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Posts Tagged ‘nacre’

Tout est morne … (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



Tout est morne. On a peur quand l’aube qui s’éveille
Fait une plaie au bas des cieux, rouge et vermeille ;
On a peur quand la bise épand son long frisson ;
On a peur quand on voit, vague, à fleur d’horizon,
Montrant dans l’étendue au crépuscule ouverte,

Son dos mystérieux d’or et de nacre verte,
Ramper le scarabée effroyable du soir ;
On a peur quand minuit sur les monts vient s’asseoir !
Pourtant, dans cette masse informe et frémissante,

Il semble par moments qu’on saisisse et qu’on sente
Comme un besoin d’hymen et de paix, émouvant
Toutes ces profondeurs de nuée et de vent ;
Tout cherche à se parler et tout cherche à s’entendre ;

La terre, à l’océan jetant un regard tendre,
Attire à son flanc vert ce sombre apprivoisé ;
Mais l’eau quitte le bord après l’avoir baisé,
Et retombe, et s’enfonce, et redevient tourmente.

Il n’est rien qui n’hésite et qui ne se démente ;
Le bien prête son voile au mal qui vient s’offrir ;
Hélas ! l’autre côté de savoir, c’est souffrir ;
Aube et soir, vie et deuil ont les mêmes racines ;

Le sort fait la recherche et l’angoisse voisines ;
D’où jaillit le regard on voit sortir le pleur ;
Et si l’oeil dit Lumière, il dit aussi Douleur.
Tout est morne ….

(Victor Hugo)

 Illustration

 

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Réveil (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019




    
Réveil

Si tu savais encor te lever de bonne heure,
On irait jusqu’au bois, où, dans cette eau qui pleure
Poursuivant la rainette, un jour, dans le cresson
Tremblante, tes pieds nus ont leur nacre baignée.
Déjà le rossignol a tari sa chanson;
L’aube a mis sa rosée aux toiles d’araignée,
Et l’arme du chasseur, avec un faible son,
Perce la brume, au loin, de soleil imprégnée.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’inconstant (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




L’inconstant

Mes yeux s’en sont allés
derrière une brunette
qui passait.

Était de nacre noire,
était raisin violet.
De sa traîne de feu
elle a fouetté mon sang.

Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Une blonde est passée
telle une plante d’or
en balançant ses charmes.
Et ma bouche s’est faite
vague qui s’en allait
décharger des éclairs
de sang sur sa poitrine.
Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Mais vers toi, sans bouger,
sans te voir, ma lointaine,
mon sang, mes baisers volent,
ma brunette et clairette,
ma grande et ma petite,
ma vaste et ma menue,
ma jolie laideronne,
faite de tout l’argent
et faite de tout l’or,
faite de tout le blé
et de toute la terre,
faite de toute l’eau
des vagues de la mer,
faite pour mes deux bras,
faite pour mes baisers,
faite, oui, pour mon coeur.

(Pablo Neruda)

Illustration: Danielle McManus

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ROSE SANS NOM (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




ROSE SANS NOM

QUELQUE JOUR, quelque part
Toujours j’espérais retrouver
La rose dont les touffes de fleurs aux
Pétales de nacre
Montaient au rebord de ma première fenêtre.
Ma mère ne connaissait pas son nom.

Quelque part, quelque jour
Cet arbre florissant, dont les boutons, chauds de soleil
Ouvraient, leur tige brillante d’or, sur le mur
Des coeurs de suaves petites roses
Dont les pétales tombaient trop vite
J’espérais le retrouver,

Mais dans aucun catalogue, aucun jardin visité
La rose sans nom de ma mère, jusqu’à ce que
Aujourd’hui en Italie, où l’été
À foison s’épanouit,
Contre un mur en ruine je découvrisse
Une tonnelle, et n’osai pas

Regarder de trop près, craignant de trouver
En cette rose aussi une inconnue, cependant
Quand je m’approchai, chaque pétale de nacre
Se glissa au lieu du souvenir:
« Regarde, nous voici », me dirent-ils, « alors
Est de nouveau maintenant ». Peu s’en fallut

Que je ne les croie, car ils étaient les mêmes
Qu’en ces étés d’enfance passés,
Ces pétales fanés recommencés ;
Mais pas moi, car les années entre-temps,
Les larmes et la désunion, le chagrin de ma mère
Aucune fleur ne pouvait le consoler, ni le mien maintenant.

***

NAMELESS ROSE

SOMETIME, some where
Always I hoped to find again
The rose whose trusses of pearl-
Shell-petalled flowers
Climbed to my first window-sill.
My mother did not know its name.

Some where, some time
That flourishing tree, whose buds, sun-warm
Opened gold-stemmed on the wall
Centres of sweet small roses
Whose petals fell too soon
I hoped to find,

But in no catalogue, no visited garden
My mother’s nameless rose, until
Today in Italy, where summer
In multitude is blooming,
By a ruined wall I came
Upon a bower, and did not dare

To look too close, fearing to find
That rose too a stranger, yet
When I came near, each shell-pearl petal
Slipped into memory’s place:
`Look, we are here’, they told me, `then
Is now again’. Almost

I believed them, for they were the same
As in those childhood summers p ast,
Those withered petals made anew;
But I was not, for years between,
Tears and estrangement, my mother’s sorrow
No flowers could comfort, nor mine now.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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POISSON DE MON AMOUR (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
POISSON DE MON AMOUR
à Bona

Les images du soleil
Multipliées sur ton lit
Par les trous menus du store
Sont mille et une écailles d’or
Sur la nudité nacrée
Du poisson de mon amour.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: Ecriture ineffable
Traduction:
Editions: Gallimard

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FEMME FUSÉE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Carole Cousseau
    
FEMME FUSÉE

Flamme t’exaltes-tu
Les plumes de ton envolée
N’émouvront nulle cendre,
Mais si s’embrase ta nacre
Entre le corail et la touffe
Je poserai au point focal
De là où le plaisir bouillonne
Un galet poli comme toi
Par des remous de baisers,
Pour le faste et pour l’abondance
Pour le lest que tu jetteras
Femme fusée ma fleur
Quand tu t’enverras dans les verts
Bien plus tiens que le bleu d’en haut.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: Ecriture ineffable
Traduction:
Editions: Gallimard

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Claire lumière (Francesca Y. Caroutch)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



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Claire lumière

Carence d’avoir
et surcroît d’être bleu scarabée
Mise en abîme des évidences

Nous sommes les Parques
qui tissons notre propre destinée

Les pensées d’anthracite ou de nacre
ondoient dans un demi-sommeil

La sentinelle a prévenu :
C’est trois jours après la mort
que l’on doit s’éveiller
dans une apocalypse de lumière
Précipite-toi vers la clarté
dans la matrice de l’espace

Le vide ne peut blesser le vide

(Francesca Y. Caroutch)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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Rose des sables (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Rose des sables

Tourment du rêve ancré
au coeur nacré des sables.
Labyrinthe déclos par les détours du gypse.
Broderie d’erg. En toi, ocres et dures,
recommencent les dunes. Et leurs courbes
effeuillées au derviche des vents.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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LE SACRE DE VÉNUS (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



LE SACRE DE VÉNUS
A Carmen.

Bravant marées vents et fantômes
Ton souvenir vient jusqu’à moi
Quand tombent les feuilles d’automne
Quand s’éternise au long des mois
L’amour et la peine des hommes.

Kara Théiôn, ô ma Jocaste
« Tête chère » bardée de fer,
En bandoulière j’ai le masque
Au ceinturon balle le casque
— Je suis aux portes de l’enfer —

J’ai vu des soirs si longs, si tendres,
Une musique et des ave
Qu’on n’en finissait pas d’entendre
Et j’ai vu des chevaux crevés
Dans les fossés couleur de cendre

J’ai vu les femmes que j’aimais
Mêlées au vent de mes détresses
Mais une seule, pour jamais
En silence dénoue ses tresses
Sur mes nuits et mes désormais

Issue des flammes de la mer
Ô ma grande femme de nacre,
Ma Vénus, le voici ton sacre !
Il sonne dans mon coeur amer
Le dur temps de nos épousailles.

Mes astres, mes soleils, mes lampes
Tout ce que j’aimais au rebours
Sombre dans l’arroi des tambours.
Donne-moi la vertu patience :
Je voudrais revivre l’amour.

Vous mes amis, mes camarades
Ou compagnons des jours sans peur ,
Soutenez-moi. Portez mon coeur,
Protégez-moi de votre grâce,
De votre armure de douceur.

(Maurice Fombeure)


Illustration: Sandro Botticelli

 

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L’inconstant (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



L’inconstant

Mes yeux s’en sont allés
derrière une brunette
qui passait.

Était de nacre noire,
était raisin violet.
De sa traîne de feu
elle a fouetté mon sang.

Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Une blonde est passée
telle une plante d’or
en balançant ses charmes.
Et ma bouche s’est faite
vague qui s’en allait
décharger des éclairs
de sang sur sa poitrine.
Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Mais vers toi, sans bouger,
sans te voir, ma lointaine,
mon sang, mes baisers volent,
ma brunette et clairette,
ma grande et ma petite,
ma vaste et ma menue,
ma jolie laideronne,
faite de tout l’argent
et faite de tout l’or,
faite de tout le blé
et de toute la terre,
faite de toute l’eau
des vagues de la mer,
faite pour mes deux bras ,
faite pour mes baisers,
faite, oui, pour mon coeur.

(Pablo Neruda)


Illustration: Fabienne Contat

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