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LES SECRETS DU MÉTIER (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



LES SECRETS DU MÉTIER

Je n’ai que faire des glorieux héros,
Non plus que des inventions élégiaques;
Il faut faire des vers mal à propos,
Comme ça, tout à trac.

Si vous saviez sur quel terreau d’ordures
Sans vergogne le poème jaillit —
Comme les orties, les moisissures,
La bardane, les pissenlits.

— Odeur du goudron, cri de colère,
Une tache secrète de lichen —
Et la strophe surgit, tendre ou amère,
Pour votre joie et la mienne

(Anna Akhmatova)

 

 

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J’ai de vous un souvenir amer (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019


 

J’ai l’imagination docile
S’il faut dessiner des yeux gris.
Dans ma solitude provinciale
J’ai de vous un souvenir amer.

Heureux captif de belles mains
Sur la rive gauche de la Néva,
Mon illustre contemporain,
Tout s’est passé comme vous le vouliez,

Vous avez ordonné : Suffit,
Mets ton amour à mort!
Je me défais, je ne veux plus rien,
Mon sang est de plus en plus triste.

Si je meurs, est-ce que quelqu’un
Transcrira pour vous mes poèmes?
Les mots que je n’aurai pas dits,
Qui prendra soin de les faire sonner?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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Souvenir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Souvenir

Tu m’as inventée. Celle que tu imagines
N’existe pas, ne peut exister nulle part.
Chez les médecins, pas de remède ; pas de réconfort
chez les poètes.
Cette ombre, ce fantôme jour et nuit te persécute.

Notre rencontre eut lieu en une année invraisemblable.
Les forces du monde étaient à bout.
Tout portait le deuil. Tout déclinait, malade.
Rien de nouveau, sinon des tombes.

Plus de lumière. Flots de la Néva, noirs comme du goudron.
Nuit, tout autour, compacte, comme un mur.
C’est alors que ta voix m’a défiée.
Ce que je faisais, je ne le comprenais pas encore.

Tu es venu vers moi, comme conduit par une étoile,
Tu foulais aux pieds l’automne tragique,
Tu es entré dans la maison à jamais déserte,
D’où avait fui le vol des poèmes brûlés.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Tout est en ordre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Tout est en ordre : le poème
Se tait comme il convient à sa nature.
Mais quand le motif se détache,
Il frappe du poing à la vitre, —
Et l’on entend l’écho lointain
De cet appel, un bruit atroce, —
Un clapotis, un cri de rapace, une plainte,
Et l’on a la vision de mains en croix.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Danielle Decollonge

 

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Un poème a perdu l’image (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration
    
Un poème a perdu l’image qui le fit naître.
La petite illumination qui accompagnait l’image
et qui l’avait peut-être créée,
resta là désabritée comme un vol sans oiseau.

La petite illumination
oublia alors le poème
et entra dans les yeux du poète
afin qu’ils voient au moins
le poème non écrit.

Et aussi pour attendre en eux
et s’ajouter à tout poème futur.

***

Un poema perdió la imagen que lo hizo nacer.
La pequeña iluminación que venía con la imagen
y que quizá la había creado,
quedó allí desguarnecida como un vuelo sin pájaro.

La pequeña iluminación
olvidó entonces al poems
y ypenetró en los ojos del poeta,
para dejar que vieran por lo mens
el poema no escrito.

Y además para aguardar en ellos
y sumarse a cualquier poema futuro.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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LE POEME (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 

LE POEME

Je parle pour boucher les trous de ton étoffe
amour
je continue mon sommeil animant
Si tu ne viens pas
que sera ma strophe
un rail de plainte interminable
hache de sanglots contre mes lecteurs
Le centre du temps est un arbre atroce un arbre de sable
où germent les clous le cœur est torture véloce un mot nous broie les genoux
Si tu ne viens pas je parle et j’existe
quel feu donnera
ce bois d’orgue triste
j’écris pour appeler un temps plus beau que nous
Et pour les transparents qui souffleront l’argile.

(Jean Sénac)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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Un poème me réveille (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Un poème me réveille
et m’accompagne au dehors.
Plus tard un autre poème
m’accompagne jusqu’au sommeil.

Entre deux poèmes flotte le temps
comme un cerf aux aguets
qui ignore le sommeil et les poèmes.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: F.A. Moore

 

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Il y a place entre nos mains (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
il y a place entre nos mains
pour tout poème inassouvi

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Lettre à la femme aimée au sujet de la mort Fresque peinte sur un mur obscur
Traduction:
Editions: Cheyne

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Un passant marche est-ce moi ? (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



Illustration: Jean-Paul Vignot
    
un passant marche est-ce moi ?
et ta voix me redit tranquille :
oui marche
je ne suis pas femme pour un poème

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Lettre à la femme aimée au sujet de la mort Fresque peinte sur un mur obscur
Traduction:
Editions: Cheyne

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Un seul rythme nous contient (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



    
un seul rythme nous contient
quand habitant dans l’amour notre danse égarée
nous échangeons d’une pleine respiration
l’éternité contre une joie

un rythme ou un poème
qui tient dans son étreinte nue
le sens inexprimé des choses

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Lettre à la femme aimée au sujet de la mort Fresque peinte sur un mur obscur
Traduction:
Editions: Cheyne

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