Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘satisfait’

Tel, esseulé, le rossignol dans la nuit (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2021



Quel rosignuol che si soave piagne

Tel, esseulé, le rossignol dans la nuit
bleue célèbre les siens parmi la gent ailée,
tel par les combes, les vals et les collines
module et coule le silence des prés,

il émaille et chatouille la grande nuit et
m’accompagne, solitaire désormais… oui
moi ! pose lacs et rets, distille la mémoire à
la mortelle angoisse qu’instille la déesse.

Ô iris de la peur !
Éther d’yeux clairvoyants au profond de
l’éther qu’enfouit la terre en son berceau de
cendres aveugle
— ainsi toi, la fileuse, te voilà satisfaite !
En larmes je l’affirme : tout le charme du monde
dure à peine ce que dure un battement de cils.

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Nouveaux poèmes 1930-1934
Traduction: Traduction du russe par Christiane Pighetti
Editions: Allia

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nirvâna (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021



Illustration
    
Nirvâna

Tout est aboli, hormis le Seul muet.
Le mental affranchi de la pensée et le coeur de la peine
deviennent dès lors étonnamment inexistants ;
il n’y a plus ni Je, ni Nature, connu-inconnu.
La ville, théâtre d’ombres sans couleur,
flotte et tremble, irréelle ; des formes sans relief
passent comme de vagues silhouettes dans un film ; tel un récif
sombrant dans les abysses sans rivage, le monde n’existe plus.

Le Permanent illimitable, seul,
est ici. Une Paix prodigieuse, sans visage, immobile
remplace tout — ce qui naguère était Je, est en Elle
un vide sans nom, silencieux, satisfait
de disparaître dans l’Inconnaissable
ou de plonger dans l’extase des mers lumineuses de l’Infini.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Plans de construction (Henrik Ibsen)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Plans de construction

Je me rappelle aussi net que si c’était ce jour
le soir où je vis mon premier poème imprimé dans le journal.

J’étais dans ma mansarde, à lancer des bouffées de
fumée et je rêvais, béatement satisfait.

Je bâtirai un château en Espagne. Il resplendira sur le Nord.

Il y aura deux ailes, une petite et une grande.
La grande hébergera un poète immortel, la
petite hébergera une jeune fille.

Je trouvais ce plan superbement harmonieux ;
puis le désordre s’y mit.
Quand le maître est devenu raisonnable, le château a paru absurde:
la grande aile était trop petite, la petite en ruine est tombée.

(Henrik Ibsen)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Régis Boyer
Editions: Les Belles Lettres

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ETERNELS (Sepideh Zamani)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020




Illustration: Antonio Ballesta
    
ETERNELS

Je rêve parfois
de mon père pendant notre dernier entretien.
Il disait : « Je t’attendais ».
Et j’étais satisfait
de sonner à temps,
bien que ce soient nos adieux,
et courts
et longs comme l’éternité :
éternels comme les toits souvent mouillés
et les jours humides de Shahi,
éternels comme les paysans
qui labourent pour semer,
pour détacher la terre et herser
chaque printemps à nouveau.

*Shahi: ville dans la province de Mazandaran, Iran

***

ETERN

Îl visez uneori pe tata,
vorbindu-mi pentru ultima dată.
„Te-așteptam”, mi-a zis
Ce mult m-am bucurat
că l-am sunat la timp.
Acel scurt rămas bun
ne-a fost îndeajuns,
în el a încăput o veșnicie:
eternă ca olanele umezite
de ploaia care cade în Shahi,*
eternă ca țăranii care ară
pământul fraged, semănând
în glia sfărâmată
noi primăveri.

***

ETERNO

A volte sogno mio padre,
la nostra ultima conversazione.
Mi disse, “ti stavo aspettando.”
Fui felice
di essere riuscito a chiamare in tempo,
anche se per il nostro addio
che fu breve
ma lungo come l’eternità:
eterno come i tetti spesso bagnati
e i giorni umidi di Shahi,*
eterno come i contadini
che arano per seminare
e rompono le zolle per rendere morbida
la terra, ad ogni primavera.

***

***

ETERNO

Às vezes sonho
com meu pai na nossa última chamada.
Disse: “Estava te esperando”.
E fiquei aliviado
por chamar a tempo,
embora fosse nossa despedida,
e fosse breve,
mas tão longa como a eternidade:
Eterno como os tetos habitualmente molhados
e os últimos dias de Shahi,
eterno como os camponeses
que lavram para plantar as sementes,
e amaciar e preparar a terra
cada primavera.

***

ETERNO

A veces sueño
con mi padre en nuestra última llamada.
Dijo: « Te estaba esperando ».
Y me quedé aliviado
por llamar a tiempo,
aunque fuese nuestra despedida,
y fuese breve,
pero tan larga como la eternidad:
eterno como los techos habitualmente mojados
y los húmedos días de Shahi *,
eterno como los campesinos
que labran para sembrar semillas,
y ablandar y rastrear la tierra
cada primavera.

***

ETERNAL

I dream sometimes
of my father in our last call.
He said, “I was waiting for you.”
And I was delighted
for calling in time,
though it was our farewell
which was short
but long as eternity:
eternal like the frequently wet roofs
and humid days of Shahi,*
eternal like farmers
who plow in order to sow seeds
and loosen and harrow the soil
each spring.

***

ΑΙΩΝΙΟ

Μερικές φορές θυμάμαι
το τελευταίο τηλεφώνημα στον μπαμπά μου
που είχε πει, σε περίμενα
κι εγώ χαιρόμουν
που είχα τηλεφωνήσει έγκαιρα
που τελικά ήταν αποχαιρετισμός μας
σύντομος κι αιώνιος
σαν τις βρεμένες στέγες
κατά τις νωπές μέρες στο Σάχι*
αιώνιες σαν τους αγρότες
που για να σπείρουν οργώνουν
κι ετοιμάζουν το χώμα
κάθε άνοιξη.

***

***

EEUWIG

Ik droom soms
van mijn vader tijdens ons laatste gesprek.
Hij zei: « Ik wachtte op jou. »
En ik was opgetogen
om tijdig te bellen,
alhoewel het ons afscheid was,
en kort,
maar lang als de eeuwigheid:
eeuwig zoals de vaak natte daken
en de vochtige dagen van Shahi *,
eeuwig zoals boeren
die ploegen om te zaaien,
om de aarde los te maken en te eggen
ieder voorjaar opnieuw.

***

***

ETERNU

Quacchi vota m‘insonnu a me patri
di l‘urtima tilifunata.
Mi dissi,“T‘aspittava.“
E yo era cuntentu
p‘aviri chiamatu a l‘ura giusta,
ammatula ca chiddu fu
lu nostru addiu,
curtu in virità
ma longu na eternità,
eternu comu li tetti ô spissu bagnati
e li jurnati umidi di Shai,
eternu comu li cuntadini
chi aprunu la terra
turmintannu la terra
a ogni primavera
pi vurricaricci simenza.

***

EWIG

Ich träume manchmal
vom letzten Telefongespräch mit meinem Vater.
Er sagte: « Ich habe auf dich gewartet. »
Und ich war erleichtert,
rechtzeitig angerufen zu haben,
auch wenn es unser Abschied war,
und kurz,
aber so lange wie die Ewigkeit:
ewig wie die oft nassen Dächer
und die Regentage von Shahi *,
ewig wie die Bauern
die pflügen, damit sie säen können,
und die Erde auflockern und eggen,
jeden Frühling

***

永 恒

我有时梦见
上次通电话的父亲。
他说:“我正等着你呢。”
而我很高兴
因为及时通了话,
虽然这是我们
短暂的相会
但只要永恒:
就像常湿的屋顶和
沙希*潮湿的日子那样永恒,
就像农民每年
春天松土耙土
为播种而耕种
那样永恒。
*沙希: 伊朗马赞达兰省的一座城市

***

(Sepideh Zamani)

 

Recueil: ITHACA 619
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Persan / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Daria Mishueva / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Chinois William Zhou /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dizain (Marguerite de Navarre)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2019




Dizain

j’aime une amie entièrement parfaite
Tant que j’en sens satisfait mon désir
Nature l’a, quant à la beauté, faite
Pour à tout oeil donner parfait plaisir ;
Grâce y a fait son chef-d’oeuvre à loisir,
Et les vertus y ont mis leur pouvoir,
Tant que l’ouïr , la hanter et la voir
Sont sûrs témoins de sa perfection :
Un mal y a, c’est qu’elle peut avoir
En corps parfait coeur sans affection.

(Marguerite de Navarre)

Illustration: Marie-Paule Deville-Chabrolle

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’étonnement (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



 

L’étonnement

Le plus que l’homme puisse atteindre
est l’étonnement,
et si le premier phénomène l’étonne,
qu’il soit satisfait.
Pas davantage ne pourra lui être donné,
et rien de plus il n’aura à chercher.
Là est la limite.

(Goethe)

Illustration

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Le chat de 20h32 (Joël Sadeler)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

chat  l

 

Le chat de 20h32
passe sur le mur d’en face
s’arrête
sur la crête
regarde par la fenêtre

Puis il repart satisfait
de se voir
chaque soir
à la télé
dans les publicités

(Joël Sadeler)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 1 Comment »

CONTRETEMPS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018




    
CONTRETEMPS

Pureté aimée, dont les yeux jamais
ne parvinrent à jouir. Pureté absurde!

Je sais qu’un jour tu bougeais dans la chair.
alors que j’en étais encore à filer mon embryon de vie.

Pureté en jupe neutre de collège
et lait azur dans le blé tendre

d’une après-midi pluvieuse, lorsque l’âme
a battu son poignard en retraite,

lorsqu’en je ne sais quelle éprouvette
sans contenu s’est figée une pierre insolente:

lorsqu’il se trouve des gens pour être satisfaits; lorsque des
paupières aveugles
pleurent, sur des bordages purpurins.

Ô, pureté qui ne me laissas
pas même un message, en délaissant la triste boue

ni une miette de ta voix ; ni mémo le plus petit nerf
de ton héroïque banquet d’artifices.

Eloignez-vous de moi, bonnes méchancetés,
bouches douces et piquantes.

Je l’en souviens en vous voyant, ô femmes!
Car, si très peu naissent dans l’éternelle
après-midi de la vie, beaucoup en meurent!

***

DESHORA

Pureza amada, que mis ojos nunca
llegaron a gozar. Pureza absurda!

Yo sé que estabas en la carne un día,
cuando yo hilaba aùn mi embrión de vida.

Pureza en falda neutra de colegio;
y leche azul dentro del trigo tierno

a la tarde de lluvia, cuando el alma
ha roto su puñal en retirada,

cuando ha cuajado en no sé qué probeta
sin contenido una insolente piedra.

Cuando hay gente contenta; y cuando lloran
pàrpados ciegos en purpùreas bordas.

Oh, pureza que nunca ni un recado
me dejaste, al partir del triste barro

ni una migaja de tu voz; ni un nervio
de tu convite heroico de luceros.

Alejàos de mi, buenas maldades,
dulces bocas picantes…

Yo la recuerdo al veros oh, mujeres!
Pues de la vida en la perenne tarde,
nació muy poco pero mucho muere!

(César Vallejo)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Après la mélancolie (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Après la mélancolie sublime du désir,
quelle amère et désolante mélancolie que celle de la satiété !
Quel profond vide inattendu, après tout amour satisfait !
Et quel mépris pour ces lèvres de femme,
qui n’ont cependant commis que la faute adorable
d’avoir, les stupides, contenté nos désirs !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les arbres étaient immobiles (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



 Illustration: Robert Cattan
    
Les arbres étaient immobiles,
la lumière grise,
les collines inertes
s’étalaient d’étrange façon.

Les hommes creusaient
un peu le sol,
comme pour dégager un trésor,
mais calmes et prudents.

Partout sur terre sans doute
c’était ainsi,
le monde et le végétal humain
vivotaient.

J’observais en marchant
craintif et satisfait,
mes pieds obéissants
marchaient sur le sol.

Calme sur la lande,
à l’entour pleine lumière,
comme un fuseau d’argent
la lumière du soleil;

partis les nuages
par delà le bleu-gris flou,
route blanche lointaine
comme argentée.

Je sens le vent
me souffler aux oreilles,
J’aurais voulu partir
me perdre dans la lumière.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :