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Mon père qui creuse (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2020



 

Vincent Van Gogh 16860 [1280x768]

Sous ma fenêtre, le crissement net
De la bêche qui plonge dans le sol caillouteux :
Mon père qui creuse. Je le regarde …

(Seamus Heaney)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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J’ai besoin de tes mains (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



J’ai besoin de tes mains qui pervenchent à la belle saison
A l’appel de mon corps tu arrives
Plein d’eau dans tes yeux

Plonge dis-tu
Ne pense plus aux sirènes qui hurlent dans ton âme
J’ai traversé les siècles pour te rejoindre
Prends-moi tout entière dans tes bras
Les ailes des oiseaux ne se faneront plus

(Yvon Le Men)


Illustration: Vladimir Kush

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Toutes mes blessures légères ou profondes sont des portes, où s’engouffre le monde (Carole Zalberg)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2020



Il y a là sous la chair
entre les os fragiles
et les réseaux habiles
dans une profondeur
que les mots seuls éclairent
un lac sombre, un monde qui scintille,
d’homme en homme à la file
un fond de vies où j’erre,
où je plonge une et reviens mille

(Carole Zalberg)

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La nuit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

La nuit

I.

Le ciel d’étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l’ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l’onde où luit
Le drap d’or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l’heure, tout écoutait ;
Maintenant nul bruit n’ose éclore ;
Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S’avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure
Le grand Être mystérieux !

II.

Dans ses réflexions profondes,
Ce Dieu qui détruit en créant,
Que pense-t-il de tous ces mondes
Qui vont du chaos au néant ?

Est-ce à nous qu’il prête l’oreille ?
Est-ce aux anges ? Est-ce aux démons ?
A quoi songe-t-il, lui qui veille
A l’heure trouble où nous dormons ?

Que de soleils, spectres sublimes,
Que d’astres à l’orbe éclatant,
Que de mondes dans ces abîmes
Dont peut-être il n’est pas content !

Ainsi que des monstres énormes
Dans l’océan illimité,
Que de créations difformes
Roulent dans cette obscurité !

L’univers, où sa sève coule,
Mérite-t-il de le fixer ?
Ne va-t-il pas briser ce moule,
Tout jeter, et recommencer ?

III.

Nul asile que la prière !
Cette heure sombre nous fait voir
La création tout entière
Comme un grand édifice noir !

Quand flottent les ombres glacées,
Quand l’azur s’éclipse à nos yeux,
Ce sont d’effrayantes pensées
Que celles qui viennent des cieux !

Oh ! la nuit muette et livide
Fait vibrer quelque chose en nous !
Pourquoi cherche-t-on dans le vide ?
Pourquoi tombe-t-on à genoux ?

Quelle est cette secrète fibre ?
D’où vient que, sous ce morne effroi,
Le moineau ne se sent plus libre,
Le lion ne se sent plus roi ?

Questions dans l’ombre enfouies !
Au fond du ciel de deuil couvert,
Dans ces profondeurs inouïes
Où l’âme plonge, où l’oeil se perd,

Que se passe-t-il de terrible
Qui fait que l’homme, esprit banni,
A peur de votre calme horrible,
Ô ténèbres de l’infini ?

(Victor Hugo)

 

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L’ OMBRE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



Illustration: Markus Raetz
    
L’ OMBRE

L’ombre essaie de ressembler
à celui qu’elle accompagne,
mais c’est toujours à refaire,
toujours à recommencer.
Métier d’ombre, métier d’ombre,
c’est un vrai métier de chien,
on s’échine, se déchire,
se fatigue, se détruit.
Métier d’ombre, route d’ombre,
la vie est dure à gagner.

Si contente était mon ombre
de marcher au bord de mer.
Mais quand je plonge dans l’eau
elle est perdue aussitôt,
elle se débat et pleure
comme un enfant égaré.
Reviens, reviens sur le sable,
me crie mon ombre fidèle,
reviens vite à mes côtés,
ne me laisse jamais seule.

Elle est plus faible que moi,
elle se perd en chemin,
elle s’accroche aux buissons
perdant ses flocons de laine,
et s’écorche les genoux,
et se noie dans les ruisseaux
grelottant le soir venu,
redoutant les nuages gris.
Métier d’ombre, chemin d’ombre,
mon ombre est bien fatiguée.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Jour nuit soleil et arbres (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020



Jean Tardieu
    
(Recueil Jours pétrifiés)
Jour nuit soleil et arbres

Certains mots sont tellement élimés, distendus, que ‘l’on peut voir le jour au travers.
Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficile à manœuvrer.
Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà près de passer dans le camp des signes algébriques,
ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises
chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.

I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encore chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis

III
De quelle vie et de quel monde ont-ils parlé ?

– De jours pleins de soleil où nous nous avançons,
d’espace qui résiste à peine à nos mains et de nuits
que n’épaissira plus l’obscurité légère.

IV
Entre les murs un visage survint
qui se donnait le devoir de sourire
et m’entraîna vers une autre fenêtre
d’où le nuage à ce moment sortait.

Tout était lourd d’un orage secret
un homme en bleu sur le seuil s’avançait
le tonnerre éclata dans ma poitrine
un chien les oreilles basses
rentrait à reculons.

V
Mémoire
Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais.

VI
Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

VII
Comme alors le soleil (il était dans la nuit
il roule il apparaît avec silence
avec amour, gardant pour lui l’horreur)
ainsi viendront les jours du tonnerre enchaîné
ainsi les monstres souriants ainsi les arbres
les bras ouverts, ainsi les derniers criminels
ainsi
la joie.

VIII
Quand la nuit de mon coeur descendra dans mes mains
et de mes mains dans l’eau qui baigne toutes choses
ayant plongé je remonterai nu
dans toutes les images :
un mot pour chaque feuille un geste pour chaque ombre
« c’est moi je vous entends c’est moi qui vous connais
et c’est moi qui vous change. »

IX
Je n’attends pas un dieu plus pur que le jour même
il monte je le vois ma vie est dans ses mains :
la terre qui s’étend sous les arbres que j’aime
prolonge dans le ciel les fleuves les chemins…
Je pars j’ai cent mille ans pour cet heureux voyage.

X
Epitaphe
Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l’écart de ma vie
je me suis arrêté.
Et les fleuves ont fui, l’ombre s’est reconnue
espace les yeux blancs j’écoute et parle encore
je me souviens de tout même d’avoir été.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Je porte mes orages sur mes épaules (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020




Alors que le ciel plonge ses racines dans le sol
Au milieu des heures souriantes
Je crucifie le temps
Sensible aux appels
Je suis plusieurs vélléités
Plusieurs désirs d’être
Et incarne de multiples personnages
Qui sont ce que je suis
Devant l’écho muet des jours anciens
Je porte mes orages sur mes épaules

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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CICATRICES… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020



Illustration
    
CICATRICES…

Dans le miroir, je me suis surpris
Avec sur ma face les baisers de qui ?
Cicatrices, cicatrices !
Au fond du coeur,
Comme au fond d’un verre vidé,
Rien que la lie amère.
Aucun souvenir.
Ni d’un effluve
De ses cheveux affolés,
Ni d’une lueur fugitive
Dans ses yeux égarés,
Ni d’une étreinte
Laissant le corps convalescent,
Ni d’un abîme
Où sur le bord j’aurais posé ma tête
Pour y plonger mes yeux.
Sur mes habits
Aucun cheveu d’autrui.
Quelle sorcière vient donc dans mon sommeil,
Outrage ma face
De sa bouche de feu ?
Rompez le charme,
Toi, basilic de mon jardin,
Toi, hirondelle nichée sous l’auvent de chez moi,
Et prie pour moi,
Ange papillon,
Sur l’autel de la rose-trémière.

(Mihai Beniuc)

 

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Vie recluse (Wei Ying-wu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
Vie recluse

Une humble cour entourée de bambous dépouillés
Les orchidées aux tiges cassées après le vent-pluie
Au profond des feuillages chantent les oiseaux
Sur les mousses vertes nulle trace humaine

Au pavillon Hirondelles durable est le jour
Les arbres sont lourds de fruits en été
Sur ma table s’accumulent des livres rares
Je m’y plonge à l’heure claire près d’une croisée

(Wei Ying-wu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Chant de mai (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020


Chant de mai

Les oiseaux chantent avec ravissement
Loin dans l’épaisseur du bois ;
Les champs ensoleillés s’étendent
Sous les gracieux rayons de mai.
Les ruisseaux murmurent doucement
A travers la campagne fleurie
Où jubile l’alouette.
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, que le seul mai ?

Ce qui m’attristait le coeur,
Le faisait sombre et désemparé,
Ce qui était vaste désert et frisson,
Cela est à présent rayonnant de soleil.
Les fleurs se dressent gracieuses
Dans les prés aux riches éclosions,
Où bourdonnent les abeilles.
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, le seul mai ?

Ô plénitude infinie
De pure béatitude !
O délice, oh enveloppe
Mon coeur avec sa peine
Fais passer et s’évanouir
Ce qui ne murmure pas sur mon coeur
Comme des souffles printaniers !
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, le seul mai?

Je voudrais me plonger
Dans cette mer de volupté ;
Cette douce pensée
Soulève déjà de joie ma poitrine.
Je voudrais t’embrasser
Et ne plus jamais me séparer de toi,
Ô printemps, viens, entre!
Il ne peut rien se donner de plus beau
Que le mois de mai, que le seul mai!

(Friedrich Nietsche)

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