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Posts Tagged ‘tranquille’

Vent d’automne (Liu Che)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
Vent d’automne

Le vent d’automne se lève,
La course tranquille des nuages blancs se précipite.
Plantes et arbres jaunissent et se dépouillent.
Les oies sauvages rejoignent le sud.
L’orchidée garde sa beauté
Et le Chrysanthème son parfum
Je me languis de mon unique amour,
Impuissant à oublier.
Nous lançons le grand navire sur la rivière Fen
Il fend sans peine son courant,
S’agitant en vagues blanches.
L’écho des tubes et des tambours
Amplifie le chant des rameurs.
Au sommet de la joie, les pensées tristes me pointent
Jeunesse et force, comme vous passez vite !
Sans espoir possible, nous déclinons.

(Liu Che)

l’empereur Wu des Han (156-87)

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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Le « fu » de la Chouette (Jia Yi)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
Le « fu »* de la Chouette

Le grand homme ne fléchit pas.
Il reste droit au coeur de mille changements ;
Ils ne sont pour lui qu’une même compromission.
L’homme abêti s’enchaîne aveugle à la coutume
Et souffre sans fin comme un prisonnier qui s’engeôle.
Le sage sait plier au bel abandon des choses.
Il lie sa vie au rythme saint du Tao seul.
Mais voici la foule qui s’enténèbre
Dans la soif et la haine qui plombent leur coeur.
Limpide et calme, l’homme véritable
Trouve la paix céleste dans le Tao seul.
Écartant la sagesse, oublieux des formes,
Dégagé, hors du souci de soi, vif et sauvage,
Plein d’une ampleur vide, il vole sur les ailes du Tao.
Porté par le flux, il navigue à la proue du monde.
Il trouve repos sur les îlots du fleuve,
Libérant son corps au destin,
Départie des craintes égoïstes,
Sa vie est flottaison,
Sa mort est grand repos.
Dans le calme tranquille
Qui rappelle au coeur des printemps,
Une barque sans amarre au courant sans objet.
Il regarde la perle de vide que sa vie a sertie.
Son destin ajouré le libère du chagrin d’exister.

(Jia Yi)

(201-169)

(*Fu: poème chinois en prose)

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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J’attends le printemps (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2022



« Vous cherchez du côté du plus grand…
C’est tellement plus simple : J’attends le printemps.
Ce que j’appelle le printemps n’est pas affaire de climat ou de saison.
Cela peut surgir au plus noir de l’année.
C’est même une de ses caractéristiques :
Quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser
– et au bout du compte, délivrer.

Le printemps n’est rien de compréhensible
– c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien
– un bruit, un silence, un rire.

Il se moque de conclure.
Il ouvre et ne termine jamais.
Il est dans sa nature d’être sans fin.

Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure.
C’est une chose douce et brutale.
Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange.
Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits.
Nous ne faisons pas assez attention.

Si nous regardions bien, si nous regardions calmement,
nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette :
elle est là, toute bête, toute jaune.
Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts.
Pour être là, toute menue,
elle a dû livrer des guerres sans pitié.

Ce que j’appelle le printemps est une chose du même ordre…

Dans le printemps, rien de tranquille ni de gagné d’avance.
Lorsqu’il arrive, nous ne nous y retrouvons plus.
Presque rien n’a changé et ce presque rien change tout.

Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons.

Dieu merci, le printemps vient remettre du désordre dans tout ça.
Nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous,
et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse. »

(Christian Bobin)

 

 

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En montant à la terrasse de la Vraie Joie, un jour d’automne (Ch’ungji)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2022




    
En montant à la terrasse de la Vraie Joie, un jour d’automne

La douce lumière du matin gravit la crête de l’est,
D’un pas tranquille on monte à la terrasse s’asseoir sur un banc de pierre.
Érables mêlés au soleil, reflets des nuées roses sur la robe,
On tressaille soudain : corps vêtu d’habits de soie!

(Ch’ungji)

***

 

Recueil: Ivresse de brumes, griserie de nuages
Traduction: Ok-sung / Anne Baron / Jean-François Baron
Editions: Gallimard

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Il est des ruelles (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2022



herbe dans paves  [800x600]

Il est des ruelles
qui vont à petits pas avec
des herbes clandestines entre les pavés
des fenêtres basses qui assument
leur captivité tranquille
une fatigue lente
faite d’effilochures et parfois
la lumière balbutiée de quelques roses
Le soir y accueille
des silhouettes hâtives
et la maison sans cesse
veille dans la maison
sous le sifflement continu des choses

(Georges Bonnet)

 

 

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De l’argent (Anne Garborg)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2022



Illustration
    
De l’argent

Chacun peut s’acheter
de la nourriture, mais pas l’appétit,
des médicaments, mais pas la santé,
des lits moelleux, mais pas le sommeil,
des connaissances, mais pas l’intelligence,
un statut social, mais pas la bonté,
des choses qui brillent, mais pas le bien-être,
des amusements, mais pas la joie,
des camarades, mais pas l’amitié,
des serviteurs, mais pas la loyauté,
des cheveux gris, mais pas l’honneur,
des jours tranquilles, mais pas la paix.

L’écorce de toute chose peut
s’obtenir avec de l’argent.

Mais le coeur, lui,
n’est pas à vendre.

(Anne Garborg)

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Topaze (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Je te convie à la topaze,
à la niche
de la pierre jaune,
ses abeilles,
au miel gelé
de la topaze,
son jour d’or,
la famille
de la tranquillité réverbérante :
Il s’agit d’une église
minuscule, établie dans une fleur,
comme une abeille, comme
la contexture du soleil, feuille d’automne
de la plus jaune profondeur,
de l’arbre incendié
foudre à foudre, éclair à corolle,
insecte, miel, automne
se sont transformés en sel du soleil:
ce miel-là, ce frisson du monde,
ce blé du ciel
ont été travaillés pour se changer enfin
en soleil tranquille, en topaze pâle.

(Pablo Neruda)


Illustration

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L’AVENIR (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022



Illustration: Kitty Crowther
    
À L’AVENIR

À l’avenir, laisse-moi tranquille,
dit le présent à la grammaire.
Je ne veux plus me conjuguer
ni au futur ni au passé.
Je vis à l’instant composé
et je me déguise en seconde.
Ça me va bien. Je cours le monde.
On est le temps. On a le temps
de le perdre et de le trouver.
Grammaire, fous-moi donc la paix
avec tes règles et tes grands airs.
Je suis. Je fuis. Je vis. J’y vais.

(Carl Norac)

Recueil: Petits poèmes pour passer le temps
Traduction:Editions: Didier Jeunesse

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L’HUMEUR DU POEME (Jacques Taurand)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



L’HUMEUR DU POEME

On communie
au café du matin
La ville est sur ses jambes
Le temps monte dans mes veines

Au comptoir
l’humanité s’échange
un rêve de pastis
côtoie celui d’un petit blanc

C’est comme hier cet aujourd’hui
et son odeur de croissant
Paris court à ses rendez-vous
Le regard du ciel est dans les yeux des gens

Le macadam règle ses pas
sur ceux du cœur
La Seine accroche aux berges
son mouvant taffetas de souvenirs
Et moi je vais tranquille
suivant l’humeur de mon poème.

(Jacques Taurand)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Robert Doisneau

 

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Feux (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
Feux

Un feu de sarments dans le soleil de midi
Un brasier gai dans la clarté tranquille et vive
Le bois sec qui crépite dans l’éclat chaud du jour
et sa toute petite flamme
dans le feu du soleil

La pensée de l’amour près de celle qu’on aime

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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