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Posts Tagged ‘solitude’

Quarante ans (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Quarante ans

Je connais peu ma vie. Je ne l’ai jamais vue
S’éclairer dans les yeux d’un enfant né de moi.
Pourtant j’ai pénétré le secret de mon corps. O mon corps !
Toute la joie, toute l’angoisse des bêtes de la solitude
Est en toi, esprit de la terre, ô frère du rocher et de l’ortie.
Comme les blés et les nuages dans le vent.
Comme la pluie et les abeilles dans la lumière,
Quarante ans, quarante ans, mon corps, tu as nourri
De ton être secret le feu divin du Mouvement :
Tu ne passeras pas avant le mouvement de l’univers.
Que le son de ton nom inutile et obscur
Se perde avec le cri du dormeur dans la nuit ;
Rien ne saurait te séparer de ta mère la terre.
De ton ami le vent, de ton épouse la lumière.
Mon corps ! tant que deux cœurs séparés, égarés ,
Se chercheront dans les vapeurs des cascades du matin.
Tant qu’un douzième appel de midi vibrera pour réjouir
La bête qui a soif et l’homme qui a faim ; tant que le loriot.
L’hôte des sources cachées, renversera sa pauvre tête
Pour chanter les louanges du Père des forêts ; tant qu’une touffe
De myrtil noir élèvera ses baies pour leur faire respirer
L’air de ce monde, quand l’eau de soleil est tombée,
errante poussière ! ô mon corps ! tu vivras pour aimer et souffrir.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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Immaculé (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 Illustration: Franco Fortunato  
    
Immaculé

Pas la neige

D’une plus grande blancheur que
Les signes que l’ermite
Inscrit
Sur le tableau de la solitude

Parfaitement immaculé
Le temps

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Dans chaque demeure (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



 

    
Dans chaque demeure brûlent des lampes;
Aveugle que tu es, tu ne les vois pas.

Un jour, tes yeux s’ouvriront soudain et tu verras;
et les chaînes de la mort tomberont d’elles-mêmes.

Il n’y a rien à dire et rien à entendre; il n’y a rien à faire :
c’est celui qui vit, bien que mort, qui ne mourra plus jamais.

Parce qu’il vit dans la solitude,
l’ascète déclare que Sa maison est lointaine.

Ton Seigneur est près de toi
et cependant tu montes en haut du palmier pour Le chercher.

Le prêtre Brahmane va de maison en maison
et initie le peuple à la foi musulmane;

Hélas ! la vraie fontaine de vie est à tes côtés
et tu adores la pierre que tu as dressée.

Kabîr dit : « Je ne puis dire combien mon Seigneur est adorable.
— L’ascétisme, le chapelet qu’on égrène, les vertus et les vices,
rien de tout cela n’existe pour Lui. »

(Kabîr)

 

 

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Danse, mon coeur (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



 

Illustration
    
Danse, mon coeur; danse de joie aujourd’hui.
Des chants d’amour emplissent de musique les jours et les nuits
et le monde est attentif à leurs mélodies.

Folles de joie, la vie et la mort dansent au rythme de cette musique.
Les monts et l’océan et la terre dansent
— Au milieu d’éclats de rire et de sanglots l’humanité danse.

Pourquoi mettre une robe de moine
et vivre hors du monde dans une orgueilleuse solitude ?
Vois ! Mon coeur danse dans la joie de la connaissance
et le Créateur en est heureux.

(Kabîr)

 

 

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Je t’ai faite à la taille de ma solitude (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017


 

Je n’ai envie que de t’aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière

Je t’ai faite à la taille de ma solitude.

Le monde entier pour se cacher
Des jours des nuits pour se comprendre
Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d’un monde à ton image
Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.

(Paul Eluard)

 

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À LA MUSE (Stephen Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



À LA MUSE

1
« Parfois je rêve »
De me confondre au charme de tes yeux
Pour étancher ma soif à la même fontaine
Parfois, je rêve
D’une autre rive
De la caresse d’un baiser suprême
À la croisée des âmes
Parfois, je rêve
Le coeur en partance vers n’importe quel monde
Où je pourrais t’aimer en lettres d’or
Où je pourrais m’abandonner tel un enfant
Sous l’ambre des goémons
Avec tout l’amour des vagues insoumises.

J’attends l’aurore à tes lèvres vermeilles.

2
« Si tu avais bu dans mon verre… »
Tu aurais trouvé les pleurs salés de mes sonnets sans nom
Toutes les odes inspirées par des souffles d’amour
Tout le désespoir d’un clown aux clarines de l’automne
Tout le requiem inachevé de mes douleurs muettes
Et puis sous l’écume des jours
Ce fleuve de tendresse où je me noie sans fin
A fendre l’âme,
À contre coeur de mes désirs
Car je ne suis rien pas même un songe
Mais tout simplement une solitude qui ne demande qu’à mourir
En silence, au bord de ma mémoire
Ô Muse, peut-être ta main…

(Stephen Blanchard)

 

 

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LE NOUVEAU PRINTEMPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



Illustration: Philibert Léon Couturier

    

LE NOUVEAU PRINTEMPS

Les tantes veuves portent de pesantes armatures
de mort et de gourgouran. Du cou
jusqu’à l’inviolée pointe des brodequins, elles proclament
leur rupture avec le siècle. Et rien n’existe plus
hors de la nuit de leurs maris empreinte
en chacun de leurs gestes de superbe solitude.

Ainsi les voulons-nous pour toujours de nouveau
vierges, réintégrées dans la pureté originelle.
Malheur à qui murmure: les tantes sont des femmes
sujettes à la terrestre loi du désir,
et dans leurs nuits blanches elles luttent corps à corps avec les farfadets.

Une tante, pourtant, oublie les commandements
et se remarie. La foudre s’abat sur la famille.
Elle est toute jardin, elle est pur amandier
dans le joyeux abandon de son autre virginité.
La famille en a décidé: cette tante est morte.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Je suis l’animal (Hans Lodeizen)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017




    
je suis l’animal le plus pur sur terre
je dors avec la nuit comme avec mon corps
et la nuit grandit dans mon coeur

dans le sombre métier à tisser de tes doigts
je brode une nuit de solitude
multicolore exigeante changeante

je connais toutes les larmes de la solitude
frappe-moi ouvre-moi
je suis une rose de gaieté

viens ici fais-moi confiance
je jette des étoiles au vent

comme un bateau d’abondance dans
la rareté de la mer

mais tu n’es pas venu
et lentement je me referme.

(Hans Lodeizen)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Odeur de dentifrice (Azumi Atsushi)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2017



 

Odeur de dentifrice
solitude –
je cherche tes lèvres

(Azumi Atsushi)

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Je connais une pierre (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: Victor Wang
    

Je connais une pierre où m’asseoir
à l’ombre de septembre
et je vais parler des tournesols
où épaule contre épaule avec le soleil
la fleur est presque de sable
et du poids de leur solitude
ils font l’ardeur
et la gloire des grands jours de l’été.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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