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Poésie

Posts Tagged ‘croisée’

Vie recluse (Wei Ying-wu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
Vie recluse

Une humble cour entourée de bambous dépouillés
Les orchidées aux tiges cassées après le vent-pluie
Au profond des feuillages chantent les oiseaux
Sur les mousses vertes nulle trace humaine

Au pavillon Hirondelles durable est le jour
Les arbres sont lourds de fruits en été
Sur ma table s’accumulent des livres rares
Je m’y plonge à l’heure claire près d’une croisée

(Wei Ying-wu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Illustration: Laurie Justus Pace

    

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
– Lorsqu’elle était petite encore,
Que sa soeur était tout enfant… –

Connaissez-vous, sur la colline
Qui joint Montlignon à Saint-Leu,
Une terrasse qui s’incline
Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

C’est là que nous vivions, – Pénètre,
Mon coeur, dans ce passé charmant !
Je l’entendais sous ma fenêtre
Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée,
Sans bruit, de peur de m’éveiller ;
Moi, je n’ouvrais pas ma croisée,
De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient… – Aube pure !
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Ma famille avec la nature,
Mes enfants avec les oiseaux ! –

Je toussais, on devenait brave.
Elle montait à petits pas,
Et me disait d’un air très grave :
 » J’ai laissé les enfants en bas.  »

Qu’elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon coeur fût triste ou joyeux,
Je l’admirais. C’était ma fée,
Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.
Ô jeux charmants ! chers entretiens !
Le soir, comme elle était l’aînée,
Elle me disait :  » Père, viens !

Nous allons t’apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis !  » –
Et je voyais rayonner d’aise
Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages,
J’inventais un conte profond
Dont je trouvais les personnages
Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes
Riaient, comme à cet âge on rit,
De voir d’affreux géants très-bêtes
Vaincus par des nains pleins d’esprit.

J’étais l’Arioste et l’Homère
D’un poème éclos d’un seul jet ;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.

Leur aïeul, qui lisait dans l’ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et moi, par la fenêtre sombre
J’entrevoyais un coin des cieux !

(Victor Hugo)

 

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Chanson (Pas par le plafond) (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020




    
Chanson
(Pas par le plafond)

Pas par le plafond,
Pas par le plancher,
Petit enfant sage,
Tu ne partiras.

Pas brisant les murs
Ou les traversant,
Pas par la croisée,
Tu ne partiras.

Par la porte close,
Par la porte ouverte,
Petit enfant sage,
Tu ne partiras.

Ni brûlant le ciel,
Ni tâtant la route,
Ni moquant la lande,
Tu ne partiras.

Ce n’est qu’en passant,
À travers les jours,
C’est à travers toi
Que tu partiras.

(Guillevic)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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La poésie… (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019



Illustration: Robert Delaunay
    
La poésie…

Elle se tient là dans le miroir des jours
Elle caresse le ciel du bout des doigts
Elle se tait entre deux battements d’ailes
Elle dit le feu le vent et l’étincelle
Elle est la faim la soif qui ensorcelle

Elle est soleil levant
pépiement matinal
Elle est poisson volant dans un feu végétal
Elle est lointaine et proche étrange et familière
Elle est le chant secret
la danse des fougères
Elle est la fleur sauvage la flûte traversière

Ombre posée sur les paupières de la nuit
Elle se tient silencieuse aux carreaux de ta vie

Elle est celle qui prie aux croisées de ta joie

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Quand le chant se fait silencieux (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Illustration: Tamara Lunginovic
    
Quand le chant
Se fait silencieux

Tu n’as pas à replier sur lui
Ses draps de nuit

Mais seulement à guetter
Le signe d’aube

A la croisée
De son retour

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Dieu – à toutes les Portes – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018


portes

Notre Voyage était avancé –
Nos pieds avaient atteint presque
Cette étrange Croisée sur la Route de l’Etre –
Son terme – Eternité –

Notre marche soudain s’effraie –
Nos pieds – réticents – nous entraînent –
Devant – s’offrent des Villes – mais en Deçà –
C’est la Forêt des Morts –

De retraite – nul Espoir –
Derrière – une Route Bloquée –
Devant – le Drapeau Blanc de l’Eternité –
Et Dieu – à toutes les Portes –

(Emily Dickinson)

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À MOTS NUS (Daniel Maximin)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

À MOTS NUS

Femme-île
sur ta plage blanche
de phrases déboutonnées
de rives et de rêves
et de coeurs arpentés
en dérade croisée

laisse tes yeux sourire au mirage
sois oasis pour accueillir ta soif

puise et offre au rivage
la carte à dévoiler du sable
tes plaines et tes pages
tes seins et tes déliés
donnant à lire
ton corps à coeur
sillage tissé
à mots pieds nus.

(Daniel Maximin)

Illustration: William Bouguereau

 

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Je sais les labyrinthes (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Je sais les labyrinthes. Je sais.
On suit des routes à l’intérieur de soi pour retrouver le centre.
On pense qu’il ressemble au point ultime, sublime dit le poète,
où la vie rejoint la mort,
où se joue lumineux le fonctionnement de l’âme, au-delà.

Et l’on se retrouve à la croisée des chemins, une pierre, un instant,
le fil court de soi à soi.
Parfois l’Autre est là.
Puis il nous quitte.

Usés d’attente et de désert, nous renaissons en d’autres eaux,
nous nageons dans une autre écriture. Sans aucun oubli.
Nous traçons notre route au large
en sachant cette lumière qui fut, où nous baignâmes jadis.

Car l’amour est dans la perte et la ronce, dans l’obscur du torrent,
dans les fausses luisances et le vent des folies
mais l’on avance parés vers sa demeure
et les mots nous précèdent et l’éclairent.

L’impossible harmonie nous habite,
elle a le visage de l’innocence.

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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ADIEU (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Illustration: Valérie Willson
    
ADIEU

Je m’effacerai
à la croisée des chemins
pour prendre celui
de mon âme.
Réveillant souvenirs
et heures sombres,
j’arriverai au petit verger
de ma chanson blanche
et je me mettrai à trembler comme
l’étoile du matin.

(Federico Garcia Lorca)

 

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COEUR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
COEUR

Il ne sait pas mon nom
Ce coeur dont je suis l’hôte,
Il ne sait rien de moi
Que des régions sauvages.
Hauts plateaux faits de sang,
Épaisseurs interdites,
Comment vous conquérir
Sans vous donner la mort?
Comment vous remonter,
Rivières de ma nuit
Retournant à vos sources
Rivières sans poissons
Mais brillantes et douces.
Je tourne autour de vous
Et ne puis aborder,
Bruits de plages lointaines,
O courants de ma terre
Vous me chassez au large
Et pourtant je suis vous,
Et je suis vous aussi
Mes violents rivages,
Écumes de ma vie.

Beau visage de femme,
Corps entouré d’espace,
Comment avez-vous fait,
Allant de place en place,
Pour entrer dans cette lie
Où je n’ai pas d’accès
Et qui m’est chaque jour
Plus sourde et insolite,
Pour y poser le pied
Comme en votre demeure,
Pour avancer la main
Comprenant que c’est l’heure
De prendre un livre ou bien
De fermer la croisée.
Vous allez, vous venez,
Vous prenez votre temps
Comme si vous suivaient
Seuls les yeux d’un enfant.

Sous la voûte charnelle
Mon coeur qui se croit seul
S’agite prisonnier
Pour sortir de sa cage.
Si je pouvais un jour
Lui dire sans langage
Que je forme le cercle
Tout autour de sa vie!
Par mes yeux bien ouverts
Faire descendre en lui
La surface du monde
Et tout ce qui dépasse,
Les vagues et les deux,
Les tetes et les yeux!
Ne saurais-je du moins
L’éclairer à demi
D’une mince bougie
Et lui montrer dans l’ombre
Celle qui vit en lui
Sans s’étonner jamais.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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