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Posts Tagged ‘sphère’

Les cloches et les larmes (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Cloche

Les cloches et les larmes

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

L’orgue sous le sombre arceau,
Le pauvre offrant sa neuvaine,
Le prisonnier dans sa chaîne
Et l’enfant dans son berceau ;

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

La cloche pleure le jour
Qui va mourir sur l’église,
Et cette pleureuse assise
Qu’a-t-elle à pleurer ?… L’amour.

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

Priant les anges cachés
D’assoupir ses nuits funestes,
Voyez, aux sphères célestes,
Ses longs regards attachés,

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

Et le ciel a répondu :
« Terre, ô terre, attendez l’heure !
J’ai dit à tout ce qui pleure,
Que tout lui sera rendu. »

Sonnez, cloches ruisselantes !
Ruisselez, larmes brûlantes !
Cloches qui pleurez le jour !
Beaux yeux qui pleurez l’amour !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

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Sky (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019




    
Sky

Il se cache dans sa lumière.
Je suis enfermé dans
une sphère d’illumination.

Je ne sais rien au-delà de ce qui est clair.
Cette transparence me borne,
et toute vue fait un voile.

Tout ce qui se peut voir
jusqu’à l’infini parallèle

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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UN DIMANCHE DE FIN DE VACANCES (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
UN DIMANCHE DE FIN DE VACANCES

Des choses merveilleuses se passent dans le ciel
et dans le jardin
les petites filles jouent à la poupée
Un garçon saute à la corde
La corde de chanvre détoure une sphère
l’enfant est complètement dedans

Derrière la clôture le vent annonce l’automne
Le sifflement du chanvre
tranche l’air et grésille
comme le silence au-dessus du cimetière des insectes

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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CHANT DE L’EXPOSITION (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019




CHANT DE L’EXPOSITION

VIENS, Muse, quitte la Grèce et l’Ionie,
Je t’en prie fais une croix sur ces comptes démesurément surpayés,
Cette histoire de Troie et du courroux d’Achille, les vagabondages d’Enée et d’Ulysse,
Suspends l’écriteau « Changement de domicile » et « A louer »
sur les rochers de ton Parnasse neigeux,
Fais de même à Jérusalem, place l’écriteau tout en haut de
la porte de Jaffa et sur le mont Moriah,
De même sur les murs des châteaux allemands, français,espagnols, et dans les musées d’Italie,
Car sache qu’une sphère meilleure, plus neuve, plus active
t’attend, qu’un domaine vaste, inexploré te réclame.

(Walt Whitman)

 

 

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N’aies d’autres dieux devant moi (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Nicolas Poussin veau d'or p

Les murs ne tombent pas
[37]

N’aies d’autres dieux devant moi ;
pas sur la mer

nous ne supplierons Triton ou Dauphin,
pas sur la terre

nous n’élèverons de visage ravi ni de mains jointes
devant le laurier ou le chêne,

pas dans le ciel
nous n’invoquerons séparément

Orion ou Sirius
ou les admirateurs de l’Ourse,

pas dans les hautes sphères de l’air
d’Algorab, Regulus ou Deneb

nous ne demanderons
de l’aide — ou alors, le ferons-nous ?

***

Thou shalt have none other gods but me;
not on the sea

shall we entreat Triton or Dolphin,
not on the land

shall we lift rapt face and clasp hands
before laurel or oak-tree,

not in the sky
shall we invoke separately

Orion or Sirius
or the followers of the Bear,

not in the higher air
of Algorab, Regulus or Deneb

shall we cry
for help—or shall we?

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Nicolas Poussin

 

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LE SPECTRE INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Marc Chagall
    
LE SPECTRE INVISIBLE

Que j’apprenne, si je l’ose, l’ordre du vent,
Du feu, de la tempête, et de la mer.
Que j’apprenne si je l’ose dans quel mode de l’être
Tombe la feuille de l’arbre.

Partout
Il y a des brèches dans l’air,
Des tombes ouvertes pour nous recevoir,

Après la septième couleur
Et avant la première
C’est l’obscurité.

Au-delà du son, le silence
Qu’entendent les chauves-souris
Et le poisson des profondeurs qui perçoit le pouls des vagues,

Au-delà des sens, les sphères qui tournent, ces fileuses,
Atomes et étoiles
Qui tissent nos vies.

Les amants cherchent un refuge
Dans l’abîme
D’où ils s’élancent,

Car dans les profondeurs de l’amour nous sondons
Le vide
Derrière la vie mortelle,

Et à travers notre sommeil
Se meuvent des puissances cachées
Étranges comme des nébuleuses,
Les rêves qui ne sont pas les nôtres.

***

THE INVISIBLE SPECTRUM

Learn, if I dare, the order of the wind,
Fire, tempest and the sea.
Learn if I dare into what mode of being
The leaf falls from the tree.

Everywhere
There are bolet in the air,
Graves open to receive us,

After the seventh colour
And before the first
Lies darkness.

Beyond sound, silence
Audible to bats
And deep-sea fish that feel the throb of waves,

Beyond senne, the spinning spheres,
Atoms and stars
That weave our dives

Loyers seek sanctuary
In the abyss
From which they fly,

For in love’s depths we sound
The void
Beyond mortality

And through our sleep
Move latent powers
Strange as nebulae,
Dreams not ours.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LA SPHÈRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
LA SPHÈRE

Ô la fin heureuse, la fin heureuse
Que la fugue a promise, à quoi l’amour a cru,
Cette étoile parfaite, transfiguration fulgurante,

Où s’est-elle évanouie, à présent que la musique s’est éteinte,
La certitude de l’être, la floraison du coeur,
Nous-mêmes, enfin parfaits, confirmés en ce que nous sommes?

Le monde, le monde changeant reste immobile pendant que les amants s’étreignent,
Puis se remet en mouvement — quelle était notre joie éphémère,
L’extase de la danse, la vision, et la rose?

Il n’y a pas de fin, pas d’achèvement — gestes de la danse, p„tales de fleurs,
Phrases musicales, rayons de soleil, les heures
Se succèdent, et la parfaite sphère
Fait tourner dans nos coeurs le passé, le futur, le proche et le lointain,
Notre âme unique, atome, et univers.

***

THE SPHERE

O the happy ending, the happy ending
That the fugue promised, that love believed in,
That perfect star, that bright transfiguration,

Where has it vanished, now that the music is over,
The certainty of being, the heart in flower,
Ourselves, perfect at last, affirmed as what we are?

The world, the changing world stands still while loyers kirs,
And then moves on — what was our fugitive bliss,
The dancer’s ecstasy, the vision, and the rose?

There is no end, no ending — steps of a dance, petals of flowers,
Phrases of music, rays of the sun, the hours
Succeed each other, and the perfect sphere
Turns in our hearts the part and future, near and far,
Our single soul, atom, and universe.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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La Douleur (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



La Douleur – dilate le Temps –
Des Âges s’enroulent
Dans la Sphère minuscule
D’un simple Cerveau –

La Douleur contracte – le Temps –
L’Explosion l’emplit
Des gammes d’Éternités
Sont comme anéanties –

***

Pain – expands the Time –
Ages coil within
The minute Circumference
Of a single Brain –

Pain contracts – the Time –
Occupied with Shot
Gammuts of Eternities
Are as they were not –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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MESSAGE DU PAYS NATAL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018



 


MESSAGE DU PAYS NATAL

Te souviens-tu, quand tu étais enfant,
Que rien dans le monde ne te semblait étrange ?
Tu percevais, pour la première fois, des formes déjà familières,
Et tu savais en les voyant que tu avais toujours connu
Le lichen sur le roc, les feuilles de fougère, les fleurs du thym,
Comme si les éléments nouvellement rencontrés dans ton corps,
Pris dans le tourbillon éphémère de ton être,
Gardaient la réminiscence d’un état antérieur,
Retenaient en toi le souvenir du nuage et de l’océan,
L’arbre qui s’éploie, la flamme qui danse.

Aujourd’hui, quand l’obscurité de la nature te paraît étrange,
Et que tu marches, étrangère, dans les rues des villes,
Souviens-toi que la terre t’a aspirée en elle avec l’air, avec les rayons du soleil,
T’a étendue endormie dans ses eaux, pour rêver
Avec la truite brune parmi les racines de la millefeuille,
T’a façonnée avec la substance de l’étoile et de l’océan,
T’a conçue à la même source
Que le soleil et le feuillage, le poisson et la rivière.

De toutes les choses créées la source est unique,
Simple, une comme l’amour ; rappelle-toi
La cellule, la graine de vie, la sphère
Qui est l’enfant, l’oiseau blanc, la libellule bleue,
La fougère verte, la tormentille d’or à quatre pétales,
Le souvenir ultime.
Chaque cellule latente engendre un avenir,
Déplie sa complexité différente.
Comme un arbre étend ses feuilles, et tisse son destin,
Empreinte de fougère, plume d’oiseau, écaille de poisson.
La mousse propage sa croûte verte sur la tourbe,
Le germe de la libellule prend vie et s’envole
Comme de la boue éclôt le nénuphar sur sa tige visqueuse
Pour ouvrir son doux calice blanc vers le ciel.
L’homme, devant s’éloigner plus de sa simplicité,
Se sépare du marais archaïque, du poisson et du nénuphar,
Et entreprend son long voyage dans l’exil.

Alors que tu abandonnes l’Eden, souviens-toi du pays natal,
Car tant que tu replonges dans ton propre être
Tu ne seras pas seule ; les premiers à t’accueillir
Seront ces enfants jouant près du ruisseau,
Les loutres nageront vers toi dans la baie,
Le chevreuil courra près de toi sur la lande.
Souviens-toi mieux, et les oiseaux apparaîtront,
Les bancs de poissons argentés viendront à ta rencontre.
Plus obscures, plus étranges, des vies plus mystérieuses
Se grouperont autour de toi près de la source
Où les profondes racines de l’arbre boivent à l’abîme.

Rien dans cet abîme ne t’est étranger.
Dors à la racine de l’arbre, où la nuit est tissée
Dans l’étoffe des mondes, écoute le vent,
Les marées, les harmonies de la nuit, et reconnais
Tout ce que tu as connu avant de commencer à oublier,
Avant de te détacher de ton propre être,
Avant d’avoir été trop longtemps séparée de ces autres
Enfants plus simples, qui sont restés au pays
Dans les prairies, les îles, les forêts, à la mer, à la rivière.
La terre envoie l’amour d’une mère à son fils exilé,
Confiant son message à la lumière, à l’air,
Au vent, aux vagues qui portent ton navire, à la pluie qui tombe,
Aux oiseaux qui t’appellent, et à tous les bancs de poissons
Qui nagent dans les eaux natales de l’océan.

***

MESSAGE FROM HOME

Do you remember, when you were first a child,
Nothing in the world seemed strange to you?
You perceived, for the first time, shapes already familiar,
And seeing, you knew that you have always known
The lichen on the rock, fern-leaves, the flowers of thyme,
As if the elements newly met in your body,
Caught up into the momentary vortex of your living
Still kept the knowledge of a former state,
In you retained recollection of cloud and ocean,
The branching tree, the dancing flame.

Now when nature’s darkness seems strange to you,
And you walk, an alien, in the streets of cities,
Remember earth breathed you into her with the air, with the sun’s rays,
Laid you in her waters asleep, to dream
With the brown trout among the milfoil roots,
From substance of star and ocean fashioned you,
At the same source conceived you
As sun and foliage, fish and stream.

Of all created things the source is one,
Simple, single as love; remember
The cell and seed of life, the sphere
That is, of child, white bird, and small blue dragon-fly
Green fern, and the gold four-petalled tormentilla
The ultimate memory.
Each latent cell puts out a future,
Unfolds its differing complexity.
As a tree puts forth leaves, and spins a fate
Fern-traced, bird-feathered, or fish-scaled.
Moss spreads its green film on the moist peat,
The germ of dragon-fly pulses into animation and takes wing
As the water-lily from the mud ascends on its ropy stem
To open a sweet white calyx to the sky.
Man, with farther to travel from his simplicity,
From the archaic moss, fish, and lily parts,
And into exile travels his long way.

As you leave Eden behind you, remember your home,
For as you remember back into your own being
You will not be alone; the first to greet you
Will be those children playing by the burn,
The otters will swim up to you in the bay,
The wild deer on the moor will run beside you.
Recollect more deeply, and the birds will come,
Fish rise to meet you in their silver shoals,
And darker, stranger, more mysterious lives
Will throng about you at the source
Where the tree’s deepest roots drink from the abyss.

Nothing in that abyss is alien to you.
Sleep at the tree’s root, where the night is spun
Into the stuff of worlds, listen to the winds,
The tides, and the night’s harmonies, and know
All that you knew before you began to forget,
Before you became estranged from your own being,
Before you had too long parted from those other
More simple children, who have stayed at home
In meadow and island and forest, in sea and river.
Earth sends a mother’s love after her exiled son,
Entrusting her message to the light and the air,
The wind and waves that carry your ship, the rain that falls,
The birds that call to you, and all the shoals
That swim in the natal waters of her ocean.

(Kathleen Raine)

Illustration: Edouard Boubat

 

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LE ROYAUME INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




LE ROYAUME INVISIBLE

NOTRE SAVOIR dépasse ce que nous savons
Nous qui voyons toujours la multiplicité déconcertante,
Foisonnante du spectacle commun.

Il vient à la main de l’artiste
De tels raffinements de forme, de lumière,
Jardins, présences,

Visages d’une si tendre beauté
Que nous nous demandons par quelle science jamais apprise on les voit,
Au-delà du lieu commun les aspects

Cachés du mystère, secrets
Que seule connaît l’âme,

Que seul connaît l’amour, incommensurable
Sagesse qui grandit par le labeur de nos propres mains,
Expression d’une connaissance qui ne nous est pas propre
Et cependant guide le pinceau et la plume, obéissant

À une omniscience que, bien qu’ignorants, nous partageons
Nous dont les coeurs réagissent et répondent
À la musique de Schubert, et à celle de Mozart, eux qui ne savent pas plus

Que nous des célestes harmonies
Qu’ils entendaient au-dessus de la continuelle dissonance
Que l’immédiat impose.

Cependant incessante
La musique des sphères, la magia de la lumière,
Connaissance de l’esprit en son flux

Renvoyant continuellement l’image du tout
Dont chaque instant est la présence
Se révélant à celui qui écoute, celui qui voit au coeur

Contemple dans le fleuve du temps
Le visage jamais changé qui toujours change.

***

THE INVISIBLE KINGDOM

WE KNOW more than we know
Who see always the bewildering proliferating
Multiplicity of the common show.

There come to the artist’s hands
Such subtleties of form, of light,
Gardens, presences,

Faces so tenderly beautiful
We wonder with what untaught knowledge seen,
Beyond the commonplace the hidden

Aspects of mystery, secrets
Known only to the soul,
Known only to love, immeasurable

Wisdom from our own hands’work grown,
Expression of a knowledge not our own
Which yet guides brush and pen, obedient

To an omniscience we, though ignorant, yet share
Whose hearts respond and answer
To Schubert’s music, and Mozart’s, they knowing no more

Than we of the celestial harmonies
They heard above the continual dissonance
The immediate imposes.

Yet unceasing
The music of the spheres, the magia of light,
Spirit’s self-knowledge in its flow

Imaging continually the all
Of which each moment is the presence
Telling itself to the listener, the seer in the heart

Contemplates in time’s river
The ever-changing never-changing face.

(Kathleen Raine)

Illustration: Salvador Dali

 

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