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Posts Tagged ‘reconnaître’

DIALOGUE DU MORT ET DU VIF (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019




    
DIALOGUE DU MORT ET DU VIF

Viendrez-vous ? — Je vous connaissais :
je ne vous reconnais plus.
Viendrez-vous ? — Eh, qui donc parle ?
Je ne sais qui vous êtes.

Viendrez-vous de notre côté ?
— Vous êtes un faux visage
qui fait semblant de vivre,
je n’ai rien à vous dire.

Vous viendrez, je le sais
vous rejoindrez nos rangs
qui croissent tous les jours
et piétinent dans l’ombre.

— Alors je franchirai
le seuil infranchissable
nous sommes l’un à l’autre
fermés impénétrables
je parle déjà seul
il faudra bien me taire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans mon lieu de naissance (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Dans mon lieu de naissance
Le coiffeur de mon enfance
Ne m’a pas reconnu
Et a coupé mes cheveux
Sans y prêter attention

(Abbas Kiarostami)

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AUTOMNE À COGOLIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration: Michelle Auboiron  
    
AUTOMNE À COGOLIN

Là, le soir qui vient
Ici une fenêtre
Plus près la pluie
Plus loin une lampe
une autre
deux autres
plusieurs.
Est-ce le jour, la nuit ?
Est-ce que je suis toujours — ou jamais ?
Et de si peu que rien
ferai-je quelque chose ?

LÀ-BAS dorment les chênes-lièges
où gîtent depuis cent mille ans
les druides les fées les salamandres
LÀ résonne la fêlure de l’horloge
ici court un passant
trempé par l’averse
mais indifférent content
songeant, se souvenant.
Ma voix que j’entends mal
répète encore ces mots :
ICI LA-BAS
TOUJOURS JAMAIS

Mais qui donc sous ce porche espère ?
L’ombre elle aussi déjà
sous les voûtes s’amasse et sourit.
Qu’est-ce qui m’attire au fond de ce rien,
de cet instant qui s’efface ?

Je n’entends plus
Je suis le silence j’attends.
Gerbe où je suis tombé
arraché déchiré
sur le point de saisir
sur le point de sauver
dans l’ombre de velours
un objet sans valeur et sans prix
vérité attendue inconnue
reconnue
connaissance comblée épuisée

peu de chose pour tout.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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IMAGERIE (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



IMAGERIE

Comment encore reconnaître
ce que fut la douce vie?
En contemplant peut-être
dans ma paume l’imagerie

de ces lignes et de ces rides
que l’on entretient
en fermant sur le vide
cette main de rien.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

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Comment encore reconnaître ce que fut la douce vie ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Comment encore reconnaître
ce que fut la douce vie ?
En contemplant peut-être
dans ma paume l’imagerie

de ces lignes et de ces rides
que l’on entretient
en fermant sur le vide
cette main de rien.

***

How then to recognize
what gave life its balm?
Perhaps if I scrutinize
these pictures in my palm

engraved in line and crease
which are best employed
when this hand of nothingness
is clenched upon the void.

(Rainer Maria Rilke)

Découvert ici:https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Approche (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Approche, dernière chose que je reconnaisse,
mal incurable dans l’étoffe de peau; […]
Naïvement pur d’avenir, je suis
monté sur le bûcher trouble de la douleur,
sûr de ne plus acheter d’avenir
pour ce coeur où la source était muette.
Suis-je encore, méconnaissable, ce qui brûle?
Je n’y traînerai pas de souvenirs.
Ô vie, ô vie; être dehors.
Et moi en flammes. Nul qui me connaisse
Suis-je encore, méconnaissable, ce qui brûle ?
Je n’y traînerai
pas de souvenirs.
O vie, ô vie : être dehors.
Et moi en flammes. Nul qui me connaisse.

(Dernière annotation dans son Journal)

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Ethan Cranke

 

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À la lisière du temps (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
À la lisière du temps

Quand on marche le soir à la lisière du temps
il monte soudain une bouffée d’enfance
les cris d’hirondelles folles d’un préau d’école
ou le silence de la barque sur fa rivière
à la tombée du jour quand le soleil rase l’eau qui moucheronne
ou bien la sonnette (deux fois) de l’épicerie-mercerie
où on achète après l’école les rouleaux de réglisse Zan
qui barbouillent de noir et font les doigts collants

On tend l’oreille le long du voile de la brume
Quelqu’un parle à voix basse
sans qu’on puisse reconnaître la voix
et sans comprendre les paroles
les mots chuchotés loin à l’envers du silence

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Se détourner du temps (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Se détourner du temps,
déjouer le compte-gouttes de l’âge
et déchirer le suaire
des minutes répétées comme des abeilles.

Comment fouler le temps
et marcher sur lui
comme sur une plage
dont la mer s’est séchée ?

Comment sauter sur le temps
et avoir pied dans le vide
et son absence creusée ?

Comment reculer dans le temps
et raccorder le passé
à tout ce qui fuit ?

Comment trouver dans le temps l’éternité,
l’éternité faite de temps,
de temps congelé dans les gosiers les plus froids ?

Comment reconnaître le temps
et trouver le fil inconnu
qui coupe ses moments
et le divise toujours
justement au milieu ?

***

Desconocer el tiempo,
desbaratar el cuentagotas de la edad
y rasgar el sudario
de los minutos repetidos como abejas.

¿Cómo pisar en el tiempo
y caminar por el
como sobre una playa
cuyo mar se ha secado?

¿Cómo saltar en el tiempo
y hacer pie en el vacío
y su excavada ausencia?

¿Cómo retroceder en el tiempo
y empalmar el pasado
con todo lo que huye?

¿Cômo encontrar la eternidad en el tiempo,
la eternidad hecha de tiempo,
de tiempo congelado en las fauces mas frías?

Cômo reconocer el tiempo
y hallar el filo ignoto
que corta sus momentos
y siempre lo divide
justamente en el medio?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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La vie a une musique de fond (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2019



La vie a une musique de fond.
Nul ne sait reconnaître son origine,
mais il nous semble parfois nous rappeler sa mélodie.

C’est assez peut-être
pour ne pas nous sentir complètement étrangers,
quand toutes les musiques s’éclipsent
comme des soleils impuissants
dans les agitations subreptices
des espaces muets.

Bien que nous vivions à peine,
la musique de fond de la vie
nous permet pour le moins
d’écouter la rumeur de vivre.

(Roberto Juarroz)

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Rencontre (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



 

Illustration: Jean-Jacques Sempé
    

Rencontre

Celui que je rencontre en rêve
et qui poliment me salue
il me semble le connaître
je crois l’avoir déjà vu

Je cherche dans ma mémoire
où j’ai pu le rencontrer
Je ne retrouve pas son nom
mais son air me dit quelque chose

Puis-je vous demander monsieur
où nous avons fait connaissance?
Si je me trompe excusez-moi
J’ai quelquefois des absences

Je vous en prie dit la personne
Vous avez tout à fait raison
Nous avons habité tous deux
les mêmes lieux la même ville

le même temps le même corps
la même guerre (et un peu plus
nous habitions la même mort
Mais vous vous avez survécu)

Excusez-moi dis-je à voix basse
Je ne m’étais pas reconnu

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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