout ne dis rien
Les gens dans leur cache-col
N’y comprendraient rien

Quand maman rigole
On oublie qu’on a faim
Que c’est l’heure de l’école
Qu’on a peur des voisins

Elle est notre idole
On en a le cœur plein
Faut pas qu’on nous la vole
Ou qu’on l’emmène au loin

Tais-toi, Léopold
Surtout ne dis rien
Les gens dans leur cache-col
N’y comprendraient rien

Maman est folle
On n’y peut rien
Mais j’veux pas qu’on la vole
Ou qu’on l’emmène au loin.

(William Sheller)

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Mais j’ai peur parce que bientôt… (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




Après tout ce vent et ce froid,
Il faisait bon se chauffer près du feu.
Je n’ai pas fait attention à mon coeur,
Et on me l’a volé.

La fin du nouvel an se prolonge solennelle,
Roses du nouvel an, vos tiges sont humides.
Dans ma poitrine on ne sent plus
Le tremblement des sauterelles.

On sait bien qui est le voleur.
Je l’ai reconnu à ses yeux.
Mais j’ai peur parce que bientôt… bientôt…
Il va rapporter son butin lui-même.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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Avez-vous vu (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



hippopotamme

Avez-vous vu le dromadaire
Dont les pieds ne touchent pas terre?

Avez-vous vu le léopard
Qui aime loger dans les gares?

Avez-vous vu le vieux lion
Qui joue si bien du violon?

Avez-vous vu le kangourou
Qui chante et n’a jamais le sou?

Avez-vous vu l’hippopotame
Qui minaude comme une femme?

Avez-vous vu le perroquet
Lançant très haut son bilboquet?

Avez-vous vu la poule au pot
Voler en rassemblant ses os?

Mais moi, m’avez-vous bien vu, moi,
Que personne jamais ne croit?

(Maurice Carême)

 

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Bande-moi les yeux (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Albert-Joseph Pénot 01

bande-moi les yeux
j’aime la nuit
mon cœur est noir

pousse-moi dans la nuit
tout est faux
je souffre

le monde sent la mort
les oiseaux volent les yeux crevés
tu es sombre comme un ciel noir

(Georges Bataille)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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