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Poésie

Posts Tagged ‘gluant’

LA BOITE NOIRE (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018




LA BOITE NOIRE

Voûtée lisse et
Travaille la boîte
Interdite aux yeux.

A partir du creux
Et dans l’humide
Les lucioles extrêmes
Echardent les os les plus durs.

J’y suis.

Dedans.

C’est moi qui.

C’est quand
Mes cellules remuent
(Sans moi) que

J’y suis.

Etanche, impénétrable sauf
Qu’elle s’ouvre sur un caillou
(Coule et s’abîme dans les yeux)

Remue un peu mou
(Sans doute)
Un peu gluant de tant d’images
De partout venues.

Se concentrent
Là-dedans à l’étroit
Rosâtres dans les canaux.

Dedans
Cela circule
Par battements même la nuit

Et quand on ne sait pas

Si ça circule.

La ligne est d’ombre entre celui
Qui regarde et cela
Qui se fait regarder

S’ouvre et se ferme appel
Et distance l’écartement

De l’ombre différente qui
Bougea pour signifier
L’infranchissable.

Le noir et le blanc ce n’est
Pas le jour et la nuit
Ni qu’on regarde.

Plutôt le ciel inconcevable
Ou bien le rectangle vide avec
Le tracé.

(Jean Tortel)

 

 

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NUIT INFERNALE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2018



Illustration: John Henry Fuseli
    
NUIT INFERNALE

Quelque chose d’horriblement froid tombe sur mes épaules.
Quelque chose de gluant s’attache à mon cou.
Une voix vient du ciel qui crie :
«Monstre ! » sans que je sache si c’est de moi et de mes vices qu’il s’agit
ou si l’on m’indique d’ailleurs l’être visqueux qui s’attache à moi.

(Max Jacob)

 

Recueil: Le Cornet à dés
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le gui (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



Le gui

Le gui, la glu,
sorte de mimosa nordique,
de mimosa des brouillards.
C’est une plante d’eau,
d’eau atmosphérique.
Feuilles en pales d’hélice
et fruits en perles gluantes.
Tapioca gonflant dans la brume,
colle d’amidon, grumeaux.
Végétal amphibie.
Algues flottant au niveau
des écharpes de brume,
des traînées de brouillard,
épaves restant accrochées
aux branches des arbres
à l’étiage des brouillards de décembre.

(Francis Ponge)

 

 

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LES PIEDS D’HERBE CHUCHOTENT (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



Illustration
    
LES PIEDS D’HERBE CHUCHOTENT

Les pieds d’herbe chuchotent
se glissent à travers nous,
les doigts de pin se touchent
quand les chemins se croisent,
la résine gluante qui suinte
nous colle l’un à l’autre,
les pics désireux d’été
hachent les coeurs d’ovaire durs.

(Inger Christensen)

 

Recueil: HERBE
Traduction: Janine et Carl Poulsen
Editions: Atelier La Feugraie

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ODORANT AUTOMNE MÉLODIEUX AUTOMNE (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
ODORANT AUTOMNE
MÉLODIEUX AUTOMNE

La folie des parfums

Que je les goûte et que j’en meure,
Tel un philtre aphrodisiaque,
Les parfums déments qui m’effleurent
Embrumant les nuiteux cloaques.

Que j’en comprenne le mystère
De cet étourdissant breuvage,
Effluve de Pan solitaire
Dansant par les tourbeux pacages.

O voluptés exténuantes,
Odeurs, qui sont des mains tenaces,
Des souches que l’hiver crevasse
Des champignons aux chairs gluantes.

Comme un Dieu qui m’enlacerait,
Que votre errance me possède,
Plus mythique qu’un chant d’aède
M’enseignant le divin secret.

(Marie Dauguet)

 

 

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A l’ombre des sapins… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Francis Picabia
    
A l’ombre des sapins…

A l’ombre des sapins exhalant leur arôme
S’ouvrent, un peu gluantes, des bises;
Le vent indolemment fait tomber des alises
Et le jour qui s’écoule a la saveur d’un baume.

Un torpide sanglot monte des fondrières,
Languissante prière et qui scande
Les chuchotis légers qu’ont les blancs de Hollande
Et les trembles semant leurs feuilles aux lisières.

Souplement écartant les branches enlacées
Des taillis d’un bleu d’hortensias,
Un brocart, suspendant sa marche cadencée,
Frotte ses cornes aux troncs des acacias.

Renvoyant à l’écho les coups brefs qu’il assène
Un pic entêté fouille du bec
L’écorce crevassée et rugueuse d’un chêne
D’où tombe en crépitant l’averse des glands secs;

Un mulot dérangé a glissé sous les ronces,
Et je rêve, ô solitude douce…
Mon coeur pacifié te pénètre et s’enfonce
En toi, comme le pied des hêtres dans la mousse.

(Marie Dauguet)

 

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Dans le quartier solitaire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Grégoire Mathieu
    
Dans le quartier solitaire qu’on traverse en hâte
des volets se ferment sur des rires d’enfants
sur des voix très douces, très proches du coeur
qui font mal au passant, seul avec ses deux mains.

Prise dans la vitre, la tête d’une femme
supporte le poids de tout le paysage
et l’on sent qu’elle peut mourir en fermant les yeux
sans que bouge une feuille, sans que crie un oiseau.

Gluants d’étoiles, les carreaux sont moins noirs
sur l’ombre qui sort des chambres comme une forêt
qu’on ne peut arrêter, parce qu’il n’y a plus
sur les bords de la terre aucun fleuve de clarté.

Le vent est si las qu’il se pose sur la main
Un feu s’éteint sans cri au tournant de la nuit
et les fumées hautes marchent sur les toits
du pas tranquille de ceux qui sont morts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Il arrive que le poème pense le poète (Henri Abril)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2016



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Il arrive
que le poème pense le poète
et l’enfante
et l’entraîne dans l’arrière-cour
du destin,
vers une basse fosse, un ravin
du côté de Tiflis
de Kostroma ou de Kazan

Et l’air se fane,
un papillon va s’éteindre
en pleine lumière,
et qu’importe alors
que le sang des vers fasse
sens,
toujours aussi gluant
que la première
et prophétique aurore

(Henri Abril)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Rumeurs (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Rumeurs

Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs
J’ai collé mon Oreille lasse et alourdie
Pour écouter à travers vos vaines Clameurs
L’écho d’une Voix mourante, morte, assourdie
Par l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.

Dans l’Aube froide et blême et sale et mal venue
Et qui n’enfantera qu’un Avorton de Jour,
Le Mur est monté, monté plus haut que les Nues,
Roc sans une faille, sombre Bloc sans contours
Dans l’Aube froide et blême et sale et mal venue.

A la Méridienne, s’écaillant de Lueurs,
Le Mur épais devenait un vaste Incendie
D’où coulaient et grésillaient Larmes et Sueurs,
Larmes d’Enfants, Sueurs d’Hommes, Chair engourdie
Dans la Méridienne s’écaillant de Lueurs.

Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs
J’ai posé mes pieds plats pauvre Pêcheur perclus,
Tirant de la Gangue gluante de torpeurs
La Pirogue partant pour tous les Pays perdus
Dans l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.

L’âpre Mur s’est dressé au rouge Crépuscule,
Comme un Mont, Roc rugueux au Soleil rougissant,
Bloc noir de Sang figé où poussaient des Pustules
Alors qu’il fut bâti sur du sang innocent
L’âpre Mur dressé dans le rouge Crépuscule.

Et c’est la Nuit. La noire et froide et vaste Nuit
La noire Nuit où les Voix ont peur d’elles-mêmes;
Les Rumeurs et les Cris, les Sueurs et les Bruits
Engrossent l’âpre Mur de nos âcres Blasphèmes
Dans la noire Nuit, dans la froide et vaste Nuit.

Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.
J’ai collé mon Oreille alourdie et plus lasse,
Pour écouter à travers vos vaines Clameurs
L’Echo d’une Voix, le Bruit d’un Souffle qui passe
Dans l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.

(Birago Diop)

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Le crapaud (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2016



Le crapaud

L’ombre descend, la terre est brune,
Tous les bruits meurent à la fois ;
Seul, les yeux fixés sur la lune,
Le crapaud chante au bord du bois.

Du vieux tronc qu’un lierre festonne
Il sort ainsi, quand vient le soir.
Comme une flûte monotone,
Sa voix monte sous le ciel noir.

Ah ! pauvre ami, vieux camarade !
Que dit-elle à l’astre argenté,
Ta longue et morne sérénade
Qui pleure dans les nuits d’été ?

Crois-tu qu’enfin lasse et charmée
Par tes tristesses d’opéra,
Au long d’une échelle enflammée,
Ta Juliette descendra ?

Tant que l’ombre étale ses voiles,
Il reste là, s’évertuant,
Sous le balcon d’or des étoiles,
Roméo sinistre et gluant.

Puis il retourne vers son antre,
Au premier sourire du jour,
Traînant, dans l’herbe, son gros ventre,
Plein de poisons et plein d’amour.

(Louis Bouilhet)

 

 

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