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Poésie

Posts Tagged ‘rêver’

La nuit palpite comme un sein alerté (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



la nuit palpite
comme un sein alerté

je dors dans la marée du ciel
son vertige ciselé

nuit errante
ressuscitée perdue
immobile

je rêve d’espaces ivres
d’ailleurs de suds
d’heures désertes

tu poses la main
sur ma peau

les yeux sur l’autre nuit

je rêve de loups rouges
de sang sur les pierres

tu sculptes mon épaule
du sommeil de tes doigts

la nuit bat des paupières
noie mon chant

je rêve de visages
ouverts comme des fleurs

d’oiseaux suspendus
au fil des jours

ma nuit s’attarde

nous nous retrouvons
au coeur d’une nuit nouvelle

(Amina Saïd)

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Le papillon (Frédéric Kiesel)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Le papillon est une chenille
Qui a rêvé toute sa vie

De s’envoler, d’être jolie.

(Frédéric Kiesel)


Illustration

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Belle (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019




Belle

Belle,
pareil à l’eau qui sur la pierre fraîche
de la source
ouvre son grand éclair d’écume,
est ton sourire,
belle.

Belle,
aux fines mains, aux pieds déliés
comme un petit cheval d’argent,
fleur du monde, marchant,
je te vois moi,
belle.

Belle,
avec un nid de cuivre enchevêtré
clans la tête, un nid
d’une brune couleur de miel
où mon coeur brûle et se repose,
belle,

Belle,
aux yeux trop grands pour ton visage,
aux yeux trop grands pour la planète.
Il y a des pays, des fleuves
dans tes yeux,
ma patrie se tient dans tes yeux,
je vagabonde à travers eux,
ils donnent sa clarté au monde
partout où s’avancent mes pas,
belle.

Belle,
tes seins sont pareils à deux pains
– terre froment et lune d’or -,
belle.

Belle,
ta taille
mon bras l’a faite comme un fleuve
mille années parcourant la douceur de ta chair,
belle.

Belle,
rien n’a le charme de tes hanches,
la terre en quelque lieu caché
a peut-être, elle,
la courbe de ton corps et son parfum,
en quelque lieu peut-être,
belle.

Belle, ma belle,
ta voix, ta peau, tes ongles,
belle, ma belle,
ton être, ta clarté, ton ombre,
belle,
tout cela est mien, belle,
tout cela, mienne, m’appartient,
lorsque tu marches ou te reposes,
lorsque tu chantes ou que tu dors,
lorsque tu souffres ou que tu rêves,
toujours,
lorsque tu es proche ou lointaine,
toujours,
ma belle, tu es mienne,
toujours.

(Pablo Neruda)

Illustration: Jean Léon Gerome

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Moisson d’attentes, Nuit tu rêvas (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



    

Moisson d’attentes, Nuit
tu rêvas
de rives incroyables,
remerciant.

Tu aurais voulu graver
son nom sur la porte
interdite, dessiner
le feu de sa bouche,

La syllabe de ses jambes,
la lettre de ses doigts.
Tu as connu de sensibles oiseaux :

Les voici désormais qui se taisent,
la nuit ancienne tourne
autour des yeux plus froids.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ni vent perdu ni ruisseau effondré (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



    

Ni vent perdu ni ruisseau effondré
ne prétendent à l’amour.
Mais toi dans l’unique voisinage

De cette mort dont tu rêves,
pareille aux passions cachées,

Mort secrète et qui s’ouvre comme
une trappe,
tu as le corps empli de voix,
sa musique est sans mémoire
et ne s’achève pas.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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DOULEUR (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



    
DOULEUR

D’où vient la mystérieuse la folle
douleur d’amour ?
je me réveille ce matin
tout entourée de la douleur de toi

— de toi : comme une irritation
dans la peau du monde où tu es
et si je me demande :
comment la faire cesser

je sais :
il faut que s’éteigne ce point
qu’il cesse de battre comme une dent
quand le reste se tait

Tissu du monde en un point transparent
tout souffre ici
tout regarde ce point
que la douleur éclaire

je rêve l’oubli complet
paroi sourde mur blanc
mais tout est écrit par ici dessiné
tout parsemé de signes

de toi — par moi —
faits pour te voir partout
et maintenant j’étouffe
j’ai mal je voudrais dormir

(Jacqueline Risset)

 

Recueil: L’Amour de loin
Traduction:
Editions: Flammarion

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Sous un ciel de lit jaune où rêvent des amours (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2018



Sous un ciel de lit jaune où rêvent des amours

Et, gonflé de sommeil, un bras pend vers le sol,
Comme pour retenir tant d’amour qui se perd.

Perdu dans le repos sucré des jeunes pailles

Les mots que nous disons ont un goût mort d’oronge.

J’efface la liane de sang endormie à ta tempe

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Edward Hopper

 

 

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Meubles (Barbara Köhler)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Meubles

Quitter toute sécurité,
les phrases utilisées, taire
le dit jusqu’à ce qu’il aille,
jusqu’à ce qu’il aille aux choses,
qui se dressent immobiles dans la pièce :
la table
les deux chaises
le lit.
Sortir, fermer la porte, laisser
les choses pour elles,
pour toi.

Tout ainsi se transforme,
et vient le temps :
nous nous rencontrons
dans l’autre, une autre fois
la porte s’ouvre comme ça,
assis sur les chaises, attablés,
assis sur le lit, nous rêvons
encore une fois au retour du bois
dans les forêts.

***

Möbel

Alles Verläßliche verlassen,
die benutzten Sätze, das Besagte
verschweigen bis es geht,
bis zu den Dingen geht,
die im Raum stehen unbewegt :
der Tisch
die zwei Stühle
das Bett.
Hinaus gehen, die Tür schließen, die Dinge
stehen lassen für sich,
dir zu.

So wird alles anders
so wird es Zeit :
wir begegnen im Anderen
einander, ein andermal
öffnet sich so die Tür,
wir sitzen auf den Stühlen, am Tisch,
auf dem Bett träumen wir
noch einmal das Holz zurück
in die Wälder.

(Barbara Köhler)


Illustration: René Magritte

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Vérités en poussière (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



Illustration
    
Vérités en poussière
flottant,
rien n’existe sinon
l’abîme du rien.

Toutes les villes du monde
sont à la dérive,
la vieille horloge de l’univers
roule parmi les étoiles.

Rien n’existe sinon cette voix
qui rêve en prose
et chante tout bas,

Rien n’existe sinon
ce rêve de quelqu’un
qu’on ne voit pas.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu serais un arbre calme (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



    

Tu serais un arbre calme
modulant feuille à feuille des syllabes
éparses, étranger aux heures,
par un clair après-midi de juillet.

Tu serais l’étreinte de l’eau
et du vent si proche du chant,
à l’embouchure de quelque fleuve secret,
si frêle aussi à l’horizon d’une voix

Qui cherche le chemin pressenti.
Tu serais ce que tu n’as jamais dit,
jamais vu ni rêvé ni pensé.

Tantôt fouet tantôt silence,
souriant miroir où quelquefois passent,
sur fond d’enfance, des images légères.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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