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Poésie

Posts Tagged ‘étranger’

L’Ordre (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020


 

Assurances en tous genres, je garantis le vent,
les cornes du taureau et vos âmes paisibles.
Je garde la brise de devenir tempête
et la folie d’emplir de ses lunes les yeux des femmes.

Je maintiens les héritages, vous défends
contre la grivèlerie de l’étranger
aux détours pernicieux,
les retours d’amour fou,
et ce déboulé de frénésie, la justice.

La prime vous plaira: je ne prends que les songes.
(André Frénaud)

 

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UN HOMME ATTEND L’AUBE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



 

Illustration: Christophe Saccard
    
UN HOMME ATTEND L’AUBE

Le livret militaire, le diplôme de docteur
Et quelques lyriques tourmentes.
Sur la colline,
Tranquille,
Le moulin à vent.
Le miroir du lac
S’assombrit dans le soir.
Sur une maison abandonnée
La chouette chuinte.
Les étoiles sont loin.
De la fraîcheur.
Il fait bon maintenant
Etre avec les siens
Autour de la table
Sous la lampe à pétrole.
Un chien aboie
Sur l’étranger qui passe.
Seul.
Les chemins vont dans les ténèbres.
Silence.
Des diamants — les étoiles —
Ecorchent le verre bleu de la nuit.
Déserte, la plaine.
Un mur inachevé.

Ruines. Odeur de ciguë.
Ici, dans les fondations,
Le maître-maçon
N’a pas emmuré son amour.
Demain
Sur les pierres chaudes, au soleil,
Sortiront les lézards.
Demain !
Soleil !
Ici il y a du feu dans l’âtre.
Sous les cendres, la braise.
Des vieilles ramures
Jaillit la flamme.
Le passé est une souche
Sur laquelle est assis un homme,
Le visage éclairé
Par la flambée.
Le visage éclairé,
Un homme
Attend l’aube.

(Mihai Beniuc)

 

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A une valseuse (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



 

Liz McKay  -ImpressioniArtistiche-7 [1280x768]

A une valseuse

Pendant que vous valsez, belle, gaie et légère
Dans les bras du premier venu,
Et que vous acceptez l’étreinte passagère
D’un étranger, d’un inconnu,

Vous la femme si bonne et la vierge si pure
Ignorant tout du sombre mal,
Vous subissez, modeste et douce, la souillure
Des désirs qu’avive le bal.

Et sans en rien savoir, livrée à la cadence,
Vous ne sentez pas que des bras
Vous possèdent bien plus que n’exige la danse;
Vous valsez et ne pensez pas.

Mais moi qui vous adore et tremble de le dire,
Qui vous aime comme de loin,
Qui connais la vertu de votre cher sourire,
Hélas ! moi qui ne danse point,

Je ne mérite pas cette faveur insigne
De presser vos petits doigts blancs,
Et je n’ai pas le droit, moi l’ami trop indigne,
Qu’a le dernier de vos galants…

Valsez, charmante fée aux jolis pieds agiles,
Qu’on se repasse tour à tour
Comme ces fins bijoux délicats et fragiles
Qu’on admire et qu’on aime… un jour !

(Albert Lozeau)

Illustration: Liz McKay

 

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TU ME REPROCHES… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



    

TU ME REPROCHES…

Tu me reproches d’effleurer ta lèvre à peine
Comme un vent caressant les feuilles en chemin
Et d’enfoncer ensuite avidement mes mains
Dans la terre vers les racines qui l’étreignent.

J’aime bien le feuillage au murmure enivrant,
Pourtant c’est la racine que je lui préfère :
Elle, qui n’a pas le baiser de la lumière,
Transmet à l’arbre son frisson en gémissant.

Ce qui se passe en nous, en nos jeux passionnés,
Certes ni toi ni moi nous ne le savons guère;
Mais je comprends que tu voudrais te dominer,
Pour ne pas me céder m’être plus étrangère.
Une force inconnue et qu’on ne peut soumettre
Nous couche tous les deux au sol et nous pénètre.
Notre amour, ce frère jumeau de la folie,
Etait un feu, c’était un immense incendie.
Et, sachant bien qu’il ne pouvait que nous détruire,
Qu’à ce maudit éclatement aucun de nous
Ne saurait échapper, comme dans la forêt
En flammes, sans aucun espoir de se sauver,
Toutes les bêtes vont périr épouvantées,
Hurlant et s’entre-déchirant, luttant à mort,
Cherchant en vain de quel côté prendre la fuite,
Alors que sur les eaux passe un courant de feu —
Nous deux, serrés l’un contre l’autre, restons là,
Ainsi que dans un conte, ne comprenant rien.
Nous avons mis le feu au bois de la sagesse
Et brûlons vifs, dans les flammes, dans la fumée.

(Mihai Beniuc)

 

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Racistes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2020



Racistes

Voilà ce qu’ils disent :
l’anémone est plus intelligente que la rose
le sable est plus beau que le chat
et la pierre a toujours été
supérieure au potiron

Ils reprochent au noir
d’être plus noir que le blanc
comme si on reprochait au feu
d’être plus chaud que la neige
et au miel d’être plus sucré que la vague

Et s’ils ont peur de leur ombre
c’est qu’ils se doutent un peu
que haïr l’étranger
c’est avoir peur de soi.

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

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LIGNES DE FUITE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

LIGNES DE FUITE

Là où nous porte le désir
sans bagage l’esprit dérive
que brûle la soif de connaître

Après emboîtage du corps
nulle nouvelle n’est transmise
du long voyage à l’étranger

Il doit se poursuivre — dit-on —
en insolite dimension
et traversée d’infini

Enfant nostalgique à jamais
du halo d’un verbe à venir
nef perdue au fil d’un ruisseau

Danseur d’équilibre précaire
toujours menacé le bonheur
se risque au vertige du vide

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration

 

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L’HOMME ET SON OMBRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2020



Illustration
    
(Recueil Pages d’écriture)
L’HOMME ET SON OMBRE

La déroute des idoles n’a pas étouffé en nous le désir
de construire quelques êtres démesurés, étrangers à la raison,
capables de contenir toutes nos craintes, et, en même temps,
de nous conduire aux portes d’un empire incorruptible, paré
des augustes prestiges de l’impersonnalité.
Mais, par un bizarre paradoxe, puisque nulle chose, même
au bord du néant, ne peut nous arracher au souvenir de notre
condition, il semble qu’aujourd’hui la première de ces figures
mythiques, encore obscure et tremblante comme un monde
naissant, ne soit autre que l’Homme lui-même. Dans les
définitions qu’il se donne de sa propre nature et de son propre
destin, il n’est pas un trait, pas une notion qui ne le dépasse.
Son ombre gigantesque l’entraîne et il la suit en gémissant.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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EPITAPHE POUR JOAQUIN PASOS (Ernesto Cardenal)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2020



Illustration: Paola Grizi

    

EPITAPHE POUR JOAQUIN PASOS

Il passait ici par ces rues, à pied,
sans relation, sans travail et sans argent.
Seuls les poètes, putains et poivrots
connaissaient ses vers.

Jamais il n’a été à l’étranger.
Il était en prison.
Maintenant il est mort.
Il n’a aucune statue.

Mais
souvenez-vous de lui quand vous aurez des ponts en béton,
de grandes turbines, des tracteurs, des remises argentées,
de bons gouvernements.

Car dans ses poèmes il a épuré la langue de son peuple
où un jour les accords commerciaux, la Constitution,
les lettres d’amour
et les décrets seront écrits.

***

EPITAFIO PARA JOAQUÍN PASOS

Aquí pasaba a pie por estas calles,
sin empleo ni puesto y sin un peso.
Sólo poetas, putas y picados
conocieron sus versos.

Nunca estuvo en el extranjero.
Estuvo preso.
Ahora está muerto.
No tiene ningún monumento…

Pero
recordadle cuando tengáis puentes de concreto,
grandes turbinas, tractores, plateados graneros,
buenos gobiernos.

Porque él purificó en sus poemas el lenguaje de su pueblo,
en el que un día se escribirán los tratados de comercio,
la Constitución, las cartas de amor,
y los decretos.

***

EPITAPH FOR JOAQUÍN PASOS

He used to walk here, along these streets,
without job or position and without a peso.
Only poets, prostitutes, and bums
knew his verses.

He was never abroad.
He was in prison.
Now he’s dead.
He hasn’t any monument . . .

But
remember him when you have concrete bridges,
big turbines, tractors, silver-plated barns,
good governments.

Because in his poems he purified the language of his people,
in which one day trade agreements will be written,
the Constitution, the love letters,
and the decrees.

***

EPITAF DEMI JOAQUÍN PASOS

Dia sentiasa berjalan di sini, di lorong ini
tanpa jawatan atau kedudukan, tanpa duit
Hanya penyair, wanita sundal dan yang musnah
memahami puisinya.

Tidak pernah berkelana ke luar negara.
Terkurung di penjara.
Kini kembali ke negeri abadi.
Tiada tugu…

Tapi
Titi konkrit, turbin besar, traktor, bangsal perak, kerajaan telus
kembalikan ingatan terhadapnya.
Dalam puisinya disucikan bahasa warganya,

bakal termeterai perjanjian perdagangan,
Perlembagaan, surat cinta
dan dekri.

***

EPITAF PENTRU JOAQUÍN PASOS

A fost pe-aici, cândva, mergând pe-aceste străzi
fără angajamente sau funcții sau vreun peso.
Și doar câțiva poeți și cerșetori, și curve
versul i l-au aflat.

Nicicând peste hotare n-a plecat.
A stat toți anii lui încarcerat.
Acum în viață nu mai este.
Nimeni nu i-a făcut vreun monument…

Dar voi
să-l evocați când poduri ridicați,
turbine și tractoare și argintii hambare,
guverne binefăcătoare.

Căci el prin poezie a-nnobilat limbajul din popor,
limba în care-apoi s-au scris acorduri, legi
scrisori de amor,
decrete.

***

EPITAFFIO PER JOAQUÍN PASOS

Era solito passeggiare qui, lungo queste strade,
senza un lavoro o una posizione, senza una lira.
solo poeti, prostitute e straccioni
conoscevano i suoi versi.

Non era mai stato all’estero.
Conosceva la prigione.
Adesso è morto.
Non ha nessun monumento . . .

Eppure
ricordalo quando nell’avere ponti in cemento,
grandi turbine, trattori, silos argentati,
buoni governi.

Perché nelle sue poesie ha purificato il linguaggio del suo popolo,
nel quale un giorno scriveranno accordi commerciali,
la Costituzione, lettere d’amore
e le leggi.

***

EPITÁFIO PARA JOAQUÍN PASOS

Aqui passava a pé por estas ruas,
sem emprego, sem posto, e sem dinheiro.
Somente poetas, putas e borrachos
conheceram os seus versos.

Nunca foi para o exterior.
Esteve preso.
Agora está morto.
Não tem nenhuma estátua…

Mas
lembrem dele quando tiverem pontes de concreto,
grandes turbinas, tratores, prateados celeiros,
bons governos.

Porque ele purificou nos seus poemas a língua do seu povo,
em que um dia serão escritos os tratados de comércio,
a Constituição, as cartas de amor,
e os decretos.

***

ΕΠΙΤΑΦΙΟΣ ΓΙΑ ΤΟΝ JOAQUÍN PASOS

Εδώ σ’ αυτούς τους δρόμους συνήθιζε να περπατεί
δίχως δουλειά, δίχως δεκάρα ή θέση
οι ποιητές, ιερόδουλες κι αλήτες
τους στίχους του ρητόρευαν
ποτέ του δεν ταξίδεψε
μπήκε σε φυλακή
και τώρα πια νεκρός δίχως μνημείο.
Μα πείτε του πως γέφυρες έχετε
τουρμπίνες, και τρακτέρ, και αποθήκες
και κυβερνήσεις με μυαλό
τη γλώσα του λαού με στίχους είχε αγιάσει
που συμφωνίες μια μέρα θα γραφτούν
και Καταστατικό, και γράμματα ερωτικά
και τίτλοι.

***

乔昆·帕索斯墓志铭

他过去常走在这里, 沿着这些街道,
没有工作或职位, 也没有比索。
只有诗人、卖淫者和流浪汉
知道他的诗句。
他从未出过国。
他曾坐监狱。
现在他死了。
他没有纪念碑……
但是
当你有混凝土桥的时候记得他,
大型涡轮机,拖拉机, 银色谷仓,
好政府。
因为他在诗中净化了人民的语言,
其中有一天贸易协定会被写下来,
宪法,情书,
以及法令。

***

GRAFSCHRIFT VOOR JOAQUÍN PASOS

Hier kwam hij langs deze straten, te voet,
zonder betrekking, zonder werk en zonder geld.
Alleen dichters, hoeren en dronkaards
kenden zijn verzen.

Hij was nooit in het buitenland.
Hij was in de gevangenis.
Nu is hij dood.
Hij heeft geen enkel standbeeld…

Maar
herinner hem wanneer jullie bruggen van beton zullen hebben,
grote turbines, tractors, verzilverde schuren,
goede regeringen.

Want hij zuiverde in zijn gedichten de taal van zijn volk
waarin ooit de handelsovereenkomsten, de Grondwet,
de liefdesbrieven,
en de decreten zullen worden geschreven.

***

***

***

***

(Ernesto Cardenal)

 

Recueil: ITHACA 622
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Anglais Stanley Barkan / Malaisien : Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Grec Manolis Aligizakis / Chinois William Zhou / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Russe Rahim Karim / Indi Jyotirmaya Thakur / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Le silence (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



Au fond du temps verdoie un merveilleux silence
fait avec les bourgs, les villes et les coteaux
il dort et s’accomplit
il épuise une pierre
et celle-ci tombe un soir d’hiver
sur une femme étrangère
aux seins couleur d’opale
qu’enferme du drap rouge.
Avec la femme meurent d’infimes bêtes
une fleur, un oiseau, un calvaire
écrasés par la même pierre.

(Jean Follain)

Illustration: Carolus Duran

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Tué, tué… (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

Eugeniusz Zak - Tutt'Art@ (12)

Etranger, vois-tu cette lampe brillant derrière la vitre ?
Ma mère m’attend et je ne viens pas,
Tout est silence dans la nuit, les champs obscurs
[…]
Pour moi qui rôde d l’aveuglette, tué, tué…

(Srecko Kosovel)

Illustration: Eugeniusz Zak

 

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