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Poésie

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Toute cette lessive (Conrad Winter)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022




    
Toute cette lessive

ce soir je veux
une fois encore
essorer
mes pensées
puisque ce matin
les femmes
ont brossé lavé
et passé
à l’eau claire
ma vieille chemise
mes poussiéreux principes
toute mon existence

demain matin je veux
rendre net
mon poème avec du vinaigre
des larmes de l’eau de Javel
avec rien que de la joie

et pour finir
essorer vigoureusement
mon amour le poser au soleil
et accrocher
tout proprement
toute cette lessive
devant la fenêtre

***

(Conrad Winter)

Traduction de Roland Reutenauer, avec la collaboration de l’auteur

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Quel repos ? (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022




    
Quel repos ? Quelle pierre
où poser sa tête ? Rien,
elle n’existe pas, cette pierre, il n’y a aucun lieu
où tu puisses demeurer. Tu dois
être. Être toujours
et rien que pour cela indéfectiblement brûler, corps et âme —
c’est ce que lui disent en se dissipant les cavernes du sommeil
où il cherchait refuge,
pour lui elles se changent en flammes.
Et lui ne se tient pas
comme il le voudrait, pas encore,
«jusqu’à quand, mon père,
réponds-moi» — ou est-ce seulement mon pauvre dialecte
et lui il resplendit
disséminé et épars dans la multitude du monde
— comme du sel ?— comme du sel et comme du sang.

***

Quale riposo ? quale pietra
su cui posare il capo ? Niente,
non c’è quella pietra, non c’è luogo
alcuno in cui tu possa stare. Devi
essere. Essere sempre
e anche solo per questo
anima e corpo indefettibilmente ardere —
gli dicono sfacendosi
le caverne del sonno
in cui cercava asilo,
gli si commutano in flamme.
E lui non si compone
corne vorrebbe, non ancora,
« fino a quando, padre mio,
rispondimi » — o è solo il mio miserabile dialetto
e lui risplende
disseminato e sparso nella moltitudine del mondo —
corne sale ? — corne sale e corne sangue.

(Mario Luzi)

Traduction de Moussia et Jean-Marie Barnaud

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Il est vrai que l’on entend dans les chairs (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2022



Illustration: Andrey Kartashov
    
Il est vrai que l’on entend
Dans les chairs
Ces craquements
Ces coups de sonde sous l’armure
Comme de lointains appels

(qui donc écarte ainsi les fibres
pour faire de la place au vide)

Et l’on voit s’affadir
Le regard
Et passer dans l’iris
Sous les cernes des paupières
Toute la blancheur du temps

L’oeil
De plus en plus souvent
Se fixe
Sur moins que rien

Le temps de redonner au coeur
Un peu de son allant

On voudrait bien poser
La chevalée
Et comme finir
Nous pèse

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Sous l’imperturbable clarté Choix de poèmes 1983-2014
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mon amour du profond des nuits (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2022




    
Mon amour du profond des nuits
Du fond de la terre et des arbres
Du fond des vagues, de l’oubli
Mon amour des soifs de l’enfance
Mon amour de désespérance
Je t’attends aux grilles des routes
Aux croisées du vent, du sommeil
Je crie ton nom du fond des soutes
Des marécages sans oiseaux
Du fond de ce désert de fonte
Où je pose, un à un, mes pas
J’attends la source de tes bras
De tes cheveux, de ton haleine
Tu me libères, tu m’enchaînes
Tu me dévastes, tu me fais
Je t’attends comme la forêt
Inextricable, enchevêtrée
Tissée de renards et de geais
Et que le matin fait chanter.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Peut-être, quand viendra la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2022




Illustration
    
Peut-être, quand viendra la nuit
Vais-je poser mes mains autour de ton visage?
Une lampe assourdie balancera le vent
Qui monte des ravins d’octobre avec la pluie
Tu t’approcheras, nue, entre les murs bâtis
Mais je ne connaîtrai de toi que ton visage.
Je retiendrai l’instant comme une écluse haute
Capable d’emporter deux corps dans un courant
Je dirai la raison sourde des marécages
Croupis dans une attente à goût d’orage et d’eau.

Je tiens la nuit contre ma bouche
D’un souffle si léger, si pur
Qu’il entretient le feu des pierres.
Un geste pourrait dévaster
Les jardins en pente du jour;
Le plus court hasard nous tuerait
En ce territoire incertain.

Je reste en vie si loin de toi
Mon absente, ma déferlante
Parce qu’aux confins fous du sang
Luit le pavot bleu du plaisir.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Peut-être que le poème n’est pas une réponse (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2022



Illustration: Henri Matisse
    
Peut-être que le poème n’est pas une réponse
et qu’il n’est pas non plus une question
ou bien il est une question
à l’absence de réponse
et une réponse à l’absence de question
peut-être que le pourquoi
le poème le pose comme une certitude
et le parce que, le poème le pose
comme un désarroi

(Laurent Albarracin)

Recueil: Nous, avec le poème comme seul courage
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il n’y a pas de théorème du désir (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2022



Illlustration: Pascal Renoux
    
Il n’y a pas de théorème du désir
Pas plus qu’il n’y a de théorème de la saveur d’une eau de montagne
pans la bouche de l’exténué
Il boit sa vie

Il n’y a qu’une vérité à mille chemins
Devant le corps aimé
Il est une aube plénière
Dont la lumière appelle la pensée-mésange de l’amant :
S’il y a une vérité dans le désir
Seule l’atteint cette pensée à mille chemins

Le coeur aussi se donne comme un paysage
Seul donc le désir de s’y perdre le mérite
Car ici l’ignorance nous accroît

C’est très simple l’immense pour qui s’est intérieurement dévêtu
Une paupière une hanche un souffle sur la joue
Cela d’un coup efface le monde
La fureur l’excès leur langage

C’est toujours à partir de ce vide
Que nous aimons
En lui que nous buvons notre vie

Est-ce de l’ordre de l’explosion ?
Explosion silencieuse et immobile
À la jonction de deux corps
Qui est la conjonction de deux limites
Ainsi détruites ?

Serait-ce l’apparition d’un espace neuf
Contraire mais lié
À l’espace ordinaire des besognes de l’existence ?

La porte d’or
Par où l’on revient dans sa vie
Déshabitué éclairé
Retour d’exil :
Gestes enfin habités
Regards tenus
Expansion d’une prairie intérieure
Avec affleurement de sources
Celles que l’amant entend
Quand il pose son oreille sur le sommeil de l’aimée

Beau chahut l’amour dans la maison des hommes
Table renversée écrous levés

Est-ce bien de l’ordre de l’explosion ?
Mais lente mais douce
Et sa rumeur qui dort dans la main du coeur

(Jean-Pierre Siméon)

Recueil: Le désir en nous comme un défi au monde 84 Poètes d’aujourd’hui
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Corazón (Alain Borer)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2022



Illlustration: Pascal Renoux
    
Corazón

Veneur aux menées de l’amour
je conduis l’encolure et l’haleine
les reins pour le progrès du plaisir

Corps à son

Bouche bée d’amour
c’est par ton corps
que passe la musique des sphères

Courbée

Infiniment la main
se confond à l’approche
de l’origine du monde

Je creuse
dans ton corps
mon retour

Dors lovée
pris à mon propre piège
de l’éternel va-et-vient

Je suis dansé
Quand je la quitte elle est en moi
l’amour ne dort jamais
pose ta source sur ma soif
scanne-toi

(Alain Borer)

Recueil: Le désir en nous comme un défi au monde 84 Poètes d’aujourd’hui
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Dans l’image on n’entre pas (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2022



Illustration: Jean Murat
    
Dans l’image
on n’entre pas.

Elle reste en face,
comme posée devant les yeux
qui lui donnent limites et profondeur.

La beauté est cette distance infranchissable
tissée de lumière et de vols
qu’on croit toujours pouvoir franchir.

La main se tend, la bouche s’ouvre.
Les doigts et les mots se confondent.

On n’y voit plus.
On touche le murmure.

(Jacques Ancet)

 

Recueil: L’âge du fragment
Traduction:
Editions: AENCRAGES

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Là sur mon front (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2022



Illustration: Fabienne Contat
    
Là sur mon front
pose ta main
Comme si ta main
Était ma main

Serre-moi fort
Comme à la mort
Comme si ma vie
Était ta vie

Et aime moi
Comme à bonheur
Comme si mon coeur
Était ton coeur.

(Attila József)

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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