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Posts Tagged ‘enfance’

Le Temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Le Temps

Les jours s’écoulent
Dans des images égarées
Remonter le temps
C’est redescendre dans le passé
Où les minutes d’attente
Furent des heures d’angoisse
Je gratte le vernis
Sur des couleurs trop vives
Et oublie les moments de joie
Pour des instants de souffrance

A l’adolescence les premières amours
Causes de blessures
Jamais vraiment cicatrisées
Relèguent les jeux naïfs de l’enfance
Dans les malles du grenier

Je cours toujours vers ma jeunesse qui se dérobe

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Paul Delvaux

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CLAVIER D’ANTAN (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



CLAVIER D’ANTAN

Clavier vibrant de remembrance,
J’évoque un peu des jours anciens,
Et l’Éden d’or de mon enfance
Se dresse avec les printemps siens,
Souriant de vierge espérance
Et de rêves musiciens…
Vous êtes morte tristement,
Ma muse des choses dorées,
Et c’est de vous qu’est mon tourment;
Et c’est pour vous que sont pleurées
Au luth âpre de votre amant
Tant de musiques éplorées.

(Emile Nelligan)


Illustration

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EAU DE VIE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Marie Laurencin Apollinaire

EAU DE VIE

Apollinaire un air mourait dans la tourelle
Du côté de l’enfance où l’on fait le printemps
L’ombre allaitait nos deux enfances naturelles
Et nous comptions les mots plus avares qu’avant

Les labours du couchant ouvraient des socs de flamme
Qui s’envolaient vierges des colombiers tremblants
D’ivres cabriolets l’organdi bleu des dames
Descendait en aubes pâles de dessous blancs

Ainsi tu transcrivais en substance d’orage
Les aventures de tes baisers hasardeux
Et j’entendais dormir dans la paix des villages
Les coqs désespérés de ne rimer qu’à deux

Je revenais des féminines transhumances
Portant au fond des mots l’ecchymose du soir
Pour ne guérir jamais des blessures d’enfance
Qui font l’ombre plus claire au bord de matins noirs

Poète une aube bleue illuminait l’Europe
Et si notre insomnie eut son rêve d’amour
C’est qu’au détour du vent pareils à Pénélope
Nous démaillions la nuit nos poèmes du jour

(Robert Goffin)

Illustration: Marie Laurencin

 

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JARDIN D’UNE NUIT D’ETE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

amandier  [1280x768]

JARDIN D’UNE NUIT D’ETE

La voûte des noyers est sombre comme un caveau,
Comme la vie ;
Mais à travers le feuillage léger d’un amandier
Brille le ciel de minuit,
Ruisselant d’étoiles.

Cet amandier, le plus ancien de tous,
Voilà qu’il a comme fruits des étoiles ;
Eternel est le sens des choses
Mais le regard est enchanté.

Jamais l’infini ne fut si proche,
Jamais ne fut si proche la paix de la mort ;

Et l’enfance luit jusqu’ici
Avec sa lumière dorée d’arbre de Noël.

(Gyula Illyès)

Illustration

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AMIS D’ENFANCE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
AMIS D’ENFANCE

Ceux qui vous disent bonjour
Ceux qui vous saluent simplement
Ceux qui vous font couac en passant
Ceux qui disent toujours amen
Ceux qui vous donnent signe de vie
Ceux qui vous disent merde
Ceux enfin qui ne vous disent rien
Ce sont peut-être les plus dévoués

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Imagination d’enfant (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020




    
Imagination d’enfant

Ô toi image d’or,
miniature du bonheur,
au parler tendre et doux !
chaque mot mérite un baiser.

Étrange, distante, splendide
la pure fantaisie de l’enfance
tressaille à des pensées insondables pour nous,
vives et obscures félicités.

Quand les yeux deviennent graves
et que le rire s’éteint,
la Nature se souvient des jeux de titan
de son enfance toute-puissante :

forêts où filtre le soleil,
et habitent les elfes,
assemblées de géants, rencontres de titans,
fantaisies d’un jeune dieu.

Ces images te reviennent
dans le mystère de tes pensées ;
en ton coeur Dieu se souvient
de toutes les merveilles qu’Il a faites.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Épitaphe d’une jeune fille (Évariste de Parny)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



Illustration: Ernest Biéler
    
Épitaphe d’une jeune fille

Son âge échappait à l’enfance ;
Riante comme l’innocence,
Elle avait les traits de l’Amour.
Quelques mois, quelques jours encore,
Dans ce cœur pur et sans détour
Le sentiment allait éclore.

Mais le ciel avait au trépas
Condamné ses jeunes appas.
Au ciel elle a rendu sa vie,
Et doucement s’est endormie
Sans murmurer contre ses lois.

Ainsi le sourire s’efface ;
Ainsi meurt, sans laisser de trace,
Le chant d’un oiseau dans le bois.

(Évariste de Parny)

 

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CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



    

CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE

Écoute Est-ce le vent ? Écoute Réveille-toi
Est-ce un renard ? Le vent ? Est-ce un pas ? Qui hésite ?
Est-ce un oiseau de nuit clopinant sur le toit ?
Est-ce un chagrin de mes dix ans ayant rejoint ma piste ?

Ou bien l’hésitation à la marge des bois
d’une bête en suspens entre l’ombre et la fuite ?

Écoute On a marché Il faudrait aller voir
C’est peut-être le vent qui fait battre un volet
dans une maison basse au fond de ma mémoire
que j’ai oublié de fermer avant de m’en aller
pour toujours il y a des années
et le volet n’en finit pas dans une autre nuit noire
de battre sur le mur disparu comme si le mur et lui existaient.

Écoute Est-ce la pluie ou bien le vent dehors
qui font glisser le long du silence étonné
le chuchotis furtif d’une averse qui s’endort
puis qui reprend fait halte encore et recommence à pianoter ?
Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j’étais mort ?
Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j’ai rêvées ?

Était-ce toi qui m’attendais minuit d’une autre vie ?
Je me suis égaré J’ai cherché très longtemps l’orée et le chemin
J’ai dû marcher des heures dans l’humus sous la pluie
et quand j’ai reconnu la barrière l’allée d’ormeaux le grand pin
qui donc était sur le seuil soulevant la lampe à pétrole dans la nuit ?
(et dans la cheminée brûlait un grand feu qui sentait la lavande et le pin)

Écoute C’est le vent qui se trompe d’années
qui confond les saisons les pays mon absence
le vent qui ne sait plus où il s’est égaré
C’est lui qui bat Ou bien mon coeur À quoi pense
t-il ? Il bat si loin de moi comme à la dérobée
Est-ce que tu te souviens de la promesse d’enfance ?

On a frappé Je vais ouvrir Ce n’est que moi
Je venais visiter celui que j’ai cru être
Où est la lampe ? Qui a éteint le feu de bois ?
Je passais par ici Il y avait autrefois une allée de grands hêtres
Non C’étaient des ormeaux On les a abattus
Je vais repartir Ne vous occupez pas Il fait déjà froid

Ce n’est que moi Et je m’en vais Odeur d’hiver et de salpêtre
Écoute Est-ce le vent ? Était-ce moi ? Une heure sonne

Ce n’est que moi Ou bien le vent Ou bien personne

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’arbre (Rina Lasnier)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020




    
L’arbre

J’avais un grand arbre vert
Où nichait mon enfance ailée,
Un arbre grand troué de lumière
Qui remplissait le haut de mon âme.

J’avais de douces branches vertes
Où chantait mon enfance triste,
Des branches vertes et sonores
Qui répétaient les chagrins de mon âme.

J’avais mille feuilles vertes
Où palpitait l’élan de mon enfance,
Des feuilles lisses et captives
Comme les oiseaux de mon âme.

J’avais un grand arbre vert
Où se dénouait la fleur de mon enfance,
Pour quel printemps, pour quelle abeille ?
Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

(Rina Lasnier)

 

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LA ROUE (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



LA ROUE

I
Chante, étranger sur le trottoir
Ta voix n’écarte aucun volet

Au soleil blanc reste en arrêt
Chante plus fort chante plus noir

Dos au mur aveuglant
Face au fronton des façades

La note frappera la seule vitre en flammes
Aux mille éclairs vois le sourire du temps

Comme
un grand visage
qui se nomme

II
O doux éclatement
Le livre s’est ouvert
et j’ai vu du coeur qui ne ment
déborder les souvenirs de mon enfance

Comment
dis-moi comment
ce passé s’est ouvert
que tu gardais si pieusement
pour habiter ce coeur d’abondance

La bouche de blessure
avait-elle mis son secret
dans la grenade mûre
Si longtemps
si longtemps après

C’est bien ma solitude
comme une ancienne fleur
qui plus tard a germé dans ce feu
Où donc
jadis perdue

III
La parole est morte
Et le monde est venu
Et les rues sont pleines de monde

Personne ne passe la porte
Tout se nomme refus
Et les ruines s’enivrent de monde

Au fond de la chaussée
une grande fleur d’encre
qui rature la joie

L’attente folle
couleur de fuite
un souvenir géant
qui efface tout

IV
Coeur dévasté pour rire
beauté usée par les sales regards

Le triste et le gai
comme des éventails
et la blessure comme un loup

L’histoire finit
lorsqu’il n’est plus temps

V
La rue suit sa pente
Les hommes leur chemin
ou suivent les passantes
Moi seul je me souviens
Le soleil las poursuit sa route
Les fenêtres s’entrouvrent
au silence à la fraîcheur

Une grande roue tourne
et tourne grande roue
où les hommes s’usent

La terre mâche la terre

(Robert Guiette)

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