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Poésie

Posts Tagged ‘force’

Ondine (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020


ondine

 

Il taillada les ronces, ramassa la vase grise
Afin de me donner droit de passage dans mes propres drains
Et je me mis à courir pour lui, vive, lavée de ma rouille.
Il fit halte, me vit enfin dévêtue,
Eau claire, insoucieuse en apparence.
Puis il marcha à mes côtés. Là où les fossés se croisent
Près de la rivière, je clapotai et bouillonnai
Jusqu’à ce qu’il enfonce une pelle loin dans mon flanc
Et m’étreigne. J’avalais sa tranchée
Avec gratitude, me répandant par amour
Dans ses racines, remontant dans ses graines cuivrées –
Mais dès qu’il vit la force de mon accueil, moi seule
Pouvais le grandir et lui être miroir subtil.
Il m’explosa si complètement que mon corps perdit
Sa liberté froide. Humaine, touchée par lui.

(Seamus Heaney)

 

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Retouche à la force (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Retouche à la force

la main sur les galets
qui dorment sur eux-mêmes

(Daniel Boulanger)


Illustration

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Le rien (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2020



Par dons modestes et mots entravés
Le cœur humain apprend
Le rien —
«Rien» est la force
Qui rend le Monde neuf —

***

By homely gifts and hindered words
The human heart is told
Of nothing —
« Nothing » is the force
That renovates the World —

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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Le trésor du beau jour s’amasse (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2020



 

Guy Baron_la_montagne_bleue [1280x768]

Le trésor du beau jour s’amasse
Au sûr gré de qui sait prévoir;
Laisse choir tes cheveux, en masse
Clair-odorante! laisse choir

Ton beau corps, dans l’herbe étonnée
D’éteindre son poids tiède et blanc!
Quel dieu des Payens t’a donnée
A la Joie?… ô tes longs cils tremblants…

Quelle force m’étreint et nous dresse,
Sous le soleil pur, enlacés?
Suis-je ton jeune dieu, prêtresse?
De quel temple effacée…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Guy Baron

 

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LA VOIX (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



 

Danny O’Connor 00 [1280x768]

LA VOIX

Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près,
quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir
puisque le jour n’est pas autrement précédé
par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le coeur
qui ne cherche la possession ni la victoire.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Danny O’Connor

 

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Force commise (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020


carotte-sauvage-ombelle-fructifere

fermée
ouverte
de quoi

ombelle
de quoi
ta main

est-elle
chaufferie
secrète

de quoi
est-elle
bonheur

(Mohammed Dib)

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Les cuisses de Colette (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Illustration: Pablo Picasso

    

Les cuisses de Colette

Les cuisses de Colette
Sont douces au toucher
Comme des cacahuètes
Qu’on aurait épluchées.
Je n’aime pas sa tête
Ses yeux demi-pochés
Son oreille en cuvette
Son nez en arbalète
Sa bouche endimanchée.
Mais j’aime bien ses cuisses
Si douces au toucher.
Pendant le Saint-Office
L’un près de l’autre assis,
Ma main vient s’y chauffer.
De profundis, ad te Domine, clamavi !
Que c’est doux ! Que c’est doux !
Plus doux qu’une souris
Que le coeur de l’été,
Du miel et du saindoux !
Dans le rang d’à côté,
(Ma main enfouie
En cette blanche obscurité),
Madame la Baronne d’Auxerre
Qui ressemble à un dromadaire
Me sourit.
C’est sa mère !
Madame la Baronne d’Auxerre
Madame la Baronne sa mère
Madame est servie
Madame très très bien avec le bon Dieu
Très très bien avec son âme
Madame
N’y voit que du feu.
– Retire ta main de là
Me dit Colette, tout bas !
Mais elle serre, elle serre
Avec la force du tonnerre
Ma main se trouve emprisonnée
Ainsi qu’un missionnaire en Nouvelle-Guinée.
Retire ta main de là, petit garçon,
Ce ne sont pas des façons !
Mais elle serre à tout casser
Elle serre comme un Canaque !
Mes doigts craquent
Mes doigts sont tous fiancés
Je ne peux plus les retirer
Elle serre, elle serre
À tire-larigot.
Oh ! le bruit de mes os !
Gloria in excelsis Deo’ !
Dommage que Colette
Soit pas très belle en haut.
Mais qu’importe la tête
Quand le bas donne chaud !
Pour caresser ses cuisses
Je donnerais comme un rien
Desserts et pain d’épice
Et tous les paroissiens.
Entre ces deux poissons
Dont le sang est humain
Je laisserai ma main
Jusqu’au dimanche prochain.
Ah ! Colette, Colette !
Que la vie est agreste !
Et que mon coeur est leste
Et que l’Enfer est loin !
(Madame la Baronne se signe en un grand geste)
Ite missa esta.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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L’aurore s’allume (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



 

Illustration: William Turner
    
L’aurore s’allume

I
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.

Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chênes,
L’eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !

Tout reprend son âme,
L’enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun. recommence
Ce qu’il ébauchait.

Qu’on pense ou qu’on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprême,
Tout vole emporté ;
L’esquif cherche un môle,
L’abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité !

II

Vérité profonde !
Granit éprouvé
Qu’au fond de toute onde
Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre,
Où passent dans l’ombre
Des songes sans nombre,
Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s’abreuve,
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose
Envoie à l’esprit !

Arbre à rude écorce,
Chêne au vaste front,
Que selon sa force
L’homme ploie ou rompt,
D’où l’ombre s’épanche ;
Où chacun se penche,
L’un sur une branche,
L’autre sur le tronc !

Mont d’où tout ruisselle !
Gouffre où tout s’en va !
Sublime étincelle
Que fait Jéhova !
Rayon qu’on blasphème !
Oeil calme et suprême
Qu’au front de Dieu même
L’homme un jour creva !

III

Ô Terre ! ô merveilles
Dont l’éclat joyeux
Emplit nos oreilles,
Eblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague,
Bois qu’un souffle élague,
De l’horizon vague
Plis mystérieux !

Azur dont se voile
L’eau du gouffre amer,
Quand, laissant ma voile
Fuir au gré de l’air,
Penché sur la lame,
J’écoute avec l’âme
Cet épithalame
Que chante la mer !

Azur non moins tendre
Du ciel qui sourit
Quand, tâchant d’entendre
Je cherche, ô nature,
Ce que dit l’esprit,
La parole obscure
Que le vent murmure,
Que l’étoile écrit !

Création pure !
Etre universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !

Ô champs ! ô feuillages !
Monde fraternel !
Clocher des villages
Humble et solennel !
Mont qui portes l’aire !
Aube fraîche et claire,
Sourire éphémère
De l’astre éternel !

N’êtes-vous qu’un livre,
Sans fin ni milieu,
Où chacun pour vivre
Cherche à lire un peu !
Phrase si profonde
Qu’en vain on la sonde !
L’oeil y voit un monde,
L’âme y trouve un Dieu !

Beau livre qu’achèvent
Les coeurs ingénus ;
Où les penseurs rêvent
Des sens inconnus ;
Où ceux que Dieu charge
D’un front vaste et large
Ecrivent en marge :
Nous sommes venus !

Saint livre où la voile
Qui flotte en tous lieux,
Saint livre où l’étoile
Qui rayonne aux yeux,
Ne trace, ô mystère !
Qu’un nom solitaire,
Qu’un nom sur la terre,
Qu’un nom dans les cieux !

Livre salutaire
Où le cour s’emplit !
Où tout sage austère
Travaille et pâlit !
Dont le sens rebelle
Parfois se révèle !
Pythagore épèle
Et Moïse lit !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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KALEIDOSCOPE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2020




    
KALEIDOSCOPE

Secoue de toutes tes forces
Comme un kaléidoscope
Ton propre crâne.
Et regarde ensuite
Par les trous de tes yeux
Pour voir ce qui en est sorti.
Si rien n’en est sorti, tout va bien,
Secoue encore une fois,
Trois fois, sept fois, neuf fois.
Si rien n’en est sorti, c’est toujours quelque chose;
Secoue, mon vieux, secoue,
Regarde encore une fois.
Et si tu vois de la beauté,
Secoue de sorte que la maison soit ébranlée,
Que le chemin se torde,
Que les montagnes tombent à genoux,
Que clignotent vite, vite, les étoiles
Et que l’homme pose sa main sur son coeur.
Mais s’il y a de la laideur,
Empoigne le crâne comme un pot fêlé,
Et jette-le !
Ou bien non !
Remplis-le plutôt de terre,
De bon engrais végétal
Et plantes-y
Un géranium rouge.

(Mihai Beniuc)

 

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TU ME REPROCHES… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



    

TU ME REPROCHES…

Tu me reproches d’effleurer ta lèvre à peine
Comme un vent caressant les feuilles en chemin
Et d’enfoncer ensuite avidement mes mains
Dans la terre vers les racines qui l’étreignent.

J’aime bien le feuillage au murmure enivrant,
Pourtant c’est la racine que je lui préfère :
Elle, qui n’a pas le baiser de la lumière,
Transmet à l’arbre son frisson en gémissant.

Ce qui se passe en nous, en nos jeux passionnés,
Certes ni toi ni moi nous ne le savons guère;
Mais je comprends que tu voudrais te dominer,
Pour ne pas me céder m’être plus étrangère.
Une force inconnue et qu’on ne peut soumettre
Nous couche tous les deux au sol et nous pénètre.
Notre amour, ce frère jumeau de la folie,
Etait un feu, c’était un immense incendie.
Et, sachant bien qu’il ne pouvait que nous détruire,
Qu’à ce maudit éclatement aucun de nous
Ne saurait échapper, comme dans la forêt
En flammes, sans aucun espoir de se sauver,
Toutes les bêtes vont périr épouvantées,
Hurlant et s’entre-déchirant, luttant à mort,
Cherchant en vain de quel côté prendre la fuite,
Alors que sur les eaux passe un courant de feu —
Nous deux, serrés l’un contre l’autre, restons là,
Ainsi que dans un conte, ne comprenant rien.
Nous avons mis le feu au bois de la sagesse
Et brûlons vifs, dans les flammes, dans la fumée.

(Mihai Beniuc)

 

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