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Posts Tagged ‘effroi’

Dans la merveille et dans l’effroi (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



Dans la merveille et dans l’effroi

Moi qui tant vous ressemble,
Nous vie dans le vide,
Moi qu’amour et mort,
Espoir, absence déchirent,
Que voulez-vous que me donne un mot
Qui ne crie, ne songe, ni ne chante,
Ne s’éteint au seuil du silence
Telle cette joie au bord des larmes
Qui me ressemble et vous ressemble,
Nous qui sommes trace éphémère
Dans la merveille et dans l’effroi.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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Les antiques saveurs (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2022




Les antiques saveurs

Avec effroi, j’ai posé une guirlande
de fleurs fraîches et funèbres
sur les cheveux presque allemands
de ma jeunesse :
chaudes soirées
et midis dans un cimetière
saturé du soleil
de ma mère et des enfants nés
en des pays à jamais perdus pour moi.

Blasé, je veux poser une guirlande
de fleurs sèches
sur les cheveux presque grecs
de mon âge adulte:
que les rides de mon front
disparaissent
pour tromper le temps
véritable, éternel,
dans la fraîcheur d’un coeur toujours neuf.

Tout comme, en ces jours lointains,
elles le faisaient des fleurs fraîches
mes mains pourront-elles tresser
des fleurs sèches?
Aujourd’hui je me dupe, hier
j’étais dupé : pourtant si une pensée
légère ou un souci
me harcèle, mon coeur brûle à nouveau
pour les antiques saveurs.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Odilon Redon

 

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DES LIONS (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2022




    
DES LIONS

La caravane a chu dans l’herbe haute
et ce qui reste n’est plus qu’un grand trou
dans la nuit où vont toutes les routes
que nous avons laissé partir

seules, à regret, comme des étrangères
qui savaient lire en nos yeux l’insoutenable
attente et l’effroi de mourir ici. Nous avons
baissé trop tôt les paupières,

croyant couper à jamais les ailes du désir,
mais nos rêves sont des lions penchés
sur l’eau croupie des draps, des lions
et qui rugissent encore

quand la caravane s’ébranle avec la lune.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FILLE MAIGRE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



(c) BRIDGEMAN; Supplied by The Public Catalogue Foundation

 

LA FILLE MAIGRE

Je suis une fille maigre
Et j’ai de beaux os.

J’ai pour eux des soins attentifs
Et d’étranges pitiés.

Je les polis sans cesse
Comme de vieux métaux.

Les bijoux et les fleurs
Sont hors de saison.

Un jour je saisirai mon amant
Pour m’en faire un reliquaire d’argent.

Je me pendrai
A la place de son coeur absent.

Espace comblé,
Quel est soudain en toi cet hôte sans fièvre ?

Tu marches
Tu remues ;
Chacun de tes gestes
Pare d’effroi la mort enclose.

Je reçois ton tremblement
Comme un don.

Et parfois
En ta poitrine, fixée,
J’entrouvre
Mes prunelles liquides

Et bougent
Comme une eau verte
Des songes bizarres et enfantins.

(Anne Hébert)

Illustration: John Augustus Edwin

 

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Comprends que je déraisonne (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2021




    
Comprends que je déraisonne,
Que mon coeur, avec effroi,
Dans tout l’espace tâtonne
Sans se plaire en nul endroit…
Je n’ai besoin que de toi
Qui n’as besoin de personne !

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Poème de l’amour
Traduction:
Editions: Le livre unique

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Aurais-je mis plus de poids à vivre (Jamel Eddine Bencheikh)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2021



Aurais-je mis plus

De poids à vivre si j’avais
Par avance
Connu la légèreté d’existence?

Tandis que le souvenir se délite
Je tiens des moments
Comme une ronde

L’effroi se démentira-t-il
Le jour où impréparé
Je recevrai l’annonce?

(Jamel Eddine Bencheikh)


Illustration: Gilbert Garcin

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Je respire où tu palpites (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant :  » Où donc est ma soeur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

(Victor Hugo)

Illustration:Edvard Munch

 

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Il souffle un vent terrible (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2021



 

trou coeur1

Il souffle un vent terrible.
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible…
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi
et impuissance :
Il y a impuissance et le vent en est dense,
Fort comme sont les tourbillons,
Casserait une aiguille d’acier,
Et ce n’est qu’un vent, un vide…

(Henri Michaux)

Illustration

 

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PANIQUE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



PANIQUE

Le temps a brillé son bois
Il crie l’oiseau d’effroi
Du cri de sa gorge.

(Pierre Morhange)


Illustration

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Descendre les yeux ouverts (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2021



Illustration: Georges Rey
    
descendre
les yeux ouverts
à l’intérieur
du gouffre

s’arracher
aux illusions
aux mensonges
aux complaisances

se laisser broyer
par la souffrance
qui naît de tout
ce qu’il faut rejeter

consentir
au silence
à la solitude
à l’effroi

dans cette juste
lumière
demeurer
nu

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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