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Poésie

Posts Tagged ‘forêt’

Pas un bruit… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Pas un bruit…

Pas un bruit dans la coupe immense,
Sous les taillis pas un murmure,
De la tiédeur et du silence
S’écoulant au long des ramures.

L’air orageux lourdement plane,
Où la résine des mélèzes
Mêle son odeur, où se fane
La mousse, où s’étouffe et s’apaise

Le sanglotement des fontaines
Dont les méandres bleus se tordent
A l’ombre immobile des chênes.
La vaste paix monte et déborde,

S’épand en la nuit qui commence,
Calme ambiance que renforce,
Exhalant leurs sourdes fragrances,
Les troncs dénudés qu’on écorce.

Harmonieusement confus,
Déroule ses floraisons blanches
L’écho lointain d’un angélus
Mélangé aux fouillis des branches.

Et soudain la forêt s’étire,
Darde ses frondaisons flexibles;
La forêt tendrement soupire
Comme un coeur vers l’inaccessible.

(Marie Dauguet)

 

 

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Dans l’odeur des charbonnettes… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Dans l’odeur des charbonnettes…

Dans l’odeur des charbonnettes
La forêt s’endort;
A peine le vent halette
Aux frondaisons d’or.

A travers les feuilles mortes,
D’azur rechampi,
Au soleil ouvrant sa porte,
Le bacul tapi,

Dans la coupe solitaire
Presque inapercu,
Arrondit son toit de terre
Comme un dos bossu.

Au fond, le lit de fougère,
Le buffet branlant,
Le pain près de la soupière
Dans un linge blanc.

A l’ombre du toit rustique,
Sous un baliveau,
La fontaine aromatique
Tord son écheveau.

Et parfois un rouge-gorge
Vient en voltigeant,
Du framboisier qui le loge
Boire au flot d’argent.

O sauvage et sans contrainte,
Comme un lièvre pait,
Savourer d’une âme simple
Cette immense paix.

Avoir pour toute richesse
Et suprême don,
Sous l’humble toit qui se dresse
En cet abandon,

Et pour qu’au ciel me sourie
L’azur infini,
D’aimer comme un enfant prie,
D’aimer mon ami!

(Marie Dauguet)

 

 

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VILLE, BROUHAHA… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



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VILLE, BROUHAHA…

Ville, brouhaha, continuel va-et-vient des rues,
Ô vie sale, hostile, inutilement usée,
Savoir qu’il y a la mer et les plages nues,
Des montagnes sans nom et des plaines plus vastes
Que le plus vaste des désirs,
Et moi, en toi enfermée, je vois seulement
Des murs et des façades, je ne peux voir
Ni les marées qui montent, ni le changement des lunes.

Savoir que tu me prends la vie
Et qu’à l’ombre de tes murs tu traînes
Mon âme promise
Aux vagues blanches et aux vertes forêts.

***

CIDADE, RUMOR…

Cidade, rumor e vaivém sem paz das ruas
Ó vida suja, hostil, inutilmente gasta,
Saber que existe o mar e as praias nuas,
Montanhas sem nome e planicíes mais vastas
Que o mais vasto desejo,
E eu estou em ti fechada e apenas vejo
Os muros e as paredes, e não vejo
Nem o crescer do mar, nem o mudar das luas.

Saber que tomas em ti a minha vida
E que arrastas pela sombra das paredes
A minha alma que fora prometida
As ondas brancas e ás florestas verdes.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration

 

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Jacques, es-tu jamais triste (Jacques Darras)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



Jacques, es-tu jamais triste, je te pose la question moi-même,
Personne jamais ne te la demandant, la pluie roule-t-elle sur
Tes joues mimant les larmes que tu aurais au fond des yeux
Et qui, ne coulant pas, délégueraient leur eau démocratique
À l’eau du ciel laïcisé, Jacques, n’esquive pas la question, s’
Il te plaît, il pleut souvent au Nord, reconnais-le, oui je sais,
J’ai passé mon enfance à écraser l’après-midi de mon nez sur
Les vitres à regarder le compotier céleste s’épuiser, cependant
J’ai appris à aimer la tristesse, la pomme fluide des automnes
Pluvieux, le jeu de mots sur la vieillesse du temps cueilli dans
La paume tenue ouverte sous les nuages, j’aime surtout le mot
Buée qui est comme une nuée enrhumée, me mouche dedans,
Carré d’étoffe grand comme un champ de colza jaune en mai
À la lisière d’une forêt, mes pluies sont jaunes, mes pleurs sont
Vrais par la couleur qu’ils ont ensoleillée, il m’arrive même de
Pleuvoir en été d’une petite pluie fine qu’on nomme « drache »,
Par chez nous « drache » c’est Darras en liquide concentré car
Je ne pleure jamais qu’étant nommé, qu’étant sommé par mon
Nom de lui rendre compte de mon humeur, « humidité joyeuse »
Voilà le bulletin que j’aimerais faire à la fin —bonsoir nuages !

(Jacques Darras)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Combien le vent est discret (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Combien le vent est discret
quand il le veut
il était là dans la forêt
et le voilà déjà parti
pour nous laisser écouter
ce qui chuchote en son absence

(Luis Mizón)

 

Recueil: Poèmes d’eau et de lumière
Traduction:
Editions: Al Manar

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Approche-moi de ta peur (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



Illustration: Guy Baron
    
Approche-moi de ta peur
offre-moi le reflet de ton ciel
la forêt submergée de ton lac
aux eaux vierges
qu’elles se couvrent de cris et de baisers
de larmes et de canards
de voiles sans destin
et de cercles concentriques

(Luis Mizón)

Recueil: Poèmes d’eau et de lumière
Traduction:
Editions: Al Manar

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La neige, la neige, la neige (André de Richaud)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



 

Bêtes de mon sommeil, regardez-moi qui tombe
Fontaines habitées
Fontaines de mes mains où les dix sources grondent
O collier des forêts
Colliers d’arbres en fleurs par qui le monde espère
Vous m’étranglez chaque matin
Et chaque soir les bleus de vos ongles mystères
Etouffent l’avenir dont je suis possédé.

Ne pas pouvoir sortir de ce lacis de veines
Et cet étrange piétinement à gauche de ma poitrine
Contre lequel je ne peux rien…
O mort regarde fixement cette ligne rouge à mon cou
Chaque nuit des cordes tendues m’entraînent au ciel.

Seules mes mains me guident parmi les planètes
muettes d’étonnement.
Aigles de cristal brûlant sur les cimes
Torches de plumes qui jalonnent ma vie
Sources fumantes dans l’amour qui tombe
Lorsque s’est levé le vent de l’au-delà
Vous êtes ce masque qui riez quand je saigne
De toutes mes plaies cachées.

Quand je ferme les yeux un monde invisible étincelle
Quand j’ouvre mon coeur une fumée chargée d’oiseaux
Se lève à gauche derrière mon coeur.
O corps aimé qui me cherche sans jamais m’atteindre
et dont le regard d’argent m’étouffe
lacet de songe
et me tirera jusqu’aux abîmes miroitants de la mort.

La neige, la neige, la neige
Tuez-moi de la neige et que ce soit fini.

(André de Richaud)
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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J’ai sur ma table un bouquet de pervenches (Bertrand Degott)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



 

J’ai sur ma table un bouquet de pervenches
qui commence à pâlir … on en trouvait
à profusion dans la forêt dimanche
(parfois c’est comme si rien n’entravait

le cœur, on entretient l’oubli … n’empêche
que tout s’impose avec le temps, le mur
enfin s’effondre, la fleur se dessèche
et l’amour se pourrit comme un fruit mûr)

je te confie ce bouquet de langage
emporte-le sur les chemins où tu
situes la crête et qu’afin de partage
il y résonne autant que je l’ai tu

la pâleur j’y consens, que soit diaphane
ce qui doit l’être et que le reste fane.

(Bertrand Degott)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Josephine Wall

 

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QUEL EST CET, HOMME? (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017




    
QUEL EST CET, HOMME?

Surpris par ma propre présence,
souvent me vint le haut-le-corps
d’un criminel pris sur le fait
sur les fumées de son forfait
sur les yeux blancs d’un autre mort.
J’étais pourtant dans l’innocence
je traversais une forêt
pareille aux foules du dimanche
ou j’écoutais vivre une rue
à la recherche du silence
ou je comptais les choses vues,
mes pavés mes pas mes étoiles
ou les feuilles que j’ai connues.
« Beau petit saint les mains si blanches
« l’air si bon si droit si discret,
« halte!… »
— « Qui parle? Qui m’arrête?
« Qui?… »
Lentement très lentement
je me détourne et tout à coup
je regarde :
Il n’y a personne!

Cette absence a les yeux des arbres
une figure creuse et haute
où s’engouffre toute la vie
étrangère à ce que je fus.

(Jean Tardieu)

 

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Depuis des années (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2017



Illustration: Podkowinski
    
Depuis des années
Je me promène dans la forêt des sens
Et garde les gazelles de mes pensées

Ma raison refuse les choses telles qu’elles se révèlent
Telles que les yeux de mon amour
Aiment les voir

Et ma folie est sur le point
De devenir raison

(Adonis)

 

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