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Poésie

Posts Tagged ‘rêver’

A un crâne qui n’avait plus sa mâchoire inférieure (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Mon frère! — où vivais-tu? dans quel siècle? Comment?
Que vécut le cerveau qui fut dans cette boite?
L’infini? la folie? ou la pensée étroite
Qui fait qu’on passe et meurt sans nul étonnement?

Chacun presque, c’est vrai, suit tout fatalement,
Sans rêver au-delà du cercle qu’il exploite.
L’ornière de l’instinct si connue et si droite,
Tu la suivis aussi, — jusqu’au dernier moment.

Ah! ce moment est tout! C’est l’heure solennelle
Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis
Les yeux grand éblouis des lointains paradis!

Oh! ta vie est bien peu, va! si noire fut-elle!
Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,
Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?

(Jules Laforgue)

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Et toi douce Espace (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 

Et toi douce Espace,
Où sont les steppes de tes seins, que j’y rêvasse?

(Jules Laforgue)

Illustration

 

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Un couple peuple la berge (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Jean-Jacques Venturini

Un couple peuple la berge
C’est l’heure où sur les quais de la Seine
les livres dorment dans les boîtes cadenassées et rêvent de lecteurs aux mains coupées
Un couple s’en va deux longues jambes de femme et nous immobiles et tendus
et nous mâles en chômage avec l’imagination en érection…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jean-Jacques Venturini

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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il était monté tout en haut de Notre-Dame (Jean-Paul Labaisse)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019




    
Il était monté tout en haut de Notre-Dame,
Se tenant, essoufflé, près du lourd carillon.
L’infirme caressait le fabuleux bourdon
Et la vue de Paris émerveillait son âme…

Sous ses pieds s’étendaient la Seine et ses bateaux,
L’île de la Cité, ses places, ses venelles,
Les flèches et les tours, tranquilles sentinelles…
Plus loin, c’était Montmartre et ses charmants coteaux.

Quasimodo pencha la tête et regarda :
Sur le parvis dansait la belle Esmeralda,
Créoles, caraco doré, châle vermeil.

Et le bossu, parmi les gargouilles sévères,
Les griffons, les serpents, les guivres, les chimères,
Rêvait d’un peu d’amour et d’un rai de soleil…

(Jean-Paul Labaisse)

 

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Un saule seul près des roseaux (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


 

Un saule seul près des roseaux
en bordure de la rivière
tâtait le sens de son mystère
et son feuillage à travers l’eau.
Dans le courant de sa mémoire
les poissons dormaient dans ses nids
et l’épinoche y venait boire
avec l’écume un peu d’oubli.
A ses pieds, des mariniers morts
jouaient aux dés avec leur peine
et rêvaient d’embarquer au Nord
pour retrouver la rive humaine.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Andrea Uszynski

 

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Je ne suis pas le portier (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Mihai Criste   (27)

Je ne suis pas le portier,
je ne suis que le destin
et partout je vais, je viens
sans jamais me retrouver.
Quand je viens je tends la main ;
je pars ? J’agite un foulard.
Je ne suis pas le portier.
je suis l’homme du hasard.
Désert est le boulevard,
il est tard, il faut rentrer.
Tout ce qu’on dit est rêvé :
je ne suis pas le portier.
On est toujours d’un exil,
le plus grand est de soi-même,
porte ouverte sur le vif
voilà le mort qui s’amène,
et retrouve sa moitié.
Je ne suis pas le portier.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Mihai Criste

 

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PETITE CHANSON POUR UNE ORPHELINE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



    

PETITE CHANSON POUR UNE ORPHELINE

A quoi rêvent les orphelins
quand la mort rôde et aboie
Le désespoir attend son tour
quand s’annonce la solitude

Orpheline aux yeux noirs
petite fille de la nuit
donnez-moi la main

Nous sommes tous des orphelins
vêtus de sombre et de chagrins
Nous voulons vivre d’espoir
n’est-il pas déjà trop tard

Petite fille aux yeux noirs
orpheline de la nuit
votre main donnez-la moi

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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A UNE DEMOISELLE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



A UNE DEMOISELLE

A toute heure la demoiselle lit,
Elle pianote, aime la peinture,
Et veille la nuit, sans en avoir cure,
Et c’est pourquoi, sans doute, elle maigrit.

On croit savoir, et même l’on prétend —
Mais cela reste une chose secrète —
La demoiselle rêve à un poète,
Fort bizarre, solitaire, et dément.

(George Bacovia)

Illustration: Delphin Enjolras

 

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CREPUSCULE ANTIQUE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



CREPUSCULE ANTIQUE

Le jet d’eau, derrière le palais mort
Jaillit et grandit, et s’élève et pleure —
Et les gouttes dans le soir tombent, meurent,
En s’irisant de bleu, de sang et d’or.

Sur l’eau une file de cygnes blancs…
Le parc emprunte au lac son tendre rêve,
Le couchant pare les cygnes, sans trêve
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

Les sculptures gisent là, tristement,
Rêvant dans leur blancheur et elles pleurent
Et le couchant les colore en cette heure
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

(George Bacovia)

Illustration: Patricia Blondel

 

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