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Poésie

Posts Tagged ‘force’

Tu m’accompagnes partout (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Tu m’accompagnes partout dans ce monde mal fait
Ton poids est plus léger que la buée du premier jour
Je te respire par tous les pores de ma peau triste
Et ton sang reconnaît sans effort le dédale brûlant de mes veines
Dans cette saison de fer je ne me sens plus seul
Car tu me donnes la force d’être ce que je suis
Je mêle l’espoir et la peine, la joie et la souffrance
Je peins la peur et le courage des mêmes couleurs
Je donne à l’ortie et au blé la pluie et le soleil
Je mets la graine et l’épi dans la seule balance
J’accepte sans choisir les larmes et l’amour
J’abandonne le ciel pour cette terre amère
Mais je ferme les yeux pour retenir ton ombre
Immobile et debout dans mon sang ébloui.
Je ne parle qu’à toi de la vie, de la mort.

(Albert Ayguesparse)

 

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Pourquoi ai-je ri cette nuit? (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 13

Pourquoi ai-je ri cette nuit? Aucune voix ne le peut dire,
Ni Dieu ni Démon à la sévère réplique
Ne daigne répondre du haut du ciel ou du fond de l’enfer.
Alors, vers mon coeur d’homme je me tourne aussitôt.
Coeur, toi et moi, sommes ici tristes et solitaires ;
Dis, pourquoi ai-je ri ? O mortelle douleur !
O ténèbres ! ténèbres ! Toujours dois-je me lamenter,
D’interroger Ciel, Enfer et Coeur en vain ?
Pourquoi ai-je ri ? Je connais le bail de l’être,
Ma fantaisie le prolonge jusqu’à ses félicités suprêmes ;
Pourtant je voudrais à cette heure même cesser d’exister
Et voir les pompeux pavillons du monde en lambeaux.
Force, Gloire et Beauté sont superbes en vérité, mais la mort
est plus superbe encore.
La mort est la récompense hautaine de la vie.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Que transmettre? (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019




    
Que transmettre?
Quel mystère révéler?

L’apaisement possible
La force du temps
La saveur de l’instant

L’éprouver.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


 

Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal,
Les alchimistes sont poètes et le soufre à deux têtes le sait.
Cent fois le terril fut battu par l’éclair, mais les molettes sont debout
et tournent pacifiquement pour extraire l’ombre.
Ivoire lisse, ô mon désir, masque la peine d’un pauvre homme.
Serpent bleu : Poésie, love ton plain-chant sur la mer !
Frontière entre gens et bêtes, force magique des mamelles,
menhirs-miroirs du Seul, transmettez-nous les secrets du Monde.

(Georges Libbrecht)

Illustration

 

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Nuit obscure (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019




    
Nuit obscure

Une lueur, une trace :
tu t’éveilles à sa vision.
Ce n’est qu’un fragile espace
soudain visible dans la Nuit sans fond.

À chaque instant, tu dois choisir
le signe inconnu de l’Être.

Un nom ? Un cri ? Une force infinie ?

À chaque instant, tu devras espérer
en vain de voir le visage

sacré.

Dans l’espace d’un regard
pourtant

se tient le monde

et vibre enfin la délivrance.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Pourquoi te déguises-tu (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Pourquoi te déguises-tu
En vent, en pierre, en oiseau ?
Pourquoi me souris-tu du ciel
Comme un éclair inattendu ?

Cesse de me tourmenter ! Ne me touche pas !
Laisse-moi à la gravité de mes soucis …
Un feu ivre passe en vacillant
Sur les marais gris desséchés.

La muse dans sa robe trouée
Chante d’une voix traînante, monotone.
Sa force miraculeuse
Est dans son angoisse cruelle et jeune.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Le dieu joyeux ne vient jamais me voir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Le garçon qui joue de la musette,
La fillette qui tresse sa couronne,
Deux sentiers qui se croisent dans le bois,
Loin, dans un champ lointain, une lumière,

Je vois tout. Je me rappelle tout.
Humblement, amoureusement, je le garde.
Il n’y a qu’une chose qui toujours m’échappe,
Dont même plus jamais je ne me souviendrai.

Je ne demande ni force ni sagesse.
Laissez-moi seulement me chauffer près du feu.
J’ai froid… Qu’il ait ou non des ailes
Le dieu joyeux ne vient jamais me voir.

(Anna Akhmatova)


Illustration: William Bouguereau

 

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Veille, car tu vas mourir ! (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Kelly Vivanco 900

Veille, car tu vas mourir !
Ne donne pas la mort à ta mort
par ton sommeil !
… Les roses sont
épanouies, comme l’aurore
de l’amour qui n’en finit pas !

— Ces heures étoilées,
qu’elles seront universelles,
si tu endors ton rêve,
et restes éveillé ! —

Cette force est ta vie,
et tu es son gardien.
Quelle éternité emporte la rivière,
avec la lune, tandis que meurent, tandis que dorment,
amas d’ombre et de fumée,
ceux qui dorment, ceux qui meurent !

Veille, car tu vas vivre !

***

¡Vela, que vas a morir!
¡No le des muerte a tu muerte,
con tu sueño!

¡Están las rosas
abiertas, como la aurora
del amor que no se acaba!

—Estas horas estrelladas,
¡qué universales serán,
si tú duermes a tu sueño,
si tú te quedas en vela!—

La fortaleza es tu vida,
y tú eres su guardián.
¡Qué eternidad lleva el río,
con la luna, mientras mueren, mientras duermen,
en montones de humo y sombra,
los que duermen, los que mueren!

¡Vela, que vas a vivir!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kelly Vivanco

 

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Le merisier et le poirier (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration
    
Le merisier et le poirier m’ont pris pour cible,
Sans un raté leur force friable me crible.

Les étoiles et grappes, les grappes et étoiles :
Double pouvoir ? La vérité, dans quels pétales ?

Cet éclat, cette ardeur, est-ce l’air qui se venge
De l’air, succombant sous les coups de plommées blanches ?

Et la double senteur, ô douceur invivable,
Qui est joute et attrait — mélangée, séparable…

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Devant un labyrinthe insoluble (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Le puzzle de nos prétendues réussites
et de nos apparentes erreurs,
semble conçu par un maniaque anonyme
qui aurait abîmé en jouant toutes les figures
et ne veut ou ne sait les recomposer,
sans permettre non plus qu’un autre le tente.

Ce gaspillage de formes,
cette confusion des choses qu’on doit et ne doit pas faire,
épuise toutes les réserves
autant que la force génératrice qui les renouvelle.

Reste une seule formule:
devant un labyrinthe insoluble
en construire un autre plus enchevêtré,
qui déconcerte le premier.

(Roberto Juarroz)

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