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Poésie

Posts Tagged ‘effroi’

Cet amour (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



Il m’étouffe je suis entré dans ce
Silence entrée désespérée dans cet
Amour dans l’effroi qu’il puisse si vite
Mourir terreur torturante de perdre
Cet amour dans ce silence et plus rien
Ne me distrait de vous plus rien qu’écrire
Mon amour prononcer mon amour dans
Le blanc silencieux de cette lettre
Ne pas sortir du silence jamais
De toute ma vie rien à quoi je puisse
Tant tenir « même si vous ne devez
Plus jamais reprendre ma main dans la
Vôtre ».

(Claude Adelen)

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Malheur à moi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Aaron Westerberg  (7)

Malheur à moi

Malheur à moi ! je ne sais plus lui plaire ;
Je ne suis plus le charme de ses yeux ;
Ma voix n’a plus l’accent qui vient des cieux,
Pour attendrir sa jalouse colère ;
Il ne vient plus, saisi d’un vague effroi,
Me demander des serments ou des larmes :
Il veille en paix, il s’endort sans alarmes :
Malheur à moi !

Las de bonheur, sans trembler pour ma vie,
Insoucieux, il parle de sa mort !
De ma tristesse il n’a plus le remord,
Et je n’ai pas tous les biens qu’il envie !
Hier, sur mon sein, sans accuser ma foi,
Sans les frayeurs que j’ai tant pardonnées,
Il vit des fleurs qu’il n’avait pas données :
Malheur à moi !

Distrait d’aimer, sans écouter mon père,
Il l’entendit me parler d’avenir :
Je n’en ai plus, s’il n’y veut pas venir ;
Par lui je crois, sans lui je désespère ;
Sans lui, mon Dieu ! comment vivrai-je en toi ?
Je n’ai qu’une âme, et c’est par lui qu’elle aime :
Et lui, mon Dieu, si ce n’est pas toi-même,
Malheur à moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aaron Westerberg

 

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Tu n’es aucun des autres (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Tu n’es aucun des autres

N’espère rien de ce que t’ont laissé
Écrit tous ceux qu’implore ton effroi;
Tu n’es aucun des autres et tu te vois
Centre du labyrinthe qu’ont tramé
Tes pas. Jésus, Socrate à l’agonie
Ne te sauveront pas, ni le vaillant
Siddharta d’or qui, au jour déclinant,
Dans un jardin à la mort a dit oui.
Poussière aussi est le mot que ta main
Vient d’écrire, le verbe prononcé
Par ta bouche. L’Hadès est sans pitié
Et la nuit divine n’a pas de fin.
Ta matière est le temps, cet incessant.
Tu n’es que chaque solitaire instant.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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INSOMNIE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Irina Kotova

INSOMNIE

La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.

***

DESVELO

Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Irina Kotova

 

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Nous ne boirons pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Nous ne boirons pas dans le même verre
Ni de l’eau, non, ni du vin doux,
Pas de baisers au petit matin,
Pas de soirées à la fenêtre.
Tu respires par le soleil, je respire par la lune
Mais nous vivons d’un seul amour.

À mes côtés, mon tendre ami fidèle,
Avec toi ta compagne joyeuse.
Comme je comprends l’effroi de ces yeux gris,
C’est toi, la raison de mon mal.
Ne multiplions pas nos brèves rencontres.
Ainsi garderons-nous notre tranquillité.

Juste ta voix qui chante dans mes vers,
Et dans les tiens passe mon souffle.
Oh, ce brasier, ni l’oubli ni la peur
N’osent l’effleurer,
Si tu savais comme je les aime
Tes lèvres sèches, tes lèvres roses !

(Anna Akhmatova)

 

 

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L’attente (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Jules Joseph Lefebvre    Marie-Madeleine-dans-la-grotte-1876-Jules-Joseph-Lefebvre

L’attente

Du monde invisible et d’aurore
Où me guidaient mes anges pieux,
Qui viendra me rouvrir les yeux ?
Voici le jour. Je rêve encore.

Le doux enchantement des airs
Qui passent sur les roseraies,
Dans mes prunelles azurées
Vient comme une aube au fond des mers.

Heures et choses incertaines ;
Au loin, dans des bosquets de fleurs,
Me chantent mes divines soeurs,
Et j’écoute leurs voix lointaines.

Je tremble et de joie et d’effroi.
Nue, en ma chevelure blonde,
J’attends que le soleil m’inonde,
Et qu’une ombre tombe de moi.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Jules Joseph Lefebvre

 

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Le cheval s’est détaché (Kooku)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2019



Le cheval s’est détaché
on entend des cris d’effroi

(Kooku)


Illustration

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LES OIES INQUIETES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Illustration: Christiane Marette
    
LES OIES INQUIETES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

(Gaston Couté)

 

 

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Illisible visage (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Illisible visage, rien
qui change :
l’impatience est obscure
et désirable.

Le monde s’efface
avant l’aube
dans l’effroi des lointains violents.

Te voici séparé si profondément
cherchant en toi-même asile :
où est la voix ?
où est la rive ?

Dans les sillons : jour maigre
échappé à l’abîme,
l’irrécusable lumière.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Entre nous (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Nous nous présentons
Aux Fleurs, aux Planètes
Mais entre nous
Nous avons des étiquettes,
Des gênes
Des effrois

***

We introduce ourselves
To Planets and to Flowers
But with ourselves
Have etiquettes
Embarrassments
And awes

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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