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Posts Tagged ‘grenouille’

La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2017


Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.

La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

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VIEILLE RONDE PAYSANNE (Auguste Gaud)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



VIEILLE RONDE PAYSANNE

Loin de la ferme et du hameau,
Sur l’herbette, au pied d’un ormeau,
Jeanneton garde son troupeau.

Sur les blancs aubépins déjà sifflent les merles.
Avec les valets de labour,
Elle est partie au point du jour,

Car son cœur est féru d’amour.
Sur la mousse des bois l’aube a semé ses perles.

Son doux regard s’est obscurci,
Jacquet Michaux est loin d’ici,
Et c’est là son plus grand souci.

Au bord d’un étang bleu coasse la grenouille.
Jacquet Michaux, mon bel amant,
Reviens, reviens du régiment
Et sois fidèle à ton serment !

Sa main tremble en tirant le fil de sa quenouille.

Va, ne me laisse pas languir ;
Si tu ne dois plus revenir,
Jeanneton n’a plus qu’à mourir !

La chanson des grillons vibre au loin dans la plaine.

Mon Jacquet, c’est toi que j’attends,
Depuis bientôt quatre printemps
J’ai chassé mes autres galants.
Dans le sentier fleuri s’avance un capitaine,

Oh ! le beau gars aux cheveux blonds !
Il porte l’habit des dragons,
Sur sa manche il a trois galons.
Ton fuseau, Jeanneton, est tombé sur la mousse.
« Bonjour, mon joli cavaliex.
Je suis la fille du fermier,
Qui sanglote dans le sentier ! »

Le cavalier répond d’une voix lente et douce :
« Ne me cache pas ton émoi.
Je ne suis pas le fils du roi,
Et je veux causer avec toi ! »
Le rossignol chantait sur la plus haute branche.
Bergère, pourquoi pleures-tu ?
Ton courage est-il abattu ?
N’as-tu pas gardé ta vertu ? Jacquet Michaux n’a point trois galons sur sa manche…

« Ma vertu garde son renom,
Et mon cœur est pour un dragon ;
Jacquet Michaux, tel est son nom ! »
Tu ne porteras pas encor ta robe blanche !
« Jacquet Michaux, le laboureur,
A suivi le grand empereur,
Puis il est mort au champ d’honneur. » Au sommet de l’ormeau roucoule une colombe.
« Capitaine, si mon amant
Est mort dans votre régiment,

Je veux entrer dans un couvent. »
Adieu, j’emporterai mon amour dans la tombe !
Jeanneton, garde tes cheveux,
Tu reverras ton amoureux
Qui séchera tes jolis yeux ! Bergerette, ma mie, ajuste ta cornette !
Jeanneton au cœur ingénu,
Ton Jacquet n’est pas revenu
Un pied chaussé, puis l’autre nu,

Et tu ne l’as pas reconnu !
Rassemble tes brebis et prends ta quenouillette !

(Auguste Gaud)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

 

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Les deux grenouilles (Histoire Zen)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017



Les deux grenouilles

Il était une fois deux grenouilles, également sages,
qui rêvaient chacune en son logis de beaux voyages.
La première habitait Edo, et voulait connaître Kyoto.
La seconde demeurait à Kyoto, et souhaitait visiter Edo.
A peu près à mi-chemin au sommet d’une colline, elles se croisèrent.
La grenouille d’Edo vit dans les yeux de sa congénère flotter comme un mirage, la ville d’Edo,
et la grenouille de Kyoto aperçut en filigrane dans les yeux de sa compagne
les monts Hieizan et Atagoyama, qui forment comme un écrin à la ville de Kyoto.
Ensemble elles soupirèrent, et renoncèrent à leur voyage.

(Histoire Zen)

Illustration

 

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La grenouille se souvient (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



La grenouille
Se souvient
Qu’elle doit chanter.

(Guillevic)

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Les animaux ont des ennuis (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Les animaux ont des ennuis

Le pauvre crocodile n’a pas de C cédille
On a mouillé les L de la pauvre grenouille
Le poisson scie a des soucis
Le poisson sole
Ça le désole

Mais tous les oiseaux ont des ailes
Même le vieil oiseau bleu
Même la grenouille verte
Elle a deux L avant l’E

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les p’tits enfants briser leur tirelire
Laissez passer le café si ça lui fait plaisir

La vieille armoire normande
Et le vache bretonne
Sont parties dans la lande en riant comme deux folles
Les petits veaux abandonnés
Pleurent comme des veaux abandonnés

Car les petits veaux n’ont pas d’ailes
Comme le vieil oiseau bleu
Ils ne possèdent à eux deux
Que quelques pattes et deux queues

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
Sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les éléphants ne pas apprendre à lire
Laissez les hirondelles aller et revenir.

(Jacques Prévert)


Illustration

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Au bord de l’eau (Guy de Maupassant)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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Au bord de l’eau

Des grenouilles faisaient un grand charivari ;
Une caille très loin jetait son double cri,
Et, comme préludant à quelque sérénade,
Des oiseaux réveillés commençaient leurs chansons.
Le vent me paraissait chargé d’amours lointaines,
Alourdi de baisers, plein des chaudes haleines
Que l’on entend venir avec de longs frissons,
Et qui passent roulant des ardeurs d’incendies.
Un rut puissant tombait des brises attiédies.
Et je pensai : « Combien, sous le ciel infini,
Par cette douce nuit d’été, combien nous sommes
Qu’une angoisse soulève et que l’instinct unit
Parmi les animaux comme parmi les hommes. »
Et moi j’aurais voulu, seul, être tous ceux-là !

Je pris et je baisai ses doigts ; elle trembla.
Ses mains fraîches sentaient une odeur de lavande
Et de thym, dont son linge était tout embaumé.
Sous ma bouche ses seins avaient un goût d’amande
Comme un laurier sauvage ou le lait parfumé
Qu’on boit dans la montagne aux mamelles des chèvres.
Elle se débattait ; mais je trouvai ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l’immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse,
Haletait fortement avec de longs sanglots ;
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, nos sens, nos soupirs se mêlèrent.
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d’amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l’ombre effarés s’envolèrent.

(Guy de Maupassant)

 Illustration: Dimitra Milan   

 

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Minuit (Louis-Honoré Fréchette)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



 

Minuit

La pâle nuit d’automne
De ténèbres couronne
Le front gris du manoir ;
Morne et silencieuse,
L’ombre s’assied, rêveuse,
Sous le vieux sapin noir.

Au firmament ses voiles
Sont parsemés d’étoiles
Dont le regard changeant,
Sur la nappe des ondes,
Répand en gerbes blondes
Ses paillettes d’argent.

Dans le ciel en silence
La lune se balance
Ainsi qu’un ballon d’or,
Et sa lumière pâle,
D’une teinte d’opale,
Baigne le flot qui dort.

Au bois rien ne roucoule
Que le ruisseau qui coule
En perles de saphir;
Et nul cygne sauvage
N’ouvre sur le rivage
Sa blanche aile au zéphir.

Une ondoyante voile,
Comme aux cieux une étoile,
Brille au loin sur les eaux,
Et la chouette grise
De son vol pesant frise
La pointe des roseaux.

La bécassine noire
Au col zébré de moire
Dort parmi les ajoncs
Qui fourmillent sans nombre
Sur le rivage sombre,
Au pied des noirs donjons.

Sous la roche pendante,
La grenouille stridente
Dit sa rauque chanson,
Et des algues couverte
Toute la troupe verte
Coasse à l’unisson.

Dans l’onde qui miroite,
L’ondine toute moite
Ecartant les roseaux,
Sèche sa blanche épaule
A l’ombre du vieux saule
Qui pleure au bord des eaux.

Rêveuse elle se mire
Et, coquette, s’admire
Dans le miroir mouvant,
Et de ses tresses blondes,
Sur le cristal des ondes,
Tombent des pleurs d’argent.

La Sylphide amoureuse,
La Péri vaporeuse,
Fée au col de satin,
Dans leur ronde légère,
Effleurent la fougère
D’un petit pied mutin.

Les farfadets, les gnomes,
Les nocturnes fantômes,
Traînant leurs linceuls gris,
Dansent, spectres difformes,
Autour des troncs énormes
Des vieux pins rabougris.

Le serpent rampe et glisse,
Et son écaille lisse
D’un rayon fauve luit ;
Les bêtes carnassières
Sortent de leurs tanières…
Dormons : il est minuit !

(Louis-Honoré Fréchette)

Illustration

 

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L’heure du berger (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



La lune est rouge au brumeux horizon;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leur spectres incertains;
Vers les buissons errent les lucioles;

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c’est la Nuit.

(Verlaine)

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FANTASMAGORIES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



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FANTASMAGORIES

Les oiseaux boulus bourrus
Dans les cages de la pluie
Le hérisson regoglu
Qui se traîne et qui s’ennuie
L’avers luisant des talus
Les ruisseaux gorgés de nuit
La cheminée s’époumone
Les fées trottent en sabots
Gobelins roulent cerneaux
Dans les ruelles des automnes
Lutins au coeur d’anémones
Fadets secouent leurs grelots
Voici passer sur la route
Corbillard et gris chapeau
Houppelandé, lourd de doute
Monsieur de Serres-Cambot
Chef d’orchestre des grenouilles
Monsieur de Serres-Cambot
Chef d’orchestre des crapauds.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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Le Vieux Mendiant (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2017



Le Vieux Mendiant

J’ai vu de bonnes gens, j’ai vu de saintes gens,
mais je n’ai jamais vu mon chapeau plein d’argent.

Il tremble tout crasseux devant ma mine grise…
Une gargouille en vie est tombée de l’église ?

Je grogne. Ô jeune enfant, ton sou neuf me désarme.
Pardon, si j’ai la gueule argentée de mes larmes.

J’en ai pourtant compris, estimé, vu des choses,
hommes-loups, femmes-chiens et la neige et les roses.

Aux socs de mes pieds nus raboteurs des ornières,
j’ai vu par grands copeaux se lever la poussière.

J’ai vu la fée un jour au bord de mes vingt ans,
et de l’avoir vu fuir je pleure en mon vieux temps.

Que de fois j’aurai vu — tendresse de mon cœur !
— la flamme du fusil abattre un lièvre en fleur.

Hôte de ces bois noirs, souvent j’ai vu l’orage
nous balayer le ciel d’un balai de feuillage.

Ah ! tout ce que j’ai vu !
J’ai vu pendant nos guerres saint Michel éclaireur de Jeanne la Guerrière.

Il la baisait au front, torche haute en avant.
J’ai vu bien des guirlandes d’Amours dans le vent.

Hier j’ai vu, c’était la Sainte-Niquedouille,
à travers l’arc-en-ciel, l’averse des grenouilles.

Mais je n’ai jamais vu — pieuses bonnes gens
— non, je n’ai jamais vu mon chapeau plein d’argent.

(Paul Fort)

Illustration

 

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