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Poésie

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LA PLUIE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LA PLUIE

La pluie fine a mouillé toutes choses, très doucement, et en silence.
Il pleut encore un peu. Je vais sortir sous les arbres.
Pieds nus, pour ne pas tacher mes chaussures.

La pluie au printemps est délicieuse.
Les branches chargées de fleurs mouillées ont un parfum qui m’étourdit.
On voit briller au soleil la peau délicate des écorces.

Hélas! que de fleurs sur la terre! Ayez pitié des fleurs tombées.
Il ne faut pas les balayer et les mêler dans la boue;
mais les conserver aux abeilles.

Les scarabées et les limaces traversent le chemin entre les flaques d’eau;
je ne veux pas marcher sur eux,
ni effrayer ce lézard doré qui s’étire et cligne des paupières.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il y en a qui doivent parler (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Illustration : Pierre Faure
    
Il y en a qui doivent
Parler, parler encore à l’ombre dans les coins

Des plaies qui cicatrisent avec beaucoup de mal
Dans la nuit la plus claire

Et des étangs qui bâillent
On dirait contre un mur
Qui les tiendrait couchés.

Il y en a qui doivent
Longer ce mur, le même,
Et tâcher de l’ouvrir

Avec des mots, des noms qu’il s’agit de trouver
Pour tout ce qui n’a pas de forme et pas de nom.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le gouffre du jour (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



    

Le gouffre du jour

A chaque aube étonnant de son cri de colombe
un silence où dormaient les fougères du givre,
le même somnambule ouvre ses grands yeux ivres
et droit dans l’inconnu glisse comme une bombe,

sa clameur en tombant dissipe les forêts,
déchire les filets où s’agitent nos rêves
et dans un grand remous mille maisons se lèvent
et la neuve clarté se tache d’un sang frais ;

villas, palais marins qui buvez la lumière
par toutes vos blancheurs dès l’aurore ravies,
sentez-vous le soleil ourdissant dans la pierre
un réseau frémissant qui capture la vie ?

Les dormeurs de midi verront ces fables sourdes
déchirer leur sommeil en un fiévreux sillage,
à peine s’arrêter pour jeter leur message
et couler dans le sang comme barques trop lourdes.

(Henri Thomas)

 

Recueil:
Traduction:
Editions: Gallimard

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MARCHE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Philippe Amagat
    
MARCHE

Des linges tachés
claquent au fond des terres
où se durcit le blé
le chien poursuit
une robuste vie
qui finira certes
avant celle du maître :
tous deux traînent leurs ombres
parfois se regardant
quand les routes se croisent
dans une étrange paix
où survit la durée
sous un rayon dernier.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pensée de malade (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Pensée de malade

Je m’en irai avec les fleurs,
printemps cruel à admirer
ton soleil mûrit ma mort
ah! survivrai-je à sa beauté ?

Les fleurs meurent
les fleurs meurent
les fruits mûrissent aux espaliers
vais-je mourir en cet été ?

Que ma vie brûle encore un jour !
l’été n’est rien qu’un long jour sourd
que je défaille à supporter.

L’été mourra…
et je mourrai
au temps que les sorbes mûries
tachent le corsage oublié
des jeunes filles de la vie.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Je t’aime (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Je t’aime

Je t’aime pour ta voix pour tes yeux sur la nuit
Pour ces cris que tu cries du fond des oreillers
Et pour ce mouvement de la mer pour ta vie
Qui ressemble à la mer qui monte me noyer

Je t’aime pour ton ventre où je vais te chercher
Quand tu cherches des yeux la nuit qui se balance
À mon creux qui te creuse et d’où ma vie blessée
Coule comme un torrent dans le lit du silence

Je t’aime pour ta vigne où vendangent des fées
Et pour cette clairière où j’éclaire ma route
Que balisent tes cris durs comme deux galets
Que le flot de la nuit roule sur ma déroute

Je t’aime pour le sel qui tache ta vertu
Et qui fait un champ d’ombre où ma bouche repose
Pour ce je ne sais quoi dont ma lèvre têtue
S’entête à recouvrer le sens et puis la cause

Je t’aime pour ta gueule ouverte sur la nuit
Quand la sève montant comme du fond des ères
Bouillonne dans ton ventre et que je te maudis
D’être à la fois ma soeur mon ange et ma Lumière

(Léo Ferré)

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2017



 

Illustration: Francis Saint-Géniès
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XII)

Si je veux t’aimer sans rien perdre de ta clarté,
je suis contraint de m’enfermer avec toi dans les pierres.
Le jour écarte de temps en temps les rideaux,
tache ton épaule et retombe dans la rue.

Le silence même est fait de minéral
et prend la forme des chambres qui le contiennent.
Pour qu’il n’y entre point, c’est mille armoires
qu’il aurait fallu pousser contre les portes.

Notre nuit est imperméable et nos corps,
se suffisant de l’air contenu dans un baiser,
descendent jusqu’aux racines de l’arbre
qui a nos têtes pour sommet.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LA FILLE QUI VA À LA MER (Rafael Alberti)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2017



LA FILLE QUI VA À LA MER

Si blanche est la jupe que porte
la fille qui va à la mer !

Que ne la tache point, fillette,
l’encre de la seiche des mers!

Si blanches sont tes mains, fillette
qui t’éloignes sans un soupir !

Que ne les tache point, fillette,
l’encre de la seiche des mers!

Il est si blanc, ton coeur, fillette,
et si blanc aussi ton regard!

Que ne les tache point, fillette,
l’encre de la seiche des mers !

(Rafael Alberti)

 

 

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Ton rire (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Ton rire

Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.

Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.

De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me chercha
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.

A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.

Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Mes désirs sont roses (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2016


Femme dans rose

Mes désirs sont roses
dont se tachent mes jours

(Adonis)

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