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Poésie

Posts Tagged ‘écorce’

Pourquoi tarder? (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Pourquoi tarder? Dans le pin l’écureuil
de sa queue en torche frappe l’écorce.
Le croissant de lune descend et sa corne
au soleil s’émousse. I1 fait jour.

Un souffle, et la fumée indolente tressaille,
elle se défend au point qui t’enclôt.
Rien ne finit, tout s’achève lorsque, foudre,
tu quittes le nuage.

***

Perché tardi? Nel pino lo scoiattolo
batte la coda a torcia sulla scorza.
La mezzaluna scende col suo picco
nel sole che la smorza. E giorno fatto.

A un soffio il pigro fumo trasalisce,
si difende nel punto che ti chiude.
Nulla finisce, o tutto, se tu fôlgore
lasci la nube.

(Eugenio Montale)

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LE POSEUR DE QUESTIONS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020




    
LE POSEUR DE QUESTIONS

Très loin, dans le dedans de mon écorce chaude,
dans le noir embrouillé des veines et du sang,
le poseur de questions tourne en rond, tourne et rôde
il veut savoir pourquoi tous ces gens ces passants ?

Le mort que je serai s’étonne d’être en vie,
du chat sur ses genoux qui ronronne pour rien,
du grand ciel sans raison, du gros vent malappris
qui bouscule l’ormeau et se calme pour rien.

Un cheval roux pourquoi ? Pourquoi un sapin vert ?
Et pourquoi ce monsieur qui fait une addition,
qui compte : un soleil, deux chiens, trois piverts,
qui compte sur ses doigts pleins de suppositions ?

Il compte sur ses doigts, mais perd dans ses calculs
sa raison de compter, sa raison de rêver,
sa raison d’être là, tout pesant de scrupules,
et d’être homme vivant sans qu’on l’ait invité.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’écorce du bouleau (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



L’écorce du bouleau

Comme l’écorce du bouleau
tu es argent, tu es parfum,
et je dois emprunter tes yeux
lorsque je décris le printemps.

J’ignore ton nom mais il n’est
de premier volume sans femme:
on écrit avec des baisers
(et je réclame le silence
pour laisser la pluie s’approcher)

[…]

Tu es celle que tu seras,
la femme innée de mon amour,
celle qui fut faite d’argile
ou de plumes, la femme-oiseau,
ou la femme territoriale,
chevelure dans le feuillage,
ou bien la femme concentrique
tombée comme une monnaie nue
dans le bassin d’une topaze
ou celle d’à présent qui soigne
mon incorrecte indiscipline
ou celle qui n’est jamais née
et que je continue d’attendre.

Car la lumière du bouleau
est la peau même du printemps.

(Pablo Neruda)


Illustration

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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Le bambou a ôté son écorce (Mayuzumi Madoka)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2019




    
Le bambou a ôté son écorce
pour mieux attirer
les rayons de lune

***

(Mayuzumi Madoka)

 

Recueil: Haikus du temps présent
Traduction: Corinne Atlan
Editions: Philippe Picquier

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Vergers d’enfance (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Vergers d’enfance

Nymphes et dryades enlacées
houris et péris sous gaze et perles

Les pétales dans l’herbe
un lézard sur un caillou

Les guêpes mordent
dans la poire

Une collection de noyaux
des arabesques de pelures

Une goutte de résine
au fond de la blessure
d’un cerisier

Le parfum des fraises
un sourire velouté

Murmures des écorces
crépitements en sourdine

Un goût de tendre aveu
sur le bout de la langue

Sous les caresses des brindilles
les bourgeons s’entrouvrent

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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En forêt (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



En forêt

La mousse pousse autour du tronc
Qui retrouve sa légèreté
Au retour de la pluie
Qui psalmodie à ras du sol
Où tombent des lambeaux d’écorce
Il flotte des oripeaux de brume
Au-dessus de la mare
Où croupissent des astres

Dans la forêt où s’agenouillent des chemins de paix
Et se chevauchent des sentiers d’automne
Je déserte au plus clair du matin
Je m’expatrie vers des limites jamais atteintes
Jusqu’aux confins de la vie.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Le monde est à ses rêves (Max Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019


 


 

Kathryn Jacobi   DreamDance2_7_100ppi

Le monde est à ses rêves
Au plus serré des doigts
C’est le mur qui sans trêve
L’isole à jamais de toi

Il n’est rien que des songes
Le tien est de croire prendre
Quand tout te fuit par le sien
Quand le tien même te fuit

Les arbres et leurs sèves
Sont à d’autres sources
Plus dure que leur rêve
Il n’est pas d’écorce

Tu les poursuis en vain
Ils poursuivent leur rêve
Tu cours tu n’atteins rien
Tu es le mauvais élève

Passe comme le vent
Passe comme la vie
A peine soulevant
Le poids d’une chenille.

(Max Pol Fouchet)

Illustration: Kathryn Jacobi 

 

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Le feu obscur (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Le feu obscur
l’oeil noir de la flamme
brille en chaque point
du temps
où s’origine l’âme des pierres
la braise des corps mortels

le feu obscur
passe et demeure
passe en sa pointe
entraîne l’écorce et la chair et les feuilles
jusqu’aux regards
jusqu’au minuit de la lumière

mais sans perdre
ses racines

celui qui trouve ses racines
trouvera la clairière

(Jean Mambrino)

Illustration: Josette Mercier

 

 

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LE CORPS FAIT ARBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



LE CORPS FAIT ARBRE

Le parfum de ta robe attire les abeilles,
Plus que les fruits mangés que ta sandale broie.
Accueillons cet élan de végétale joie,
Ce silence de la campagne où Pan sommeille.

Rêve que désormais immobile, sans âge,
Les pieds enracinés et les mains étendues,
Tu laisses s’agiter aux orageuses nues
Une chevelure odorante de feuillage.

Les guêpes voleront sur toi sans que s’émeuve
L’écorce de ta chair où la cigale chante,
Et ton sang éternel sera, comme les fleuves,
La circulation de la terre vivante.

(François Mauriac)

Illustration: Raipun

 

 

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