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Poésie

Posts Tagged ‘rompre’

Loin de moi cet amour (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration
    
Loin de moi cet amour qui ne connaît point de mesure;
car, pareil au vin écumant qui a rompu ses vaisseaux,
il court à sa perte en un instant.

Envoie-moi l’amour, frais et pur comme la pluie,
qui bénit la terre altérée et remplit les jarres d’argile de la maison.

Envoie-moi l’amour qui voudrait s’abîmer jusqu’au fond de l’être,
et de là jaillir en une sève invisible, à travers les branches de l’arbre de vie,
donnant le jour aux fruits et aux fleurs.

Envoie-moi l’amour
qui retient le coeur
dans une plénitude de paix.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: La corbeille de fruits
Traduction: Hélène du Pasquier
Editions: Gallimard

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Mastiquer la solitude (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Mastiquer la solitude,
ouvrir un autre regard dans le regard,
inscrire un autre point dans le silence,
entrer plus, entrer plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être plus.

Ou mastiquer la solitude,
effacer tout regard dans le regard,
gratter le point du silence,
sortir plus, sortir plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être moins.

L’être plus de l’être moins.

Le plus du moins que le rien.

***

Masticar la soledad,
abrir otra mirada en la mirada,
poner otro punto en el silencio,
entrar más, entrar más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Sólo importa ser más.

O masticar la soledad,
borrar toda mirada en la mirada,
raspar el punto del silencio,
salir más, salir más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Solo importa ser menos.

El ser más del ser menos.

El más del menos que la nada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’impossibilité de vivre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Olivier de Sagazan 
    
L’impossibilité de vivre
se glisse en nous au début
comme un caillou dans la chaussure :
on le retire et on l’oublie.

Ensuite arrive une pierre plus grande
qui n’est plus déjà dans la chaussure :
le premier ou le dernier malentendu
se mêle à l’amour ou au doute.

Viennent après d’autres échecs :
la perte d’un mot,
la sauvage irruption d’une douleur,
une mort sur le chemin,
la chute d’une feuille sur notre solitude,
la vieillesse qui s’annonce
comme un soir écorché par la pluie.

Nous émergeons de tout
avec un tremblement qui dissout la confiance.
La lune pâlit,
nous commençons à nous méfier du soleil.

Et un jour quelconque,
dans la prairie ou le ciment,
dans la dissonance qui brise une chanson
ou une rotation inattendue au lit,
quelque chose nous blesse comme un fouet:
vivre c’est dévivre.
La promesse est rompue.

Qui a fait la promesse ?
Et qui peut la croire ?
Nous ne le saurons plus.
La promesse était autre.

Vivre est impossible.
Mais à l’intérieur du vivre il y a autre chose
que nous ne comprendrons jamais
et qui pourtant saute et joue
comme un dieu étonné
qui ne s’accordera jamais
avec les scandales successifs
de vivre sans vivre
et de mourir sans vivre.

***

La imposibilidad de vivir
se nos infiltra al principio
como una pequeña piedra en el zapato:
uno la quita y se olvida.

Luego llega un piedra mas grande,
y ya no en el zapato:
el primero o el último malentendido
se mezcla con el amor o la duda.

Vienen después otros fracasos:
la pérdida de un palabra,
la salvaje irrupción de un dolor,
una muerte en el camino,
la caída de una boja sobre nuestra soledad,
la vejez que se anuncia
como un tarde desollada por la lluvia.

Emergemos de todo,
con un temblor que disuelve la confianza.
La luna empalidece,
comenzamos a desconfiar del sol.

Y un día cualquiera,
en la pradera o el cemento,
en la disonancia que rompe una canción
o en una vuelta sorpresiva en el lecho,
algo nos hiere como un látigo:
vivir es desvivir.
La promesa está rota.

¿Quién hizo la promesa?
¿ Y quién puede creerla?
Ya nunca lo sabremos.
La promesa era otra.

Vivir es imposible.
Pero adentro del vivir hay otra cosa,
que jamás entenderemos
y sin embargo salta y juega
como un dios asombrado,
que nunca armonizará
con los sucesivos escándalos
de vivir sin vivir
y morir sin vivir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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À partir d’un certain point (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Eliane Marque
    
À partir d’un certain point,
recueillir d’autres détails n’importe plus.
Toute information accable ou trouble.
Tout signe est destiné à s’invalider
dans l’inévitable rencontre
avec le signe contraire.

A partir d’un certain point,
seule compte la transposition de réalité
qui défait les signes,
rompt les sceaux arrogants
et ouvre les vannes
des courants imbriqués obscurément.

Alors toute donnée nouvelle
entrave la réalité,
divise l’énergie du fond,
affaiblit la pensée.

Une fleur ne s’actualise pas.
Personne n’a décrit une rose.
Une fleur est le poids de sa vision.

L’être est toujours
le contraire de ses données.
Ou la conflagration qui les détruit.

***

A partir de cierto punto,
no interesa recoger más detalles.
Ya toda información abruma o confunde.
El destino de todo signo es invalidarse
en el encuentro inevitable
con el signo contrario.

A partir de cierto punto,
sólo importa la transposición de realidad
que deshace los signos,
rompe los sellos prepotentes
y abre las compuertas
de los caudales oscuramente imbricados.

Entonces todo dato nuevo
traba la realidad,
divide la energía del fondo,
debilita el pensamiento.

Una flor no se actualiza.
Nadie ha descripto una rosa.
Una flor es el peso de su vision.

El ser es siempre
lo opuesto a sus datos.
O la conflagración que los destruye.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’araignée familière (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



l’araignée familière
attend la fin du monde
elle a déjà conquis
le silence des astres

un frisson de lumière
annonce le désastre
et la chute des ombres

la fileuse a rompu
le fil de la mémoire

(Jean-Claude Pirotte)

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Rumeur du monde (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



 

Remedios Varo Uranga_revelation mystique [1280x768]

Rumeur du monde

Écoute
autour de la maison
l’âpre rumeur du monde :
meurtres, massacres,
épouvante, incendie,
tyrannie et torture.

En d’autres lieux, dans d’autres cœurs
bien sûr !

Mais ne te crois ni agneau ni colombe.
Comme chacun
tu portes en toi le loup, le tigre
et la vipère,
en toi dans des ténèbres
où leur rage enchaînée
sourdement siffle et gronde.

Dans l’angoisse, la crainte
mais aussi l’espérance,
veille sur les remparts, en toi,
et prie pour que les chaînes ne se rompent.

(Jean Joubert)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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Non, je ne t’oublierai pas (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Non, je ne t’oublierai pas,
quoi que je devienne,
lumière juste, adorable,
prémices terriennes.

La moindre de tes promesses
a été tenue
depuis que tu m’as rompu
le coeur sans rudesse.

Figure brève, précoce,
entrevue à peine :
j’ose, d’avoir su la force,
l’éloge du frêle.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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POÉSIE I (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



 

POÉSIE I

Poésie
Tu nous mènes
vers la substance du monde

Lacérant en poèmes
le bandeau des mots

Rompant leur cartilage
Dénonçant leurs lézardes

Questionnant la clairière
Cernant tout le brasier.

(Andrée Chedid)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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La nuit (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018




    
La nuit

Dans mes rêves la nuit je promène ma hache
au travers de forêts qui devant moi s’effritent
sans jamais que je sache qui ordonne ce rite
de changer en poussière ces feuillages si verts

je flotte je somnole je titube immobile
une clarté manège lentement dans mes yeux
elle rompt la chanson que mes lèvres profilent
et le sentier me perd que je connais le mieux

la montagne s’émiette où j’arrive au sommet
ce pays c’est du plâtre et mes os des remords
réelle ma réelle sur toi seule je mets
deux mains qui se rassurent aux limites d’un corps.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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CHAMBRE REBELLE A TOUTE DEMEURE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



Roland H. Heyder r9

CHAMBRE REBELLE A TOUTE DEMEURE

Chambre rebelle à toute demeure…
quoi de plus lourd au profil de l’absente que cette écharpe délaissée par le vent…
quoi de plus fidèle à son image que cette empreinte solaire
là où pour la dernière fois se posa son pied lointain…
cette chambre douce comme une haleine à la recherche
d’une joue, découvre soudain — à la proue de toute
existence valable — les lois étranges de l’immobilité…
cette chambre où il ne manque qu’une femme, — mais non
ses gestes établis parmi les meubles en fine poussière de réveil…
où il ne manque qu’un amour, — mais non ses projets
incroyables qui se heurtent librement à tous les murs…
où il ne manque que la volupté de l’hésitation, qu’une simple
marge de faiblesse pour mesurer la vie d’égale à égal, brouillard en tête…
cette chambre appartient au monde des silences que l’on ne rompt qu’une fois…

(Georges Henein)

Illustration: Roland H. Heyder

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