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Poésie

Posts Tagged ‘poème’

Érotisme de la mémoire (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Luc-Olivier Merson Diane chasseresse-1878

Érotisme de la mémoire

Cuisses de Diane
Ventre de Diane
Seins de Diane
Yeux de Diane

Le petit jour point dans la forêt où tout est orange !
Sauf le tronc marqué de craie des bouleaux.

C’est là près de cet arbre aux feuilles vieillissant avant la saison que j’ai
rencontré Diane dans une attitude naturelle mais rarement décrite
dans les poèmes.
Les fesses ovales se dessinaient entre le désordre du linge et le vert gris
tendre de l’herbe
Dans un sentier voisin le pas d’un garde retentit
Il passa sans qu’on le vît.
Tandis que Diane se dissolvait dans le jour,
comme le croissant de la lune.
À cet endroit de la forêt il y a les débris d’une bouteille
Un vieux livre que les pluies et les rosées renvoient au terreau
Une plume d’oiseau
Un morceau de silex
Une empreinte de pas profondément marquée dans la terre
Et quelqu’un, peut-être, passera là au jour et à l’heure de ma mort
0 vie, enivrante vie
Aveuglante et bienfaisante.

(Robert Desnos)

Illustration: Luc-Olivier Merson

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Allusion aux poètes (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Nicole Clouin
    
Allusion aux poètes

Désireux de tenir l’été dans ma demeure
je tue un lièvre gras et l’emporte au cellier.
Le goût de la saison s’y cache tout entier
avec l’odeur de l’herbe et ses voix les meilleures.

Sans doute, ce trésor sera bientôt pillé
et comme des raisins les mouches violentes
naîtront dans sa fourrure aujourd’hui rayonnante.
– Mais c’est une leçon qu’on ne peut oublier.

Car, mon ami, si tu implores les poètes,
ils vont te révéler de dangereuses fêtes :
puisant dans leur mémoire une vive beauté,

ils composent des vers où brille la souffrance
et montrent, orgueilleux de leur grande opulence,
quelque poème lourd comme un lièvre tué.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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Equatorial (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Equatorial

Ici la pointe de mon nez
Là Jupiter Mars et la Lune
Plus loin là-bas ma chatte sur mes genoux
Et tout rond la mort d’un vieil ami
Dort sur le divan
Et l’heure qui vient de sonner
S’embrouille dans la fumée de ma cigarette
Et tout ce qu’il y a encore
Et c’est ma main
Et c’est mon coeur
Et c’est la porte
C’est la fenêtre
Et tout et tout
Un poème à n’en plus finir

(Pierre Albert-Birot)


Illustration

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Si je te bois, poème (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
Si je te bois, poème, si je mange
ta nourriture, émerge l’énergie
qui me fait vivre. Une image et je vole
ou je renais.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Je relisais (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Je relisais

Je relisais mon poème de l’aube
et j’entendais le son d’une autre voix.
Qui parle en moi ? Ce rêve dans mon rêve
ou ce réel qui ne veut pas éclore ?

Mes lendemains seront de telle sorte
que le passé ne pourra les atteindre.
Ma solitude écarte l’incarnat
de ces rideaux qui tombent sur mes yeux.

A moi le jour, à moi la terre ferme.
Ma vie éclate et je suis le bourgeon,
je suis la fleur et je suis le parfum
du seul instant qui contient l’éternel.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Si je n’étais (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
Si je n’étais

Si je n’étais hors de moi le poème
s’envolerait. Il n’aime que l’essor.
En moi caché, je ne l’aborde pas.
Lui seul prendra la mesure des mots.

Il veut ma place, il envahit l’espace,
il est le temps quand je suis la seconde,
il est distance où je ne suis qu’un pas
et sa grandeur me dit ma petitesse.

Donc révérence. A lui le domicile.
Je me retire, il dispose des lieux
il les emplit de toute sa présence
et moi devant cette porte fermée
j’espère un signe et qui ne vient jamais.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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L’homme de douleur (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
— L’homme de douleur
ne veut plus être touché
par une main douce
qui se pose sur sa nuque,
par un air de musique
qui l’avait fait pleurer,
par un poème appris
dont il murmure les vers,
par la chaleur tranquille
d’une soirée d’été,
par la voix d’un enfant
qui chante en solo ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Je ne te fatiguerai plus avec des poèmes (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: Eoghan de Leastar
    
Je ne te fatiguerai plus avec des poèmes.
Disons que je t’ai dit
nuages, ciseaux, cerfs-volants, crayons,
et que peut-être une fois
tu as souri.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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J’ai souvent fait et refait un rêve (Jean-François Manier)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



 

 

J’ai souvent fait et refait un rêve
qui raconte toujours plus ou moins la même chose :
je me retrouve dans une maison très familière,
la mienne ou peut-être une maison de vacances, ou d’amis proches,
quand soudain sans raison apparente,
je comprends avec un immense bonheur
qu’une partie de cette habitation m’était demeurée cachée.
Que j’avais ainsi vécu longtemps, des années peut-être,
à côté d’une chambre close, sans le savoir,
jusqu’à ce moment précis où je vais pousser la porte.
Le rêve s’arrête là,
à cette joie qui me laisse ému, tremblant, au seuil de l’inconnu.

J’ai eu envie d’écrire un long poème
qui serait comme une invitation à entrer dans l’espace réel et mystérieux
qui commence derrière cette porte.

(Jean-François Manier)

 

 

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Les mots grognent (Alain Serres)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018




    
Les mots grognent. Les mots reniflent. Ils se grattouillent,
protègent un trésor sous leur pattes,
et déposent leurs crottes là où l’on ne les attend pas.
Ils suçotent des bourgeons aussi, et font des petits.

Leurs petits, ils les cajolent,
puis les précipitent un très beau matin
depuis leur nid dans la transparence de la vie.

Ah ! Les mots ! Ils ne sont pas vraiment nés pour terminer au zoo !
Ouvrez les livres et délivrez les mots !

A chaque page tournée vous libérez une porte ; à chaque porte un mot revit.
Alors suit la meute.
Elle s’agenouille, léchant la paume de votre main d’un long coup de langue ,
ou bien mordillant vos rêves de chasseurs.

Dans un grognement bref et dense,
les mots interrogent soudain la nuit de l’encre :
 » A quelle heure l’homme sera-t-il un poème ? »

(Alain Serres)

 

 

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