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Posts Tagged ‘effroi’

INSOMNIE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Irina Kotova

INSOMNIE

La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.

***

DESVELO

Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Irina Kotova

 

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Nous ne boirons pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Nous ne boirons pas dans le même verre
Ni de l’eau, non, ni du vin doux,
Pas de baisers au petit matin,
Pas de soirées à la fenêtre.
Tu respires par le soleil, je respire par la lune
Mais nous vivons d’un seul amour.

À mes côtés, mon tendre ami fidèle,
Avec toi ta compagne joyeuse.
Comme je comprends l’effroi de ces yeux gris,
C’est toi, la raison de mon mal.
Ne multiplions pas nos brèves rencontres.
Ainsi garderons-nous notre tranquillité.

Juste ta voix qui chante dans mes vers,
Et dans les tiens passe mon souffle.
Oh, ce brasier, ni l’oubli ni la peur
N’osent l’effleurer,
Si tu savais comme je les aime
Tes lèvres sèches, tes lèvres roses !

(Anna Akhmatova)

 

 

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L’attente (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Jules Joseph Lefebvre    Marie-Madeleine-dans-la-grotte-1876-Jules-Joseph-Lefebvre

L’attente

Du monde invisible et d’aurore
Où me guidaient mes anges pieux,
Qui viendra me rouvrir les yeux ?
Voici le jour. Je rêve encore.

Le doux enchantement des airs
Qui passent sur les roseraies,
Dans mes prunelles azurées
Vient comme une aube au fond des mers.

Heures et choses incertaines ;
Au loin, dans des bosquets de fleurs,
Me chantent mes divines soeurs,
Et j’écoute leurs voix lointaines.

Je tremble et de joie et d’effroi.
Nue, en ma chevelure blonde,
J’attends que le soleil m’inonde,
Et qu’une ombre tombe de moi.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Jules Joseph Lefebvre

 

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Le cheval s’est détaché (Kooku)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2019



Le cheval s’est détaché
on entend des cris d’effroi

(Kooku)


Illustration

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LES OIES INQUIETES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Illustration: Christiane Marette
    
LES OIES INQUIETES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

(Gaston Couté)

 

 

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Illisible visage (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Illisible visage, rien
qui change :
l’impatience est obscure
et désirable.

Le monde s’efface
avant l’aube
dans l’effroi des lointains violents.

Te voici séparé si profondément
cherchant en toi-même asile :
où est la voix ?
où est la rive ?

Dans les sillons : jour maigre
échappé à l’abîme,
l’irrécusable lumière.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Entre nous (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Nous nous présentons
Aux Fleurs, aux Planètes
Mais entre nous
Nous avons des étiquettes,
Des gênes
Des effrois

***

We introduce ourselves
To Planets and to Flowers
But with ourselves
Have etiquettes
Embarrassments
And awes

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Mon effroi le plus profond (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Du fond du coeur j’avoue
Mon effroi le plus profond :
Découvrir par delà le voile de la mort
Non les vieux enfers de glace et de feu
Mais un visage trop miséricordieux
Pour mon âme peuplée de démons.

***

In heart’s truth I declare
What most I fear
To find beyond death’s veil:
Not legendary hells of ice and fire
But a face too merciful
For my own devil peopled soul to bear.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Les Femmes Damnées (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Roger Limouse femmes damnees [800x600]

Les Femmes Damnées

Avons-nous donc commis une action étrange?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
Je frissonne de peur quand tu me dis: « Mon ange! »
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.
Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j’aime à jamais, ma soeur d’élection,
Quand même tu serais un embûche dressée
Et le commencement de ma perdition! »

« Qui donc devant l’amour ose parler d’enfer?
Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S’éprenant d’un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l’amour mêler l’honnêteté!
Celui qui veut unir dans un accord mystique
L’ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
A ce rouge soleil que l’on nomme l’amour!

On ne peut ici-bas contenter qu’un seul maître! »
Mais l’enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: – « Je sens s’élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!
Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l’Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu’au sang.
Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m’anéantir dans ta gorge profonde,
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux! »

Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l’enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel
Jamais un rayon frais n’éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s’enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l’infini que vous portez en vous!

« Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses?
Comprends-tu maintenant qu’il ne faut pas offrir
L’holocauste sacré de tes premières roses
Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?
Hippolyte, ô ma soeur! tourne donc ton visage,
Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,
Tourne vers moi tes yeux pleins d’azur et d’étoiles!
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
Et je t’endormirai dans un rêve sans fin! ».

(Charles Baudelaire)

Illustration: Roger Limouse

 

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Dix maximes pour la marche (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration:  Bénédicte Muller
    
Dix maximes pour la marche

Qui cherche une soeur gerce de douceur
qui cherche pourquoi herse toujours soi

qui hisse l’ennui la nuit le dévisse
qui tranche ses veines épanche sa peine

qui tue le lundi pue le vendredi
qui pâlit d’un pleur meurt au lit d’un râle

qui patauge en songe jauge le mensonge
qui hèle l’effroi cisèle sa croix

qui freine sa main traîne son chagrin
qui prouve le feu
les cieux le recouvrent.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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