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Tu m’appartiens, obscur amour (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021



 

Dipak Kundu (27) [1280x768] [1280x768]

Tu m’appartiens, obscur amour.
Il n’est pas d’aiguillon plus fort
Que cette satiété. Et la lumière
Promise par l’arbre céleste
Ne peut nous forger d’autre sérénité
Si autour de nous c’est déjà le soir.
Tu couves une nouvelle floraison
Et le ciel est suspect
De cette angoisse qui croît en ton sein.

***

Mi appartieni oscuro amore.
Non c’è stimolo più forte
Di questa sazietà. Né la luce
Promessa dall’albero celeste
Pue)fingerci altra calma
Se a not intorno è già sera.
Tu covi nuova fioritura
E il cielo è sospetto
Di quest’ansia che ti cresce in petto.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: Dipak Kundu

 

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L’ombre d’une vague (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2021




    

L’ombre d’une vague charrie encore une autre ombre.
À la vague d’une ombre succède une autre vague.
À mon cheval perdu je dois ouvrir le chemin d’un
autre cheval plus fort et partout présent.

Le bleu-vert sombre d’une colline ou d’un nuage
(la tempête a arraché tes vêtements). Nus nous
sommes maintenant l’eau verte d’une poitrine et le
pain blanc de la maison sur les dunes.

Sous le soleil nous sommes des animaux fauves, rouges,
qui se nourrissent des éléments à l’ombre du cheval,
sous la clarté du vide, dans la charpente des navires.

Le jour. Les seins. L’eau. L’ombre. La lumière. La fièvre.
Une roue s’emballe du poignet jusqu’à l’arbre
dans un ciel grand ouvert au plaisir de la soif.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Cheval prêt à s’élancer (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
Cheval prêt à s’élancer, à gravir,
mais toujours la terre et le silence
soulèvent la maison et le chemin, le
tronc et la croupe, des noms forts.

Cheval de parole et de terre,
vaste par son nom et par son être, il
court le temps d’un regard sur la plaine,
ou se cabre embrasé sur les maisons.

Cheval à la fureur contenue,
écume d’un hennissement sur le mur
le plus haut de la terre, oreille
de la nuit en forme de cheval
sur l’horizon.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Pour mon père (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021



 

Mon père aimé, mon père à moi,
Toi qui me fais bondir
Sur tes genoux
Comme un chamois,
Que pourrais-je te dire
Que tu ne sais déjà?
Il fait si doux
Quand ton sourire
Eclaire tout
Sous notre toit.
Je me sens fort, je me sens roi,
Quand je marche à côté de toi.

(Maurice Carême)

 

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AUX TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS MORTS POUR LA FRANCE (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2021



Illustration: Karamba Dramé
    
AUX TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS MORTS POUR LA FRANCE

Voici le Soleil
Qui fait tendre la poitrine des vierges
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
J’entends le bruit des canons — est-ce d’Irun?
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire des
futurs morts, on les remercie d’avance futurs morts
obscurs
Die Schwarze schande !

Écoutez-moi, Tirailleurs sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée jadis dans les palabres du village
Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.
Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes
— Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l’ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme en saison sèche les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.
Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge.
Ah ! puissé-je un jour d’une voix couleur de braise, puissé-je chanter
L’amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.
Écoutez-nous, Morts étendus dans l’eau au profond des plaines du Nord et de l’Est.
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d’été ce sol rougi du sang des blanches hosties
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs sénégalais
MORTS POUR LA RÉPUBLIQUE !

Tours, 1938.

(Léopold Sédar Senghor)

 

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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MAMAN (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Illustration: Désiré François Laugée
    

MAMAN

Maman depuis huit jours déjà
M’arrête en songe à chaque pas.
Je vois le linge et le panier
Montant, grinçant vers le grenier.

J’étais un être fruste encor
Et piaffant dur et criant fort.
J’emplissais de moi ses oreilles :
« Moi, je veux être la corbeille! »

Mais que je pleure ou que je crie,
Mot, ni regard, ni gronderie :
La corbeille et le linge ailé,
Luisants, sans moi, s’en sont allés.

Je me tairai : il est trop tard.
Gigantesque dans mon regard,
Cheveux gris en haut du ciel pur,
Elle met au bleu tout l’azur.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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La beauté (Radu Bata)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2021




    
La beauté

la beauté c’est marcher
sur le fil du soir
comme une lumière
sur une balançoire

courir les oiseaux
dans l’air doux de l’été
non pas pour les chasser
mais pour les chanter

ressusciter les fées
embrasser les chimères
dans les bras de Morphée
faire jouir l’éphémère

traverser les nuits
avec les hirondelles
jouer à la marelle
dans un champ d’étincelles

effacer en douceur
les peines de la mémoire
afin qu’elle trouve la paix
dans un miroir

jubiler comme un ange
avant le purgatoire
croiser fort les phalanges
dans le noir

(Radu Bata)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le blues roumain
Traduction:
Editions: Unicité

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On se met la nuit sur le dos… (Bohdan Chlibec)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2021




    
On se met la nuit sur le dos…

On se met la nuit sur le dos,
ce manteau de tissu fort pour l’hiver.
On achète le journal du matin.
On dédie une petite réflexion
à ces deux faits
pendant le trajet de métro.
Le soir, on les retire,
la nuit pend à nouveau dans l’entrée.

(Bohdan Chlibec)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Cendres sous la neige
Traduction: Traduit du tchèque par Petr Zavadil & Cédric Demangeot
Editions: Pariah

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Épouse du Feu (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Épouse du Feu

Épouse du Feu, étreins-moi fort maintenant –
Épouse du Feu !
J’ai arraché les pétales de la rose terrestre,
j’ai tué le désir.

Beauté de la Lumière, enveloppe ma vie –
beauté de la Lumière !
J’ai sacrifié l’envie, rompu avec la peine,
je peux porter ton délice.

Image de l’extase, ravis et enlace-moi –
image de félicité !
Je ne veux voir que ton visage merveilleux,
ne plus sentir que ton baiser.

Voix de l’Infinité, résonne en mon coeur –
appel de l’Un !
Grave là ta radieuse clarté, à jamais,
ô vivant Soleil !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Je me rappelle fort bien une autre jeune fille (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020



    

Je me rappelle fort bien une autre jeune fille
[…]
Mais il me paraît si invraisemblable
que j’aie pu être cette petite Resi
et que je serai un jour une vieille femme.
[…]
Comment ces choses-là arrivent-elles ?
Comment le bon Dieu peut-Il faire cela ?
Alors que moi, je reste toujours la même.
Et s’il faut qu’il agisse ainsi, pourquoi me laisse-t-Il le voir en spectatrice,
avec une aussi nette perception ? Pourquoi ne me le cache-t-Il pas ?
Tout cela est mystérieux, si profondément mystérieux
[…]
Je suis d’une humeur où je ressens très fortement
la fragilité de toutes les choses de ce monde.
Je sens jusqu’au fond du coeur, que l’on ne doit rien garder,
que l’on ne peut rien saisir, que tout nous coule entre les doigts,
que tout ce que nous cherchons à prendre se dissout,
que tout s’évanouit comme une vapeur ou un rêve.
[…]
Le temps, c’est une chose étrange.
Tant qu’on se laisse vivre, il ne signifie absolument rien du tout.
Et puis, brusquement,
on n’est plus conscient de rien d’autre.
Il est tout autour de nous. Il est même en nous.
Il ruisselle sur nos visages, il ruisselle sur le miroir,
il coule entre mes tempes.
Et, entre toi et moi,
il coule encore, sans bruit, comme un sablier.
Oh, Quinquin ! Parfois, je l’entends qui coule— irrémédiablement.
Parfois, je me lève, au milieu de la nuit
et j’arrête toutes les pendules, toutes.

(Hugo von Hofmannsthal)

    

Recueil: Le chevalier à la rose
Traduction:
Editions:

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