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Posts Tagged ‘peine’

Rupture (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

Carrie Vielle (15)

Rupture

J’effacerai le temps
J’effacerai les jours
Mais je sais qu’au retour
J’irai me questionnant

Voilà
J’ai les mains vides
Vides sont mes mains
Vides
Parfois je les regarde, stupide
Et les feuilles tombent dans l’air limpide
Encore une fois

J’effacerai les places
J’effacerai les traces
Me faisant un espace
Dont tu seras absent

Encore une fois
Voilà
J’ai les mains vides
Et du creux de mes paumes arides
S’échappent fuyant entre mes doigts
Les restes d’un espoir pesant

J’effacerai les peines
J’effacerai les joies
Notre route bifurqua
Et chacun eut la sienne

Voilà j’ai les mains vides
Vides sont mes mains
Vides
Et les feuilles tombent dans l’air limpide
Encore une fois

(Esther Granek)

Illustration: Carrie Vielle

 

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SONGE (Max Elskamp)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



 

Illustration
    
SONGE

Mon Dieu, des jours qui vont,
Mon Dieu, des jours qui viennent,

Dans le temps tout qui fond
Même douleurs anciennes,

Comme au monde, les heures
Sont d’hiver ou printemps,

Les jardins de nos cœurs
Ont aussi leurs saisons,

Et c’est de brume ou pluie,
De soleil ou clarté,

Qu’on vit en soi sa vie
Suivant le vent levé,

En la joie ou la peine
Alors à coupe pleine.

Mon Dieu, ils sont en nous
Comme en l’Inconscient,

Nos cœurs sages ou fous,
Suivant l’heure ou l’instant

Comme après dés jetés
On sait fortune ou ruine,

Ou comme aux jours d’été
Vent, les roseaux incline,

Car sans cause ou raison
C’est sises hors de nous,

Que choses et qui sont
Venues on ne sait d’où,

Et tenant du hasard
ou bien de notre étoile,

Nous font comme nuit noire
Dans l’abstrait qui les voile.

Or c’est ainsi, en soi,
Qu’on est si peu soi-même,

Qu’on ne sait pas pourquoi
L’on hait ou bien l’on aime,

Et que c’est vie qu’on a
Alors et qu’on subit,

Dans des jours longs, sans foi,
Ou souvent trop redits;

Et tu les a connus
Toi, ici haut qui rêves,

Et dans ton for à nu
Comme est le sable aux grèves ;

Et c’est ton cœur alors
Et qui a pris des ailes,

Pour retrouver sans leurre
Et sa paix et son ciel,

Dans le songe en la vie
Qui de tout nous délie.

(Max Elskamp)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

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CANAUX (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Suzy Dohollo
    
CANAUX

La péniche berce
La mule aux grelots,
Au gré du falot
Le bois d’une perche.

— La lune au loin cherche
Son chemin sur l’eau —

Le marinier dort
Sous le faix du ciel.
De l’écluse au port,
Émeraude et miel :
(Du canal au ciel),
Le marinier dort…

Dérive des rives
Le bateau s’en va,
Mais un ange est là,
Debout sur l’avant
Et les mains au vent.

Ainsi ma vie coule,
Traverse la foule.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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COMPLAINTE DE LA BELLE EN AMOUR (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration
    
COMPLAINTE DE LA BELLE EN AMOUR

De son château de Trébeurden,
On voit Tombelaine,
On voit Saint-Malo,
On voit la mer rouler sa peine,
On ne voit pas son matelot..

Son matelot est dans la mer,
Son matelot est sous le flot.
Son âme se plaint dans les mouettes
Avec leurs cris de rat-mulot.

— « Belle fille de Trébeurden,
Pourquoi pleurer ce matelot ?
Si vous vouliez vous seriez Parisienne
Avec des souliers talon haut,
Avec des bijoux sur le dos. »

— « Adieu, beau voyageur,
Retournez sur la terre.
Mon coeur est dans la mer
Et je n’ai plus mon coeur. »

— « Si jamais vous deveniez folle,
Je vous bercerais tout le jour,
Avec des chansons, des paroles
Qui sont le baume de l’amour… »

De son château de Trébeurden,
On voit Tombelaine,
On voit Saint-Malo,
On voit la mer rouler sa peine,
On ne voit pas son matelot.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les fleurs me disent — adieu ! (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Rémy Disch
    
Les fleurs me disent — adieu !
penchant la tête un peu plus,
et que plus jamais ne verrai
ni son visage ni mon pays.

Ah ! mon aimée, que dire ! que dire !
Je les ai vues, j’ai vu la terre,
et même le frisson sépulcral
sera pour moi comme une caresse.

Pour autant que j’aie saisi la vie
passant en souriant mon chemin,
à qui veut l’entendre, je le dis :
Rien de nouveau sous le soleil.

C’est égal : un autre viendra,
il n’ôtera pas la peine de celui qui s’en va
mais à celle qui lui est chère, restée seule,
il composera un chant plus beau.

Lors, prêtant l’oreille dans le silence,
qui sait si l’aimée avec l’aimé
ne se souviendra pas de moi
comme d’une fleur sans égale.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Les printemps possibles (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



La fleur d’orage

Mes amis, la peine est de ce monde ;
La peine est de ce monde, je le sais bien.
Comment deviner, sur la fragile branche,
Le nom des saisons à venir ?
La peine est de ce monde, ô mes amis que j’aime,
Mais chaque fleur d’orage porte la graine de demain.

(Andrée Chedid)

Illustration

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Quand trouverai-je la réponse (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018




    
Quand trouverai-je la réponse,
l’intimité d’une réponse au vide torturant qui m’entoure ?
Et comment survivre aux défaillances et aux peurs,
replis et troubles, ciels et pentes où l’esprit s’égare ?

Sans suite et sans retour, pourtant j’avance,
je ne peux m’arrêter sur ce chemin
où le mal me ressemble aussi,
où la vie perd sa substance,
où je deviens cet effacement progressif d’un moi
qui est figure dérisoire de souffrance.

Et c’est à la lisière des nuits que m’arrive le brin de connaissance,
le plus fragile des biens que mon coeur ait conquis par tant de peine.
Fermée aux larmes, lèvres serrées, et soulevant la tête,
j’entends ce cri semé de météores,
ce cri fort d’espérance qui lapide l’obscur.

Je me penche et reçois le reflet de sa lumière.

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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HOSPICE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Illustration: Adrian Borda
    
HOSPICE

Et les étoiles pauvres
qui n’ont pas de lumière,
quel chagrin,
quel chagrin,
quelle peine!
restent abandonnées
dans l’azur effacé.

Quel chagrin,
quel chagrin,
quelle peine!

(Federico Garcia Lorca)

 

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Je ne peux pas continuer, il faut continuer (Samuel Beckett)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



Illustration: Alex Nabaum
    
Je ne peux pas continuer,
il faut continuer,
je vais donc continuer,

il faut dire des mots
tant qu’il y en a,
il faut les dire,
jusqu’à ce qu’ils me trouvent,
jusqu’à ce qu’ils me disent,

étrange peine,
étrange faute,
il faut continuer,

c’est peut-être déjà fait,
ils m’ont peut-être déjà dit,
ils m’ont peut-être porté
jusqu’au seuil de mon histoire,

devant la porte
qui s’ouvre sur mon histoire,
ça m’étonnerait,
si elle s’ouvre,

ça va être moi,
ça va être le silence,
là où je suis,

je ne sais pas,
je ne le saurai jamais,
dans le silence
on ne sait pas,

il faut continuer,
je ne peux pas continuer,
je vais continuer.

(Samuel Beckett)

 

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Mon verre levé (Janine Tavernier)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



femme verre 

Mon verre levé à la santé des morts
mon verre levé à la santé des spectres
mon verre levé à la santé des absents
Je suis du monde des ombres de la fumée et de l’oubli
On m’a volé mes joies jusqu’au fond de mes peines
On m’a volé ma vie
Mais tu me restes ô ma solitude
toi que je n’ai pas choisie qui m’appartiens pourtant
comme l’amour appartient à la vie
comme le souvenir appartient au temps
Sois à moi et demeure
fleur vivante parmi tant d’autres mortes

(Janine Tavernier)

Illustration

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