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Poésie

Posts Tagged ‘poser’

Agape (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration
    
Agape

Aujourd’hui personne n’est venu poser de question;
et cette après-midi on ne m’a rien réclamé.

Je n’ai même pas vu une fleur de cimetière
en si joyeuse procession de lumières.
Pardonne-moi, Seigneur : je ne suis mort que si peu!

Cette après-midi tous, tous passent
sans me poser de question ni rien me réclamer.

Et je ne sais quelle chose ils oublient et qui n’a pas
sa place dans mes mains, comme étrangère.

Je suis sorti à la porte,
et j’ai envie de leur crier à tous :
S’il vous manque quelque chose, c’est ici!

Car toutes les après-midi de cette vie,
je ne sais quelles portes claquent sur un visage,
et de quelque chose d’étranger se saisit mon âme.

Aujourd’hui personne n’est venu;
et aujourd’hui je ne suis mort que si peu cette après-midi!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Oiseau posé entre trois feuilles (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



Illustration: Mike Beeman
    
Oiseau posé entre
trois feuilles ; un petit bruit
au crépuscule, par moments
n’existe qu’à ces moments –
S’entend, comme douleur

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un froid bleuté pose sa poigne (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



Illustration
    
Un froid bleuté
Pose sa poigne
Sur la crête enflammée
Du géranium

Engoncée dans la tiédeur domestique
Je me régale d’égoïsme et de paresse

J’ai posé mon livre
Il ne reste que Bach et moi

La machine à tourner en rond
S’allume

Et la revoilà

L’enfant triste

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il savait des choses (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 orange   l

Il savait des choses dont la nuit seule apprivoise le langage
et il les semait dans sa nation attentive silencieuse
hâve occulte qui était son raisin et sa farine
Et ces choses étaient l’orange juteuse pour l’heure
jachère pour la clameur de la gorge taciturne
et pour la soif de sa nation qui le voulait homme roi
Le laurier de longue verdeur ne frémissait pas de sa connaissance
et de sa requête debout et de son geste multitude et immobilité
Quand la mémoire l’avait rejeté ce qu’il savait demeurait
Et il le savait dans sa peau et devant sa peau
Il le savait à mesure de l’ignorance
Et cela prenait coeur dans son silence
comme une goutte ailée de miel
pour se poser sur la bouche épouse

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Dennis Wojtkiewicz

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OUTILS POSÉS SUR UNE TABLE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019




    
OUTILS POSÉS SUR UNE TABLE

Mes outils d’artisan
sont vieux comme le monde
vous les connaissez
Je les prends devant vous :
verbes adverbes participes
pronoms substantifs adjectifs.

Ils ont su ils savent toujours
peser sur les choses
sur les volontés
éloigner ou rapprocher
réunir séparer
fondre ce qui est pour qu’en transparence
dans cette épaisseur
soient espérés ou redoutés
ce qui n’est pas, ce qui n’est pas encore,
ce qui est tout, ce qui n’est rien,
ce qui n’est plus.

le les pose sur la table
Ils parlent tout seuls je m’en vais.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard
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HARPE (Ivan Hristov)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Illustration: Alexander Baytoshev  
    
HARPE

Ton corps est une harpe
cordes le long d’une enceinte
caisse de résonance
captée avec les doigts
nuque
surfaces
tranchants
en forme de triangle
un arc pour la chasse
troubadours
trouvères
ménestrels
Monteverdi
Glück
Berlioz
caractéristique glissando
pour arrêter l’écho
je pose doucement une
ou mes deux mains
sur les cordes.

***

HARFA

Tvoje telo je harfa
Žice duž zvučne ploče
Rezonantna kutija
Pokreće se prstima
Vrat
Povisilica
Snizilica
Obliku trijangla
Gudalo
Trubadura
Truvera
Mnesanga
Monteverdija
Gluka
Berlioza
Karakterističan glisando
Koji zaustavlja
Rezonancu
Lagano stavljam jednu
A ona drugu ruku
Preko žica

***

HARFE

Dein Körper ist eine Harfe
Saiten entlang des Klangbodens
ein erklingender Rahmen
mit den Fingern gezupft
Hals
Fläche
Schärfe
in der Form eines Dreiecks
ein Jagdbogen
Troubadours
Trouvères
Minnesänger
Monteverdi
Gluck
Berlioz
charakteristische Glissandi
um die Resonanz zu stoppen
lege ich sanft eine
oder beide Hände
auf die Saiten

***

HARP

Jouw lichaam is een harp
snaren langs een klankbord
een resonatordoos
geplukt met vingers
hals
vlakten
scherptes
in de vorm van een driehoek
een jachtboog
troubadours
trouvères
Minnesänger
Monteverdi
Gluck
Berlioz
karakteristiek glissando
om de weergalm te stoppen
leg ik zachtjes een
of mijn beide handen
op de snaren

***

HARP

Your body is a harp
strings along a sound-board
a resonator box
plucked with fingers
neck
flats
sharps
in the shape of a triangle
a hunting bow
troubadours
trouvères
Minnesänger
Monteverdi
Gluck
Berlioz
characteristic glissando
to stop the resonance
I lightly place one
or both of my hands
on the strings

***

HARPA

O teu corpo é uma harpa
cordas ao longo de uma placa de som
uma caixa de ressonância
arrancada com dedos
pescoço
planos
agudos
na forma de um triângulo
um arco de caça
trovadores
trouvères
Minnesänger
Monteverdi
Gluck
Berlioz
caracteristicamente deslizando
para pôr fim à ressonância
coloco ao de leve uma
ou as minhas duas mãos
nas cordas

***

ARPA

Tu cuerpo es un arpa
de cuerdas unidas en una pantalla de sonido
una caja de resonancia
extraída con los dedos
cuello
suelo
objetos punzantes
en forma de triángulo
un arco de caza
trovadores
trouvères
Minnesänger
Monteverdi
Gluck
Berlioz
glissando característico
para detener la resonancia
pongo levemente una
o las dos manos
en las cuerdas.

(Ivan Hristov)

 

Recueil: ITHACA 578
Traduction: Français Angela Rodel – Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Bulgare / Allemand Angela Rodel Wolfgang Klinck / Néerlandais / Anglais Angela Rodel / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Espagnol Rafael Carcelén /
Editions: POINT

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Le printemps doucement (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Le printemps doucement
posait sur les arbres un baiser,
et le vert nouveau jaillissait
comme une verte fumée.

Les nuages passaient
sur la campagne juvénile…
J’ai vu sur les feuilles trembler
les fraîches pluies d’avril.

Dessous l’amandier fleuri,
tout chargé de fleurs,
— je m’en souviens —, j’ai maudit
ma jeunesse sans amour.

Aujourd’hui, au milieu de la vie,
je me suis arrêté pour méditer…
Oh! jeunesse jamais vécue,
que ne puis-je encor te rêver!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Les taches brunes (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Les taches brunes,
sur les mains, on
les nomme fleurs

de cimetière — ne
les redoute pas. Ces
ombres chaque jour

plus présentes, vois-les
comme des petites
feuilles que les
automnes, tendrement,

posent peu à peu sur
ta peau, rappelle-toi
la femme paisible

qui laissait filer
sa laine, entre ses doigts
piqués des mêmes
taches brunes.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rien n’est saisissable du jour ni de la nuit (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



Illustration
    
rien n’est saisissable du jour ni de la nuit
et les mots mêmes
on ne les habite que par défaut
comme la lumière ses lampes
comme le baiser la bouche

sois douce avec l’invisible
dans ma main posée sur ta main
il n’y a pas de consolation
mais une patience
qui nous tient prêts
au bord du gouffre et de la joie

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Lettre à la femme aimée au sujet de la mort Fresque peinte sur un mur obscur
Traduction:
Editions: Cheyne

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Pose une pierre sur ton ombre (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2019



Illustration
    
Pose une pierre sur ton ombre.
Et pars en courant.

***

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Le Livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu
Traduction: Meng Ming
Editions: Cheyne

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