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Poésie

Posts Tagged ‘familier’

Le temps perdu (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2019




Illustration: Tarsila do Amaral
    
Le temps perdu

Devant la porte de l’usine
le travailleur soudain s’arrête
le beau temps l’a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l’oeil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c’est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron?

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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VERS DE HAUTES PORTES (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall 
    
VERS DE HAUTES PORTES

Seul est mien ce pays
Qui se trouve en mon âme;
Comme un familier, sans papiers,
Je m’y rends.
Il voit ma tristesse et ma solitude,
Il me couche pour m’endormir,
Me recouvrant d’une pierre d’odeurs.

Un vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées,
En moi mes propres rues s’étendent.
Les maisons manquent
Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines,
Leurs habitants s’égarent dans les airs,
Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.

Voici pourquoi quelquefois je souris
Quand le soleil scintille à peine,
Ou bien je pleure
Comme une pluie légère dans la nuit.

Je me souviens d’un temps
Où je portais deux têtes…
C’était un temps
Où les deux têtes
Se couvraient d’un voile d’amour,
Se dissipaient comme le parfum d’une rose.

Il me semble à présent
Que même en revenant sur mes pas
J’avance
En direction de hautes portes
Qui cachent un chaos de murs
Où les tonnerres abattus passent leurs nuits
Et les éclairs brisés.

(Marc Chagall)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES (Avrom Reisen)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Samuel Hirszenberg
    
DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES

Nous sommes ceux qu’on dispersa
Dans les terres les plus lointaines.
Chacun de nous est un anneau
De la nouvelle chaîne.

Non seulement à Babylone
Mais au bord des fleuves, partout
Nous sommes venus nous asseoir,
Cherchant un toit qui soit à nous.

C’est ainsi qu’est devenu cher
À notre coeur le monde entier,
Sur les rives les plus lointaines
Se trouve pour nous un foyer.

Et maintenant nous chérissons
La Vistule autant que le Rhin,
Le large Dniepr à notre coeur
Murmure aussi douce complainte

Le libre Hudson nous fait un signe
Fraternel du fond de ses flots,
Il est permis, sur son rivage,
De connaître enfin le repos !

Quelque chanson que l’on écoute
Nous connaissons sa mélodie,
Quel que soit le fleuve qui coule
Il nous apporte nostalgie,

Quel que soit le drapeau qui flotte,
Nous est familier son appel,
Quel que soit le bateau qui vogue
C’est vers un pays fraternel.

(Avrom Reisen)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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UN SONGE FAMILIER (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Jules Blancpain
    
UN SONGE FAMILIER

Le Nil ombré
les jolies brunes
vêtues d’eau
qui se moquent du train
Enfuis.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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DÉCOUVERTE DE LA FEMME (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Alex Alemany
    
DÉCOUVERTE DE LA FEMME

Alors la femme m’apparut sans voiles, dans une pudeur naturelle.
Depuis ce temps ses gestes, délivrés, surgissant dans une
solennité féconde, me consacrent à l’unique réelle douceur.
Au gré de cette présence familière le temps s’en va sans me lasser.
A cette heure la nuit peut venir, la clarté de la lune aura les ombres les plus nues.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES VIOLIERS (Charles Le Goffic)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



 

violier-

LES VIOLIERS

Ne retire pas ta douce main frêle;
Laisse sur mes doigts tes doigts familiers :
On entend là-bas une tourterelle
Gémir sourdement dans les violiers.

Si près de la mer que l’embrun les couvre
Et fane à demi leurs yeux violets,
Les fragiles fleurs consolaient à Douvre
Un royal enfant captif des Anglais.

Et, plus tard encor, je sais un jeune homme,
Venu fier et triste au val d’Arguenon,
Dont le coeur se prit à leur tiède arome
Et qui soupirait en disant leur nom.

Ainsi qu’à Guérin et qu’au prince Charle,
Dame qui te plais sous ce ciel brumeux,
Leur calice amer sourit et te parle
Et de son odeur t’enivre comme eux.

C’est qu’un soir d’été, sur ces mêmes grèves,
Des touffes d’argent du mol arbrisseau
Se leva pour toi le plus doux des rêves
Et que notre amour les eut pour berceau.

Et peut-être bien que les tourterelles
Ont eu le secret des fragiles fleurs :
Un peu de ton âme est resté sur elles,
Et dans leur calice un peu de tes pleurs.

(Charles Le Goffic)

Illustration

 

http://wies61.zoom.nl/

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J’ai souvent fait et refait un rêve (Jean-François Manier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



 

 

J’ai souvent fait et refait un rêve
qui raconte toujours plus ou moins la même chose :
je me retrouve dans une maison très familière,
la mienne ou peut-être une maison de vacances, ou d’amis proches,
quand soudain sans raison apparente,
je comprends avec un immense bonheur
qu’une partie de cette habitation m’était demeurée cachée.
Que j’avais ainsi vécu longtemps, des années peut-être,
à côté d’une chambre close, sans le savoir,
jusqu’à ce moment précis où je vais pousser la porte.
Le rêve s’arrête là,
à cette joie qui me laisse ému, tremblant, au seuil de l’inconnu.

J’ai eu envie d’écrire un long poème
qui serait comme une invitation à entrer dans l’espace réel et mystérieux
qui commence derrière cette porte.

(Jean-François Manier)

 

 

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AUXILIAIRES (René Char)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



AUXILIAIRES

Ceux qu’il faut attacher sur terre
Pour satisfaire la beauté,
Familiers autant qu’inconnus,
A l’image de la tempête,
Qu’attendent-ils les uns des autres?
Un nuage soudain les chasse.
Il suffit qu’ils aient existé
Au même instant qu’une mouette.

(René Char)

Illustration

 

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Le Poète (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


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C’était un Poète – Ce
Qui extrait un sens surprenant
De Signes ordinaires –
Une si vaste Essence

Des espèces familières
Ayant péri à la Porte –
Qu’on s’étonne de ne pas Soi-même
L’avoir captée – d’abord –

D’Images, Révélateur –
Le Poète – Lui et nul autre –
Par Contraste – Nous investit –
D’une perpétuelle Pauvreté –

De la Partie – si inconscient – qu’un Vol –
Ne saurait le léser –
Lui-même – est pour Lui – un Trésor –
Au temps – étranger –

***

This was a Poet — It is That
Distills amazing sense
From ordinary Meanings —
And Attar so immense

From the familiar species
That perished by the Door —
We wonder it was not Ourselves
Arrested it — before —

Of Pictures, the Discloser —
The Poet — it is He —
Entitles Us — by Contrast —
To ceaseless Poverty —

Of portion — so unconscious —
The Robbing — could not harm —
Himself — to Him — a Fortune —
Exterior — to Time —

(Emily Dickinson)

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LA SÉPARATION (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
LA SÉPARATION

À la vue d’un nuage vert foncé dans le ciel bleu,
une paire d’yeux sombres et moites me revient à l’esprit :
Les lèvres compatissantes,
Un regard muet
Poignant dans sa supplication,
Avant de se séparer…
la vue d’un nuage vert foncé dans le ciel bleu.

Il pleut sans répit avec des éclairs,
Affolé le vent chante dans les bois.
Quelque part dans mon être
S’attarde un gémissement,
Une voix familière
Vient retentir dans mon coeur
A la vue d’un nuage vert foncé dans le ciel bleu.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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